‹ Autour de Dante; Les BéatricesChapitre 353 sur 440 · PARALLÈLE ENTRE LES CHANSONS · texte numérisé non relu

PARALLÈLE ENTRE LES CHANSONS

est le type de la bonté et de la beauté (cb. Amor che nella mente) ; elle porte Amour dans les yeux (bail. Voi che sapete) ; elle éveille l'amour là où il est en puissance {Com^., III, 7) : « ses actes, par leur suavité et leur mesure, éveillent l'amour et le font ressentir là où une nature bienveillante l'a mis en puissance » ; elle convertit les pécbeurs et est une aide de la foi {onde la nostra jede e aiutata : ch. Amor che nella mente).

Comme les Dames-anges, elle fait souffrir ses amants (se non Icine angoscia di sospiri : ch. Voi che intendendo) et la passion qu'elle inspire est si religieuse, que pour l'exprimer, Dante parodie la salutation angélique, comme fit Cino pour la Dame-ange :

Amor, signer Verace,

Ecco Vancella tua, fa che ti piace.

Enfin, trait assez insignifiant, mais fréquent chez la Dame-ange, la Philosophie fait honneur à son sexe, elle est la Donna gentil che le cdtre onora (sonn. 0 dolci rime).

§ 9. Parallèle entre les chansons Donne ch'avete et Amor che nella mente.

La chanson Amor che, nella mente, panégyrique de la Philosophie, ressemble comme une sœur à la chanson Donne cKa^ete, panég^TÏque de Béatrice ; dans l'une et l'autre, Dante poursuit un même but, la louange ^ de la dame ; et, dans l'un et l'autre cas, il annonce son intention à peu près de la môme manière :

Vita nuo^'a, § 18 : « Puisque j'ai éprouvé tant de bonheur à écrire ces vers qui louent ma dame, pourquoi ai-je écrit autrement? C'est pourquoi je décidai de prendre toujours pour sujet de mes vers la louange de cette très noble dame. »

Conç., III, 1 : « Je délibérai et je vis que lorsqu'on parle d'amour, il n'y a pas de discours plus beau ni plus profitable que celui dans lequel on loue {si commendava) la personne qu'on aime. »

Le premier de ces passages annonce la composition de la chanson Donne ch^açete, le second la composition de la chanson Ajuor che nella mente. Cette dernière surgit du cerveau de Dante de la même façon que sa sœur et l'auteur l'annonce en termes semblables :

Vita Nuova, § 19 : giunse a me tanta volontà di dire, che cominciai a pensare il modo che io tenessi.

Convi{>io, III, 15: volontà mi giunse di parlare dWmore, il quale del tutto tenere non potea.

1. Conu., III, 11, in fine : procédera ollre colle sue Iode-, — III, 15 : ulUnia menie, in rnassima Iode di sapienza, dico... etc.

Si Ton compare les deux chansons, on verra combien, dans la pensée de Dante, la Philosophie ressemble à Béatrice. Il a certainement eu l'intention d'instituer un parallèle entre elles deux ; aux mêmes strophes, il dit d'elles les mêmes choses, en termes presque identiques^

La première strophe de la chanson Donne cWavete exprime, d'une façon générale, cette idée que le poète ne se sent pas capable, tant Béatrice est sublime, de la célébrer comme elle le mériterait ; accentuant cette formule, il déclare dans le sonnet Oltre la spera qu'il ne comprend pas la grandeur de sa dame et qu'il n'est pas encore digne d'en parler.

La première strophe de la chanson Amoi' che ?ieUa mente reproduit avec plus de netteté les mêmes idées en les appliquant à la Philosophie^ et Dante les répète encore {Com^., III, 3 et 4).

Ce sont les strophes 3 et 4, plus particulièrement consacrées à la louange, qu'il est instructif de comparer dans les deux chansons.

Ch. Donne cliavete, str. 3 : Béatrice est le type de la beauté, per esempio di lei beltà si prova.

Ch. Amor che nella mente, str. 3 : Gentile è in donna ciàche in lei si tro^a E hello è tanto quanto lei $omiglia;itConw., III, 6, la Donna gentile est le type même de la nature humaine : « elle est faite ainsi que Vexemple intentionnel {esempio intenzionale) de la nature humaine qui existe dans l'intelligence divine ^ ».

Ch. Donne cli ai>ete , s>{\\ 4: degli occhi suoi... escono spiriti d'amore infiammati che fîeron gli occhi a quai che allor gli guati e passan si che Vcor ciascun ritrova.

Ch. Anwr che nella mente, str. 4 : Sua beltà piove fiammelle di fuoco, ani~ mate d'un spirito gentile cKè creatore d'ogni pensier huono.

Commentant ce passage, Dante glose {Con^^., UI, 8) : « fiammelle di juocOy cioè ardore d'amore e di carità », ce qui rappelle la « fiamma di carità )> qui embrasait Dante^ quand il attendait le salut de Béatrice {V . N., § 11).

Ch. Donne cKavete, str. 3 : Quando troi'a alcun che degno sia di i^eder hi, quei prova sua virtute e si Vumilia che ogni offesa obblia.

Ch. Amor che nella mente, str. 4 : Quest' è colei che umilia ogni petverso, La Phil')îoph!e a tonc un rayon d'action encore plus étendu que Béatrice^ dont l'influence ne touche que ceux qui S!)nt dignes de la ressentir.

Ch. Donne ch^a^ete, str. 3: Quando ^a per çia gitta nei cor i^illani Anwr un gelo Per che ogni lor pensiero agghiaccia e père E quai soff risse di starla a ^edere Dii^erria nobil cosa o si morria.

1. Ce qui n'empêche point qu'on peut considérer la « Donna gentile «comme surhumaine (Cony., III, 6) : « Non seulement je dis que cette dame est très parfaite parmi les créatures humaines, mais plus que très parfaite, en ceci qu'elle reçoit de la bonté divine plus que la condition humaine n'y a droit. »

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