Ce point est expliqué en détail à la lin du
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aliquid est {S, th.^ I, qu. lxxvi, art. 1); la forme est ce par quoi une cliosc exislc, elle est l'esseuce même de la chose. — S. th., 111, qu. xiii, arl. 1 : h l^aiis les êtres simples (Dieu et les auges) la forme est la nature même de la chose ; dans les êtres qui sont constitués de matière et de forme, la forme est ce qui constitue la nature de ces êtres. » La matière est ce qui ne possède en soi ni quantité ni qualité, mais qui est susceptible de les recevoir ; elle n'existe que virtuellement, elle n'est qu'une simple possibilité ; « la matière est ce qui existe en puissance » {S. th., I, qu. m).
La puissance est l'aptitude à être, la possibilité d'être, h'acte est l'existence même, le fait, d'exister. C'est ainsi que Dieu qui, par définition, est l'Être, est Vacte pur.
La forme substantielle est celle qui, jointe à la matière, détermine l'existence de la chose ; c'est celle qui est la substance de la chose ; elle est le principe qui lui confère l'existence, à tel point que saint Thomas a pu écrire {S. th., I, qu. l, art. 20) : « La forme est Vacte ; ce qui est pure forme est acte pur. »
La forme accidentelle est celle qui, s'ajoutant à une chose déjà existante en vertu d'une forme substantielle, détermine en cette chose tel mode d'existence plutôt que tel autre. C'est ainsi que la couleur, la chaleur, sont des formes accidentelles.
Les formes peuvent exister par elles-mêmes, en dehors des objets auxquels elles confèrent l'être ; ce sont les Idées de Platon. Elles sont le type, l'exemplaire des choses telles qu'elles existent d'abord dans l'Intelligence divine et l'intelligence des anges et ensuite dans l'intelligence de l'homme, lorsque, se mettant en rapports avec les choses, il les connaît.
S. th., I, qu. Lxvi, art. 1, ad 2 :« Les formes auxquelles la matière participe se rapportent aux formes intelligibles qui sont dans Tentendementi des anges ou, en remontant plus haut, elles reviennent aux idées qui sont dans l'entendement divin. »
I, qu. XV, art. 1 : « Le mot idée vient du grec icsa et signifie en latin forma. On entend par idées les formes de certaines choses qui existent en dehors de ces choses elles-mêmes. Or les formes de cette espèce peuvent être considérées de deux façons, comme l'exemplaire, le type de la chose même ou comme le principe de la connaissance qu'on en a, car connaître un objet, cest en açoir la forme en V esprit. Formœ cognoscibiliuîn dicuntur esse in cognoscente. »
Pour être intelligible, il faut que la forme, par une opération spéciale de l'esprit, soit dégagée de la matière à laquelle elle est unie et réduite à son caractère d'universalité.
LA FORMF, l/lNTELLECT POSSIBLE, LA MÉMOIRE 529
I, qu. ex, art. 1 : « Toute forme corporelle est une forme individualisée par la matière et déterminée par rapport au temps et à l'espace, tandis que les formes immatérielles sont absolues et intelligibles. »
Ramenées ainsi à leur vraie nature par l'opération de l'intellect agent, les formes sont appelées espèces intelligibles, car c'est par elles que l'esprit connaît et il ne peut connaître que par elles. Elles ne sont pas l'objet connu ; elles sont le moyen par lequel l'esprit connaît.
I, qu. Lxxxv,art. 2 :« Uespèce intelligible e^t le moyen, non l'objet des connaissances de l'intellect; elle n'en est l'objet que secondairement, car ce qui en est compris au premier chef, c'est la chose dont V espèce intelligible est la représentation... La représentation de la chose comprise, c'est-à-dire Vespèce intelligible, est la forme d'après laquelle notre esprit comprend ; mais comme l'intellect a la faculté de se réfléchir sur lui-même, par cet acte il comprend tout à la fois la connaissance qu'il a et Vespèce intelligible par laquelle il comprend. »
L'intellect est appelé possible, parce qu'il n'est qu'une puissance, une possibilité, la possibilité de comprendre. Aucune connaissance ne lui est essentielle ; au commencement, « il était une table rase sur laquelle rien n'était écrit ; au début de l'existence, nous ne sommes intelligents qu'en puissance » (Saint Thomas, citant Aristote, S. th.. I, qu. Lxxix, art. 2). Il ne contient point d'idées innées; par lui-même, il ne connaît rien. Tout lui vient du dehors, par l'intermédiaire des formes ou espèces. Il est fait pour les recevoir et lui seul a cette destination.
S. th., I, qu. Lxxix, art. 6 : « L'intellect est destiné par lui-même à recevoir les espèces... Ainsi Aristote dit, De an., III, 6, que l'âme est le lieu des espèces, qu'elle ne jouit pas tout entière de cette propriété, mais que c'est seulement son intellect. »
Il contient en puissance toutes les formes universelles {Conv., IV, 2) et il ne peut connaître qu'elles. Seul, le semblable peut connaître son semblable ; tel était au moins l'avis d'Aristote. Rien de corporel, dit-il (De an.. III, 12), ne peut affecter ce qui est incorporel. Il s'ensuit que l'intellect, étant immatériel, ne peut connaître les objets particuliers, mais seulement ce qui existe en eux d'immatériel, c'est-à-dire leur forme.
S. th., I, qu. Lxxxvi, art. 1 : « Le particulier ne répugne pas à l'entendement entant qu'objet particulier, mais en tant qu'objet matériel, parce que l'esprit ne comprend que ce qui est immatériel. C'est pourquoi, s'il y a une chose qui soit tout à la fois particulière et immaté-
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rielle, coiiinic rinlellect lui-iiicinc ^, rien ne s'oppose à ee que nous la comprenions. »
ï, cpi. XIV, art. 11, ad 1 : u Notre intelli<]jence abstrait des objets individuels Vespèce intelligible. C'est pourquoi Vespèce intelligible qui est dans notre esprit ne peut être la ressemblance (c'est-à-dire l'image -) des objets individuels. Et c'est pourquoi notre esprit ne connaît pas les objets particuliers. »
C'est-à-dire qu'il ne les connaît pas directement, car « notre entendement ne comprend les choses qu'en les abstrayant et c'est par l'abstraction qu'il dégage de toute matérialité ce qu'il perçoit et qu'il rend universel» (I, qu. lvii, art. 2, ad 1). C'est seulement lorsque les objets ont été dépouillés des modalités et des contingences, ramenés à l'état de forme universelle, d^espèce intelligible, que l'intellect peut les recevoir en lui.
h'intellect agent ^ est cette faculté de l'âme qui, par voie d'abstraction "*, enlève aux images recueillies par les sens ce qu'elles ont de concret et les rend intelligibles.
I, qu. lxxxv, 1. ad 3 : « Les images sensibles ne peuvent par elles-mêmes s'imprimer dans Yintellect possible ; mais Vintellect agent transforme par son action les images sensibles et il en résulte dans
1. C'est sans doute ce quia permise Dante d'écrire (De Monarchia,\, 1): «La puissance intellecliielle dont je parle [Vinlellecl possible) n'a pas seulement pour objet les formes universelles, mais aussi, par une certaine extension, les formes particulières. »
2. Il faut se garder de coniondre Vimage, fidèle représentation de l'objet qui se trouve dans l'imagination ou la mémoire, avec Vespèce intelligible ou forme, qui se trouve dans Vinlellecl possible.
3. Ne pas confondre avec Vinlellecl actif, nom sous lequel le philosope arabe désigne Dieu.
4. Voici en quoi consiste cette opération, I, qu. lxxxv, 1 : « Je dis que pour les choses qui se rapportent à l'essence d'une chose matérielle quelconque, comme la pierre, l'homme, le cheval, on peut les considérer en dehors des principes qui les individualisent, parceque ces principes ne sont pas de l'essence même de l'espèce. Et c'est précisément en cela que consiste ce qu'on appelle abstraire l'universel du particulier, abstraire Vespèce intelligible des images sensibles, ce qui revient à considérer la nature de l'espèce sans tenir compte des principes individuels que les images sensibles représentent... exemple : l'intellect abstrait l'espèce humaine de telle ou telle chair, de tels ou tels os en particulier, qui ne sont pas des caractères spécifiques mais appartiennent à un individu 5 et c'est ce qui permet à l'espèce humaine d'être considérée en dehors d'eux, comme le dit Aristote ; mais l'esprit ne peut abstraire l'idée d'homme de l'idée de chair et de l'idée d'os prise en général. »
I, qu. Lxxvi, art. 2 : « Dans le même intellect, des images diverses d'un même genre il ne s'abstrait qu'une seule espèce intelligible. Le même individu peut avoir en lui-même différentes images de la pierre ; cependant, de toutes ces images, il ne s'abstrait, qu'une seule espèce intelligible au moyen de laquelle l'homme connatî immédiatement, par une seule opération de son esprit, la nature de la pierre, malgré la diversité des images qu'il s'en est formées. »
LA FORME, L*IiNTELLECT POSSIBLE, LA MÉMOIRE 531
Vintellect ponsible une resseiriblancc qui représente les choses seulement par rapport à la nature de leur espèce (c'est-à-dire d'après leur type, leur idée^ leur forme). C'est ainsi que l'on dit que les espèces intelligibles sont abstraites des images sensibles ; ce qui ne signifie pas que la forme qui était d'abord dans l'image sensible est passée ensuite dans Vintellect possible en restant numériquement la même, comme un corps qu'on prend dans un lieu pour le transporter dans un autre. »
C'est-à-dire que la forme, inaltérable en soi, est reçue par chaque intellect d'une manière qui lui est particulière ; car les intellects, tout en n'étant que des puissances, diffèrent entre eux ; et ils seraient tous identiques, s'ils recevaient les formes de la même façon, puisqu'ils ne manifestent leur existence que par elles. Ceci explique la restriction, corne in subietto, de la chanson Donna mi prega (strophe II ; cf. § 5).
Avant d'avoir reçu aucune forme, l'intellect est comme s'il n'existait pas ; il devient la forme qu'il reçoit ^ Si donc il devait recevoir la forme sans qu'elle fût modifiée par sa propre capacité de recevoir, il ne subsisterait aucune différence entre les intellects ; la personnalité du sujet s'évanouirait.
Mais, puisque la forme, V espèce intelligible, n'est que le type général d'un objet et puisque Vintellect possible est incapable de recevoir autre chose que la forme, comment peut-il comprendre un objet particulier?
Il ne le comprend qu'indirectement, en se retournant, après avoir reçu la forme, vers les images sensibles {phantasmata).
I, qu. Lxxxiv, 7 : « L'intellect uni au corps ne peut comprendre qu'autant qu'il a recours aux images sensibles ^. »
I, qu. Lxxxv, 1, ad 5 : « Notre entendement abstrait des images sensibles les espèces intelligibles, selon qu'il considère la nature des
1. S. th., I, qu. LXXXV, 2 : « On dit que l'objet compris en acte n'est autre que l'intellect en acte, parce que la représentation de l'objet compris (c'est-à-dire la forme de l'objet) est la forme de l'intellect. « — 1, qu. xxvi, 2 : « Ce n'est pas l'image {phanlasma) qui est la forme de Vinlellecl possible; c'est Vespèce intelligible (la forme) extraite de l'image (par l'opération de l'intellect agent) qui est la forme do Vintellect possible. — I, qu. xiv, 2 : « L'intellect possible est pour les choses intelligibles ce que la matière première est pour les choses de la nature. 11 est en puissance à l'égard des choses intelligibles, comme la matière première l'est à l'égard des choses naturelles. Par conséquent, notre intellect possible ne peut rien comprendre qu'autant qu'il est perfectionné par Vespèce intelligible d'un objet. »