d., 3690 et suiv
3. Le Chevalier au lion, vers 2165. Cf. les ouvrages de Myrrha Borodino sur los romans de Chrétien de Troves.
60 l'amour et la femme en occitanie
celles qui s'offrent à lui (vers 5733) et ne cesse de solliciter son pardon dans les termes les plus soumis; il l'arrache par un subterfuge, et Laudine ne l'accorde pas de bon cœur.
Ces romans et d'autres, encore plus saugrenus, contribuèrent, par leur grande vogue, à fixer les règles de la galanterie européenne, à assurer le culte de la femme et à dévier vers un idéal trop accessible la haute conception de l'amour qu'avait imaginée l'Occitanie.
§ 4. Théorie de V amour occitanique.
Détourner au profit des vertus militaires l'excès de vitalité qui provient de l'instinct sexuel; n'admettre l'amour que comme le stimulant de la prouesse; aimer une dame parce qu'on n'arrive à ses faveurs qu'à travers les champs de bataille et les champs clos ; tenir en plus haut prix la vaillance ainsi acquise que la récompense charnelle méritée par les exploits, les souffrances, les privations et le sang répandu ; se servir de la dame comme d'un instrument pour perfectionner l'âme et le cœur du chevalier, voilà ce qu'inventa l'Occitanie. L'amour, le funeste et tragique Éros, devient « la source de tout bien ». Même coupable, même adultère, il est le principe des vertus morales comme des grâces mondaines et de la valeur guerrière. C'est pourquoi il est obligatoire. L'homme doit se livrer à l'amour, parce que, manquant de son éperon, il s'endormirait dans la mollesse et ne sortirait plus de l'ornière. Et il n'y a pas d'autre '* motif pour aimer. La joie d'amour est dans le désir, dans l'effort, v non dans la volupté ; la possession éteint l'amour, le désir le fait vivre ; c'est lui qui pousse l'amant vers la gloire et vers le ciel, pour mériter une dame qui ne cédera qu'après de longues années. Car le chevalier, afin d'exalter sa prouesse et sa vertu, doit choisir une amante d'un rang si élevé que tout espoir prochain s'évanouisse et que le plus fugitif sourire ne s'obtienne qu'au prix de hauts faits ^.
La chose était nouvelle et fit une étrange fortune. La littérature et les mœurs de toute l'Europe civilisée se modelèrent sur ce paradoxe et no'js en souffrons encore. Morale en son principe, cette folle théorie servit d'excuse aux plus immorales passions, parvint à leurrer les plus claires et les plus sèches intelligences et, en dépit de ses ironies, Voltaire lui-même, dans le conte de Babouc, expose avec une naïveté imprévue les bienfaits de l'amour coupable, source de toutes les vertus ^.