C'est-à-dire chanîre de la morale (Viilg. Eloq., II
sont assis, les miettes qu'ils laissent tomber et qui connais la misérable existence de ceux que j'ai laissés derrière moi... n'oubliant pas ces malheureux, je leur ai réser^>é quelque chose que je leur avais déjà montrée il y a longtemps... je leur prépare donc un banquet général de ce que je leur ai juontré, avec le pain (c'est-à-dire le commentaire) qui est nécessaire à une provende de cette nature et sans lequel on ne pourrait pas la manger à ce banquet... La provende de ce banquet sera arrangée de quatorze façons, c'est-à-dire consistera en quatorze chansons, composées d'amour comme de vertu, qui, sans le pain dont il s'agit, présentaient ^ quelque obscurité, de sorte que beaucoup préféraient leur beauté à leur bonté. Mais ce pain, c'est-à-dire le présent commentaire, sera la lumière qui éclairera toutes les nuances de leur sens... Et comme ma véritable intention était différente de celle que montrent en apparence les chansons susdites, j'entends les expliquer par voie d'exposition allégorique... »
Conif., I, 2 : « Je crains d'avoir encouru l'infamie de cette passion, que ceux qui lisent les chansons susdites se figurent avoir régné sur moi. »
§ 24. Les quatorze chansons.
Quelles sont ces quatorze chansons, d'une nature si « infâme » que Dante les déclare fausses dans leur sens littéral et se dispose à les commenter pour échapper au blâme des gens pudibonds?
Il ne s'agit point, évidemment, des chansons dont Dante a déjà donné l'explication dans la Vita nuova.
Resté inachevé, le Convivio ne nous a transmis que trois chansons, dont deux sont visiblement allégoriques et la troisième uniquement morale. Personne, certes, ne les a jamais trouvées infâmes. C'est donc parmi les onze autres chansons annoncées [Conv.^ 1, 1) qui se trouvent celles dont le ton avait choqué les sages.
Mais où sont ces onze chansons? Se sont-elles toutes perdues? Quelle invraisemblance 1
Rappelons que Dante a proclamé son intention de commenter tout ce qu'il avait déjà publié, d'en servir à ses lecteurs « un banquet général ^ ». Consultons la liste des chansons de Dante. Exceptons
1. Notez cet imparfait : il s'agit donc bien de chansons déjà publiées et non de chansons écrites exprès pour prendre place dans le Convivio.
2. Ne nous étonnons point que Dante ne s'occupe ici que de ses chansons, semblant négliger les ballades et sonnets. Pour lui, la chanson était la forme par excellence de la poésie lyrique. Viilg. Eloq., II, 3 : « De toutes les compositions poétiques, la plus excellente, à notre avis, est la chanson... L'art est tout entier compris dans les chansons et seulement en elles... Tout ce qui, du cerveau des