Cathédrale de Sens. K. .Mâle, op> ril.^ 11 H
708 I.KS FEMMES DE DA^tË
met à la fenèlre {V. iV., § 35) pour regarder avec compassion les jeunes gens malades d'amour ^.
§ 16. Complexité de la Philosophie dantesque; Dante a emprunté
cette figure aux Ecritures.
Figure des plus complexes, la Philosophie déconcerte le lecteur du Convivio, Et d'abord elle est, étymologiquement (Con^., III, 11), l'amour de la Sagesse. Mais, par un usage fort ancien, le mot philosophie désigne la Sagesse elle-même, la science des causes finales. Dante considère la Philosophie comme un être composé, tantôt l'amour de la Sagesse, tantôt la Sagesse, et, suivant sa fantaisie, il l'étudié sous l'une ou l'autre de ses faces ^. Ainsi, même dans ce traité scientifique du Convii^io, Dante se conformait à l'inspiration générale du stil nuopo, qui est de mêler l'amour à toutes les tendances élevées de l'esprit humain. Et, dans cette voie, il avait pour guide les Ecritures,
1. Ce détail a beaucoup excité l'ironie de certains critiques. Nous croyons, quant à nous, que la « Donna genlile » de la Vila nuoua n'est pas la Philosophie du Conuiuio et, par conséquent, c'est elle seule et non la Pliilosophie qui regarde les jeunes gens du haut delà fenêtre. Mais Dante dit formellement que la «Donna gentile» est la Philosophie, et nous devons penser que lorsqu'il a proféré cette affirmation il n'avait pas perdu de vue ce détail de la fenêtre. C'est donc qu'il pensait pouvoir l'expliquer allégoriquement et, en effet, c'eût été facile.
D'abord, fenêtre peut signifier lieu élevé, et c'est d'en bas que Boèce avait aperçu la Philosophie : « adstitisse mihi supra veriicem visa est mulier ». Ensuite, fait remarquer Zappia, Shidi sulla Vita nuova, 81, on peut alléguer Canl., ii, 9 : • En ipse slal post pariclem noslrum, respiciens perfenesiras, prospiciens per cancellos », que saint Grégoire commente ainsi : « Le Christ incarné se tient contre notre muraille, car la divinité se cachait dans l'humanité qui l'avait revêtue... Celui qui regarde par les fenêtres et les grilles se montre en partie et reste caché en partie. C'est ainsi que le Christ, en opérant des miracles par la puissance de sa divinité et supportant des infamies par l'infirmité de sa chair, fit comme s'il regardait par des grilles et des fenêtres. Il se cachait d'une part et de l'autre il se révélait. »
Ceci s'accorderait parfaitement avec l'explication que Dante donne de ses brouilles avec la Philosophie qu'il compare au soleil voilé par les nuages. Et ne dit-il pas ailleurs, dans une autre allégorie : les yeux et la bouche sont les balcons où la dame qui habite l'édifice du corps, c'est-à-dire l'âme, aime à se montrer, quoique parfois sous un voile {Conu., 111,8}? La fenêtre de la Philosophie n'est guère plus étonnante que le balcon de l'âme.
2. Dans son exposition allégorique de la chanson Amor che nella mente, Dante assure que la philosophie dont il parle, c'est « la première et véritable philosophie (c'est-àdire l'amour de la sagesse), celle dont, par extension, on a accordé le nom aux sciences » {Conu., III, 11). Mais, arrivé au vers Cose appariscon nello sua aspello, il ne peut plus soutenir cette interprétation, se rejette sur la seconde philosophie, la sagesse, et écrit (Conu., III, 15) : « Dans le chapitre précédent, je loue cette glorieuse dame d'après l'une des parties qui la composent, c'est-à-dire Amour ; maintenant, en ce chapitre où j'entends expliquer la strophe {uerso) qui commence par cose appariscon nello sua aspello, il faut raisonner en louant son autre partie, c'est-à-dire la Sagesse. »