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LA RÉHABILITATION DE DANTE

r « homme de cour », à vivre aux dépens des petits souverains qui veulent bien raccueillir, il craint de ne pas avoir donné de sa personne aussi bonne opinion qu'il le désirerait ^ ; il faut qu'il montre « dans une nouvelle œuvre, avec un style plus élevé, un peu de gravité qui lui confère un peu plus d'autorité » (Comp»., I, 4). Qu'avait-il, en effet, pour le recommander aux yeux de tous ces étrangers dont il est obligé de « gravir les escaliers » et de manger « le pain salé »? Sont-ce ses chansons d'amour qui lui permettront d'élever la voix dans les conseils de guerre tenus par les exilés florentins ou dans les cours plus préoccupées d'intrigues politiques que de galanterie?

Loin de lui donner du poids, son œuvre l'avait posé en homme léger et sensuel. Quand il écrivit la chanson Voi che intendendo^ il se crut obligé, dit-il, de déguiser en femme la Philosophie, parce que ses lecteurs le croyaient tellement enclin à l'amour des femmes qu'ils n'auraient pas pris au sérieux son amour de la philosophie (Conç^., II, 13). Commentant cette chanson, il explique qu'il a employé le mot mente, âme, « pour exclure toute erreur, pour repousser tout soupçon que son amour pût être charnel » [Com>., III, 3).

« Je suis mû par la crainte de V infamie... je crains d'avoir encouru l'infamie de cette passion, que ceux qui lisent les chansons dont il s'agit plus haut ^ se figurent avoir régné sur moi. Et cette infamie cessera complètement, par mon présent ouvrage, dans lequel je montre que ma raison déterminante n'a pas été la passion, mais la vertu » [Conv., I, 2). « Le présent ouvrage, qu'on peut à peu près appeler un commentaire, est destiné à effacer la faute des chansons dont il s'agit plus haut » [Conv., I, 3).

Dante écrit le Comn^io pour travestir ses poésies sous couleur de les expliquer, pour prêter une profonde signification philosophique à des bluettes, pour étouffer la voix de ses caprices sous celle de la morale, pour s'arroger un jour le titre de « chantre de la rectitude ^ » et, en somme, pour tromper ses lecteurs.

Il voulait expliquera sa façon, dans le Con^iVto, tout ce qu'il avait écrit après la Vita nuova. Conv., I, 1 : « Heureux les quelques hommes qui s'asseyent à la table où on mange le pain des anges (la science)... Moi, qui ne suis point assis à cette bienheureuse table, mais qui, repoussant les aliments du vulgaire, recueille, aux pieds de ceux qui

1. Conv., I, 4 : « Je me suis présenté à presque tous les Italiens (et j'ai semblé peutêtre plus méprisable (y//e) qu'il n'était vrai), non seulement à ceux qui connaissaient déjà ma renommée, mais mtMne aux autres el cerlainemenl mes affaires en oui souffert. »

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