Amor mi mosse che mi /« parlare {Inf. II
Gli occhi lucenli Ingrimando valse [îbid., 116),
païen qu'il est sauvé ^ et qu'au dernier jour il revêtira la robe de lumière {Purg., I, 52-84). Excédé de toute cette courtoisie, le futur élu répond avec la sécheresse la plus désobligeante qu'il se soucie fort peu de sa femme, du moment qu'elle est damnée, et que Virgile, pour obtenir le passage, « n'a pas besoin d'user de flatterie » puisqu'il fait route d'après un ordre du Ciel.
Comment un flatteur aussi déterminé accepterait-il de se trouver en reste de courtoisie avec Béatrice, qui l'avait sollicité dans les formes les plus galantes, en chatouillant sa vanité littéraire ? Il fera assaut de politesse avec elle ; mais ne pouvant adresser de compliment à sa personne réelle, dont les mérites humains, comparés à ceux du poète officiel de l'Empire, sont bien minces, c'est au symbole représenté par la modeste Florentine qu'il adresse ses courbettes. Comme maître Jacques, il se hâte de changer de veste. Ce n'est plus Virgile qui parle, c'est la Raison ; et elle dit à la Science divine : C'est toi, la vraie puissance (o donna di virtù) ; c'est par toi, plutôt que par moi, que les hommes priment toutes les créatures ; car si, par moi, ils dépassent les animaux, toi, tu les élèves au-dessus des autres hommes. Je suis « le Sage qui sut tout », tout ce qu'on peut savoir des choses de la terre, c'est-à-dire peu de chose. Mais toi, « ton œil voit tout» {Inf., X, 131), vraiment tout, le ciel.
§ 6. Uallégorie du premier chant du Paradis.
Béatrice voulait montrer le ciel à son fidèle pour le sauver. C'est pour l'y préparer qu'elle lui a fait descendre les cercles et monter le purgatoire sous la conduite de Virgile. Celui-ci a terminé sa tâche et Dante, à la suite de Béatrice, va s'élancer à travers les espaces célestes. Réduite à ses propres ressources, son âme, quoique libre et pure, resterait incapable d'entreprendre ce voyage, c'est-à-dire de s'élever vers Dieu. Mais elle en puise la force dans les yeux de sa dame, c'est-à-dire dans les enseignements de la Science sacrée, reflet de la lumière éternelle. Telle est l'allégorie, fort transparente, du premier chant du Paradis.
Béatrice se tourne vers le soleil, figure de Dieu 2, et le considère fixement comme un aigle [Par., I, 48 ; 64-65) ; et Dante, qui la regardait, gagne à sa contemplation assez d'énergie pour arrêter lui aussi ses yeux sur l'astre, pendant un court instant ; puis il les reporte sur
1. Le salut de Galon, païen et suicide, est une des fantaisies les plus étonnantes de la Comédie.
2. Le soleil est le symbole de Dieu : Conv., III, 7 et 12; Purfir., VII,26 ; Par., XVIII, 105, etc., etc.