‹ Autour de Dante; Les BéatricesChapitre 319 sur 440 · LODATORE DI ME MEDESIMO · texte numérisé non relu

LODATORE DI ME MEDESIMO

à en traiter convenablement ; la troisième est que, quanc deux premières conditions seraient remplies, il ne serait nable que j'en traitasse, parce que, en en traitant, je serai me louer moi-même, chose blâmable pour celui qui la fi pourquoi je laisse cette glose à un autre glossateur. Cependc il s'est agi souvent du nombre neuf dans les chapitres pri qu'il semble que ce ne soit pas sans raison ; et comme ce n^ un rôle important dans le départ de Béatrice, il faut en dire chose, parce que cela semble rentrer dans notre sujet. Je comment il joua un rôle dans son départ, etc. »

Et dans le paragraphe suivant, Dante donne l'heure, mois et l'année du trépas de sa dame, accommodés à la pi sauce cabalistique. Il nous parle encore, dans les chansoi dolenti et Quantunque çolie, de sa mort, de la douleur qu' sentie, de l'arrivée de Béatrice au ciel parmi les anges qi veille. La mort de Béatrice n'est donc pas « en dehors » d qui reste en dehors du sujet, c'est le départ, partita, le i elle rendit l'âme. Pourquoi? la raison s'en trouve expliqué troduction, dit Dante ; consultons l'introduction. « En c du livre de la mémoire avant laquelle on ne pourrait lire trouve une rubrique qui dit : Incipit Vita noi^a^ au-dessous je trouve écrits les vers (parole) que j'ai l'intention d'asse ce livre et, sinon tous, au moins la matière de tous. » Don ne veut pas traiter du départ de Béatrice, c'est qu'il n'a va aucune pièce de vers sur ce sujet. A la vérité, il semble offre, dans la prose de la Vita nuoi^a, le récit de quelques ( auxquels il n'avait, auparavant, consacré aucun poème. ^ pourtant le lecteur reste maître de se figurer qu'il n'en es et que l'auteur, en ce cas, nous donne en prose la « matièj qu'il a préféré ne pas rapporter ; mais il ne s'imaginerait tiers que Dante se soit abstenu de reproduire les chansons qu'il aurait consacrés à cet événement capital, la mort d Sans doute aussi, et l'objection est plus grave, Dante a la trame de la Vita nuo^a d'injustifiables digressions 'sur 1

noblesse que d'une manière qui, par rapport aux mérites de ma dame, sera modeste, a rispetto di lei leggieramente. » Or, dans cette chanson, il nous apprend que la terre, le ciel et l'enfer s'occupent d'elle ; les ancres et les saints la disputent aux hommes ; Dieu est obligé d'intervenir en personne. Ce sont là, paraît-il, des images trop simples et trop humbles pour célébrer convenablement les louanges de l'incomparable dame. Prenons-en note et abordons la troisième raison.

Dante ne traitera pas du départ de Béatrice, parce qu'en en traitant il serait obligé de se louer soi-même, chose blâmable. Rappelons-nous que l'auteur, prophétisant le départ de la glorieuse dame, dans la chanson Donna pietosa, plus apocalyptique encore que la chanson Donne ch'avete, le décrit comme un cataclysme universel : la terre a tremblé, les oiseaux sont tombés foudroyés dans leur vol, le soleil s'est caché, les étoiles ont pleuré. Cet entassement de prodiges avait épuisé l'imagination de Dante ; où aurait-il trouvé d'aussi magnifiques hyperboles? Pour écrire le récit du départ dont la chanson Donna pietosa n'est qu'un simple pressentiment, il n'avait d'autre ressource que de raconter l'accomplissement des miracles qu'il avait prédits. Or personne, évidemment, n'en ayant eu connaissance, il était obligé de dire que, lui, il les avait vus ; ce ne pouvait être que par une grâce spéciale. Seul de l'espèce humaine, il aurait été choisi par Dieu pour constater de visu les signes inouïs qui accompagnèrent le départ de Béatrice. Avancer une telle chose, c'est, à coup sûr, se louer soi-même ^.

L'explication généralement admise du lodatore di me medesimo est que le départ de Béatrice, c'est sa transformation en symbole, qui est en dehors du sujet de la Vita nuova et qui obligerait Dante à se louer lui-même s'il nous la racontait, car elle est son œuvre personnelle, et une œuvre inouïe : c'est alors qu'il a dit de sa dame « ce qui n'avait été dit d'aucune autre ». Affirmer qu'on est capable de si hautes conceptions, c'est avoir une grande confiance en soi-même, se louer soi-même. Mais, au moment où Béatrice mourut, Dante ne pensait point encore à en faire un symbole. Il n'en a eu l'idée que bien longtemps après ; elle lui a été suggérée par la rnirabile i^isione du § 42; c'est lui-même qui le donne à entendre, en termes sibyllins, et, avant le dernier paragraphe de la Vita nuoça, on ne peut en relever aucune trace.

1. Il se peut qu'il y ait là un souvenir de saint Paul, II Cor.,xii, 1 : Si gloriari oporlel {non expediî quidem) veniam autem ad visiones el revelaliones Domini. Ce point a été signalé par Grandgent, Rom., 1902, 14-27, mais il a tiré de ce rapprochement des conclusions auxquelles je ne me rallie point.

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