LA FEMME BARBARE
et (le ses bêtes. '< Le tuteur est saisi du patrimoine de sa pupille, l'administre, en jouit, en hérite ; le mundium est une sorte de pro* priété;il peut, comme tout autre bien, se vendre ou s'acheter, se revendiquer en justice. Le tuteur cède sa pupille à un nouveau tuteur avec les mêmes formules qu'emploie le propriétaire d'un esclave pour le vendre à un nouveau maître ; quand la pupille se marie, le tuteur vend à l'époux, moyennant un certain prix, le droit de mundium sur la mariée. Quand le mari vient à mourir, ses héritiers succèdent à son mundium comme à ses autres biens, car le mundium est un droit pécuniaire, acquis à prix d'argent, qui tient non à la personne du mari, mais à son patrimoine et fait partie de la succession. Si la veuve se remarie, ce sont les héritiers du premier mari qui la donnent à son nouvel époux et reçoivent de lui le prix du mundium, qu'ils lui revendent ^. »
Au XI® siècle, la veuve lombarde était encore soumise à la tutelle de son fils, fût-il mineur. En Suisse, en 1374, la veuve reste sous la tutelle du fils. En Touraine, elle ne peut rien aliéner de son propre bien sans l'autorisation du fils, quoique la coutume lui attribue la garde de l'enfant et l'administration de son patrimoine, et qu'elle lui permette de conserver son fief sans se remarier. Dans le Bordelais^ les filles non mariées restent soumises à la tutelle de leurs proches jusqu'au xiv® siècle ^. En Saxe, en Holstein, en Silésie, en Wurtemberg, à Bade, dans quelques villes de Souabe, la tutelle perpétuelle pesait encore sar les femmes en 1843 ^. A la même époque, en Toscane et dans les Etats romains, la femme restait frappée d'une incapacité générale, assimilée au mineur et à l'interdit *.
Le [christianisme, faisant du mariage un lien sacré et indissoluble, releva nécessairement la condition de la femme. Le mari ne put plus la répudier sans encourir l'excommunication, et l'union contractée sans le consentement des parents, liberté aujourd'hui perdue, devint valable {Miroir de Souabe). Cet acte d'indépendance, il est vrai,, coûtait cher ; la femme mariée contre la volonté de son tuteur perdait,
1. Paul Gide, Élude sur la condition privée de la femme, p. 297 et suiv.
A la vérité, le magistrat peut retirer le mundium à un tuteur indigne et le confier à un autre; il peut l'enlever au mari pour mauvais traitements ou injures, mais non au père ni au frère. (Gide, op. cit., 299.)
Le mundium, dans le dernier état des lois barbares, était fort adouci ; le mari ne pouvait aliéner les biens de sa femme sans son consentement, souvent môme sans le consentement des parents de la femme. (Laboulaye, Recherches sur la condition de la femme, p. 138.)