‹ Autour de Dante; Les BéatricesChapitre 3 sur 440 · PREFACE. IX · texte numérisé non relu

PREFACE. IX

Une fièç^re légère battait à ses tempes; il tremblait, étourdi par V ivresse de sa méditation. Du fond du passé, accourus en foule, les Idées, les Allégories, les Symboles entrelacèrent leurs danses sacrées. Leur murmure immense emplissait la salle, comme le bruit d'un fleuve lent. Les murs s'étaient effacés; toujours immobile sur son siège, V étranger se trouvait dans la forêt divine. Au pied d'un arbre en fleurs, sur la terre nue, une Dame était assise, couronnée d'olivier ^ ; elle se leva, dans le frémissement de ses voiles, et, posant sa main sur le bras du songeur : « Je suis Béatrice », dit-elle. La flamme de ses yeux éteignait le soleil, comme Vaurore efface les étoiles ^.

« Comment vous croire ? » répondit-il. Son regard errait sur la face de la dame et vacillait, ébloui. « Dans la première salle, je vis naguère, inscrit sous ce nom, le portrait d'une jolie et tendre Florentine. Je ne puis discerner vos traits; sur eux, point de roses ni de lis, rien que V aveuglant éclat de la lumière éternelle. Cette insignifiante jeune femme et vous, dont le sourire embrase les mondes, seriez-vous donc la même personne ?

— Peut-être, on ne le sait pas ; nul nest assuré de lire mon secret, tant mes aspects sont changeants. On me croit unique^ parce qu'unique fut le génie qui me chanta ; mais vois. »

Et une foule de dames parurent, qui ressemblaient à Béatrice» Elles étaient pour la plupart vêtues de la même façon; quelques-unes portaient des robes modernes.

« Ce sont mes sœurs et mes filles; considère-les bien, quoique toutes ne soient pas belles. Or, si tu veux vraiment me connaître, va-t'en, passant téméraire, et ne reviens qu après avoir visité mes aïeules, les dames minces et blondes, au clair visage, qui fleurirent les cours d'Occitanie. »

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