LE PLAN ARCHITECTONIQUE DE LA (( VITA NUOVA
C'est un des plus curieux témoignages du manque d'ingénuité et de l'esprit d'artifice qui ont présidé à la composition de cet ouvrage. Les pièces de vers qu'enchâsse la prose sont disposées dans un ordre symétrique qu'on appelle habituellement « le plan architectonique de la Vita niioç'a ». Cet ordre ne sert à rien, n'éclaircit point les événements, n'épaissit point non plus leur mystère, puisqu'il échappe au lecteur ; il a fallu, pour le découvrir, des commentateurs subtils et la seule conclusion qui résulte de leurs laborieuses recherches, c'est que ce plan, souverainement inutile, est l'œuvre d'un esprit naturellement compliqué ; il n'a même pas l'excuse, comme celui de la Comédie, de reposer sur une base symbolique, le nombre trois, qui est la Très Sainte Trinité.
On a cherché à nier cet arrangement sous prétexte qu'il n'est pas absolument rigoureux. Mais Dante, rééditant, sans les remanier et sans en ajouter de nouvelles, des pièces écrites au hasard de l'inspiration et déjà publiées, ne pouvait pas, quelque disposition qu'il adoptât, obtenir une symétrie absolue ; il fallait se contenter d'un àpeu-près.
La base de sa construction, c'est la strophe de quatorze vers. Les trois chansons de la Vita niiova sont écrites en strophes de quatorze vers ; la plupart des autres poèmes sont des sonnets de quatorze vers, sauf une ballade et deux sonnets doublés ^ de vingt vers.
La disposition de l'ensemble affecte la forme d'un compas à deux branches dont la charnière est formée par la funèbre chanson Donna pietosa, placée au centre. Divisée en six strophes, cette chanson offre elle-même un point central, point culminant de toute la Vita jiuova, le dernier vers de la troisième strophe, qui est la prédiction de la mort de Béatrice : « Elle mourra, elle mourra ! »
Avant et après cette chanson se trouvent, à égale distance et se faisant pendant -, la chanson Donna cliavete (cinq strophes) et la chanson Gli occhi dolenti (cinq strophes, plus un congé de six vers). Elles sont l'une et l'autre reliées à la chanson centrale par une chaîne de quatre sonnets ; à la vérité, l'un d'eux est qualifié stance, mais
1. Les sonnets doublés et triplés ajoutont Ic^; uns et les autres deux vers de sept syllabes à chaque quatrain, entre le premier et le deuxième endécasyllabc, entre le troisième et le quatrième.
Aux tercets, le sonnet doublé ajoute à chacun un ou deux vers do sept syllabes. Le sonnet triplé leur ajoute trois vers, deux endécasyllabes et un heplasyllabe.
2. Dans la deuxième strophe de la chanson Donne ch'avcte, les anges demandent à Dieu de leur donner Béatrice pour compagne ; dans la deuxième strophe de la chanson Gli occhi dolenti, Dieu réalise leur souhait, Béatrice arrive parmi eux.
nous avons iléjà vu que colle pièce, comprenant quatorze vers, ne diffère pas beaucoup des sonnets vciital)les.
Les deux branches du compas, dans leur partie supérieure, sont
presque parfaitement égales. Au centre, les mots : « elle mourra, elle mourra «. Dans la branche ascendante, douze strophes de quatorze vers (ch. Donne cKa<^ete, cinq strophes ; quatre sonnets ; trois strophes de la chanson Donna pietosa). Dans la branche descendante, douze