LA PHILOSOPHIE DANS LE (( CONVIVIO
à qui il a emprunté la personnification de la Sagesse. C'est dans les livres saints, expressément cités par Dante {Corn^., III, 11, 14, 15), qu'il faut chercher le type de la dame du Con^wio.
Elle est amante {Sap., viii, 2) : « Je l'ai aimée, je l'ai recherchée dès ma jeunesse et j'ai tâché de l'avoir pour épouse et je suis devenu l'amant de sa beauté. »
Elle est le salut et seule elle est le salut (Sap., vu, 14) : « Elle est un trésor infini pour les hommes et ceux qui en ont usé sont devenus les amis de Dieu. »
Proi>., VIII, 34 et suiv. : « Heureux (dit la Sagesse) celui qui m'écoute, qui veille tous les jours à l'entrée de ma maison et qui se tient à ma porte! Celui qui m'aura trouvée trouvera la vie et puisera le salut dans le Seigneur. Mais celui qui péchera contre uïoi blessera son âme. Tous ceux qui me haïssent aiment la mort. »
Sap.y VII, 24 : « Elle se répand parmi les nations, dans les âmes saintes, et elle forme les amis de Dieu et les prophètes, car Dieu n'aime que celui qui habite avec la Sagesse. »
Elle est la Sagesse divine. Prov., viii, 22 et suiv. : « Le Seigneur m'a possédée au commencement de ses voies, avant qu'il créât aucune chose ; j'ai été établie dès l'éternité et dès le commencement, avant que la terre fût créée ; les abîmes n'étaient point et j'étais déjà conçue... lorsqu'il préparait les cieux, j'étais présente. ))Sap., vu, 24 et suiv. : « Elle est la vapeur de la vertu de Dieu et l'effusion toute pure de la clarté du Tout-Puissant... c'est pourquoi elle ne peut être suceptible de la moindre impureté, parce qu'elle est l'éclat de la lumière éternelle, le miroir sans tache de la majesté de Dieu et l'image de sa bonté. N'étant qu'une, elle peut tout et, toujours immuable en ellemême, elle renouvelle toutes choses. » Cf. Sap., vu, 15.
§ 17. Les divers côtés de la figure de la Philosophie dans le Convivio.
Comme la Sagesse de Salomon, la Philosophie du Convi^^io est une amante, elle est le salut ; elle est la Sagesse divine.
Dante la présente d'abord assez modestement comme l'ensemble de nos sciences ^, abstraction faite de la théologie, qu'il place audessus d'elle 2. Il déclare (Con^., III, 11) qu'elle comprend la physique,
1. Toutes les sciences, y compris la rhétorique et la musique, font partie de la Philosophie ou Sagesse, sono tulle membra di Sapienza (III, 11).
2. En ceci, il se montrait moins large que beaucoup de ses contemporains, qui faisaient de la théologie une branche de la philosophie. D'après le Trésor de Brunet Latin, le maître de Danlc, l'objet de la philosophie est triple i l'étude des choses divines, des choses humaines, des choses de la nature; l'anonyme du Mont-Cassin, glosant /n/., II, 43, déclare que la philosophie a trois parties : naturelle, mathéma-
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la morale et la métaphysique, cette dorni6re constituant plus spécialement la philosophie, au point d'être appelée la « première philosophie ». Or (Conv.f II, 15), assimilant les cieux aux sciences, Dante compare la physique et la métaphysique au ciel étoile, la morale au ciel immédiatement supérieur, le premier mobile ; et il réserve le phis haut des cieux, le ciel Empyrée, à la théologie, « parce que la science divine est pleine de toute paix et ne souffre ni divergence d'opinions, ni sophismes, à cause de la très excellente certitude de son sujet, qui est Dieu... C'est d'elle que Salomon dit : « Soixante sont « les reines et quatre-vingts les concubines, et les jeunes servantes sont « sans nombre ; mais une est ma colombe et ma parfaite. » Ce sont toutes les sciences qu'il appelle reines, concubines et servantes ; mais elle, la Science divine, il l'appelle colombe, parce qu'elle n'a pas la tache de la discussion, et il l'appelle parfaite parce qu'elle nous fait voir parfaitement la vérité dans laquelle s'apaise notre âme » (Co7i<\, II, 15).
Voici donc une première philosophie, bornée à la connaissance des choses humaines et inférieure à la théologie qui, pour certains auteurs, est tout particulièrement la Sagesse ^.
Mais bientôt le Com>wio nous apprend qu'entre la science humaine et la science divine, entre l'amour de la Sagesse chez Dieu et chez l'homme, il n'y a qu'une différence de degré, que leur principe est le même, essentiellement divin. Con<^.^ III, 12 : « La Philosophie est un usage amoureux de la Sagesse, qu'on trouve surtout en Dieu, parce qu'en lui sont la Suprême Sagesse, le Suprême Amour et l'Acte parfait ; choses qui ne peuvent se trouver ailleurs qu'en tant qu'elles procèdent de lui. La divine Philosophie appartient donc à l'essence divine, puisqu'il est impossible de rien ajouter à cette essence ; elle est très noble, parce que l'essence divine est très noble. Elle existe en Dieu d'une manière véritable et parfaite, comme en vertu d'un mariage éternel ; dans les autres intelligences, elle existe d'une façon moindre, presque comme une maîtresse dont aucun amant ne peut jouir complètement et dont il faut se contenter de regarder la figure^. »
tique et théologique; Pierre Alighieri, in Commenlo, dit : large accipiendo, melaphysica idem est quod Iheologia.
1. S. th., 1, qu. I, ad 6 : « On appelle Sagesse la connaissance des choses divines, comme dit saint Augustin... la science sacrée doit être appelée la Sagesse par excellence » ; et ailleurs : « On donne à la connaissance des choses divines le nom de Sagesse, tandis que la connaissance des choses humaines reçoit celui de science. »
2. Conu., III, 14 : « Cet amour de la Sagesse, c'est une vertu divine qui descend dans les hommes comme dans les anges... un céleste penser qui montre bien que la philosophie (l'amour de la sagesse) est une opération plus qu'humaine. »