‹ Autour de Dante; Les BéatricesChapitre 366 sur 440 · Amoroso drudo {Par.y XII · texte numérisé non relu

Amoroso drudo {Par.y XII

2. Saint Clément d'Alexandrie, Stromateë, lib. I ; saint Ambroise,/)^ Isaac el anima»

moine Richard de Saint-Viclor : u Je sais une chose, c'est que, lorsqu'on brûle du désir de son amie, plus on la connaît familièrement, plus on l'aime longuement ; plus souvent on jouit de ses embrassements et plus fort on la désire... il n'est donc pas étonnant que ce Benjamin, qui jouit de la douceur d'une telle épouse, reste toute la journée au lit et, reposant entre ses bras, se délecte de son amour ^. »

Nous avons un peu de mal à nous faire à ce langage : la Philosophie agiter le cœur d'un poète autant qu'une belle femme ! Cet excès de sensibilité nous surprend, nous ne le partageons pas, nous ne le comprenons guère. Il exista très réellement au xiii^ siècle. L'âpre aridité du Coiwivio et de certains chants de la Comédie ne doit pas faire taxer de sécheresse le cerveau qui les pensa. C'est avec passion que Dante se livrait à ces discussions rebutantes, à cette orgie de scolastique. Son cœur couvait assez de feu pour s'éprendre de l'abstrait comme du concret 2, de la vérité comme de la femme, des minutieuses arf^uties de la théologie comme des sublimités des Prophètes. Chez de tels hommes, l'amour débordait, timide, frémissant, douloureux, avide de toutes les beautés, s'élevant de la chair à l'esprit, ivre de raisonnements autant que d'images et de sensations. Pétris de foi, ils s'émerveillaient devant les portes qu'ouvrait la science, d'accord avec la religion ; ils croyaient expliquer tout, le siècle et l'éternité. Devant cet horizon sans limites, palpitaient leurs désirs haletants. A l'écart dans leurs chambres, ils pâmaient sur les manuscrits poudreux, révélateurs de l'absolu et des contingences ; ils couraient aux écoles comme à un rendez- vous d'amour.

L'inconnu, le mystère, le détachement des soucis banals de l'existence, l'exaltation de l'âme et du cœur, la continuelle tension de l'esprit sur la même idée, c'est une grande part de notre pauvre amour charnel. Aux hommes du moyen âge, la science offrait le même attrait. Avaient-ils donc si tort? La plus forte des jouissances est « cette très excellente délectation qui ne souffre ni cesse ni défaut, c'est-à-dire la vraie félicité qui s'acquiert dans la contemplation de la vérité» {Com>.y III, 11).

Leur ardente imagination les persuade que leur passion est payée de retour. « De même que le Philosophe aime toutes les parties de la Sagesse, la Sagesse aime toutes les parties du Philosophe, car elle l'absorbe en elle tout entier et ne laisse s'égarer sa pensée sur nul

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