‹ Autour de Dante; Les BéatricesChapitre 332 sur 440 · Cf. Barbi, Bull. Soc. danl., XI, 3 et siiiv · texte numérisé non relu

Cf. Barbi, Bull. Soc. danl., XI, 3 et siiiv

comme siens, il ne les a pas éprouvés pour Béatrice, ni peul-ctre pour aucune autre ; ils ne sont qu'un exercice littéraire bien réussi.

Car, malc^ré l'outrance de leur expression, ils sont aussi naturels * que charmants, si l'on fait abstraction des hyperboles dont la mode le contraignait à user. Il craint, il hésite, il tremble ^ ; s'il rencontre Béatrice, il se tient à l'écart par excès de timidité et souhaite qu'elle ne l'aperçoive pas. Il n'est point certain qu'il lui ait jamais parlé. Elle le saluait de quelque phrase de courtoisie ; a-t-il jamais répondu? il était si égaré ! Il montre toute l'ingénuité de l'adolescent que déconcerte le mystère de la femme. Mais, si naturel que soit un tel amour, il est parfaitement conforme aux théories de l'époque et rien n'empoche qu'il soit entièrement imaginaire, car l'auteur a pu en emprunter la description à ses devanciers d'Occitanie.

§ 9. La peur d'aimer.

La peur d'aimer ! c'est le sentiment que dépeignent le plus souvent les troubadours. Et c'est, d'abord, l'irrésolution, la gaucherie qui, en présence de la dame, glacent le jeune amant, conscient de son ignorance de l'âme féminine et des moyens de lui plaire ; c'est la sourde hostilité que la nature mêle si étrangement à l'attrait sexuel ; c'est le pressentiment des douleurs qu'apporte l'amour le plus heureux, s'il est violent, la tyrannique obsession de l'image adorée, la tension exténuante de toutes les forces de l'être qui s'absorbent dans une idée fixe, la perte de la santé, l'oubli des devoirs les plus impérieux, les funestes conséquences de l'abandon de soi-même. Et chez l'homme d'expérience, c'est encore la crainte d'être repoussé, soit que la dame aime ailleurs, soit qu'elle manque de cœur et de sens, soit que son rang social ou sa valeur morale la place trop au-dessus des soupirants.

'( Quand je la vois, dit Bernard de Ventadorn (M. W., I, 36), on s'en aperçoit à mes yeux, à mon visage, à ma pâleur, car je tremble de peur, comme la feuille au vent. «

« L'amoureux est toujours craintif ^\ décide André le Chapelain (règle 20). (c Qui ne craint point ne peut être amant, car la crainte est naturelle à l'amour — sans crainte il n'y a point de véritable amour — qui ne craint point n'aime pas » (eh. Davanzati, Ant. Rime,

1. C'est un amour de cœur ; § 18 : segrelo del mio cuore, sapeano bene il mio cuore: § 23 : lo solo inlesi il nome ncl mio cuore... pianse mi Amor nel cor ove dimora ; haAr l^deBallala io vo : Dacchè non muîo il cuore, etc. La Donna gentile, comme Béatrice, fut aimée d'un amour de cœur.

2. Cf. dans l'édition de la Vila nuoua de Melodia, la liste des Iremori, p. 13, note 4 ; la liste des sospiri, p. xliii et xliv. La chambre de Dante est « la chambre des larmes », son chemin est « le chemin des soupirs ».

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