‹ Autour de Dante; Les BéatricesChapitre 55 sur 440 · Cf. Dante ch. Doglia mi reca · texte numérisé non relu

Cf. Dante ch. Doglia mi reca

LA FEMME A LE DEVOIR d'aIMER 67

condamne à l'enfer. » — Dans un poème de langue d'oïl [De Vénus, la déesse d'Amour ^), le dieu Amour envoie à une dame l'ordre d'aimer celui qui l'aime, sinon lui et Jésus rendront public son mauvais esprit, de sorte qu'elle ne plaira plus ni à Dieu ni aux hommes.

Sordel, Bels cavalers'. « L'autre jour, en Flandre, un beau chevalier ïnourut d'amour, et j'en suis content, car, désormais, les dames qui font souffrir les amants les croiront davantage. Et j'aurais voulu que son amie fût morte en même temps que lui, car alors les dames croiraient ce qu'elles refusent de croire, — que plus elles font languir les amants, plus elles manquent à leur devoir. »

Au cours de ses songeries, André le Chapelain (I, vi, D^) rencontre l'armée des morts, commandée par Amour qui marche en tête, couronné d'or. Sur des chevaux brillants, tenus en main par des écuyers, le suit une troupe de femmes magnifiquement vêtues; ce sont les bienheureuses {beatissimœ), qui, pendant leur vie, ont su se prêter au service d'Amour et accordé toutes leurs faveurs à ceux qui voulaient aimer ; elles en obtiennent maintenant pleine récompense. Ensuite viennent les courtisanes, immundse mulieres, que fatigue jusqu'à la mort l'empressement des valets et des écuyers ; enfin, après les courtisanes, vêtues de loques et dénuées de tout, avancent péniblement sur des chevaux décharnés et boiteux les plus misérables de toutes les femmes, omnium mulierum miserrimse, celles qui n'ont jamais voulu aimer, « et elles sont soumises à tant d'autres peines qu'on ne peut les raconter ^ ».

§ 9. La femme a le devoir d'aimer pour s' améliorer elle-même.

Ce n'est pas seulement pour améliorer l'homme que la femme a le devoir d'aimer, c'est pour acquérir les qualités qui lui manquent, perfectionner celles qu'elle possède ; car, en soi, elle n'est pas bonne, et l'amant ne lui doit de culte qu'autant que, par l'exemple de ses propres vertus, elle l'excite au bien. « Que doit-on demander à une femme? dit Gaubert de Puycibot [Be s cufet, R. III, 365). Qu'elle sache plaire par ses bonnes actions. » — -« Un amant sage, affirme André le Chapelain, ne sera pas rebuté par la laideur de celle qu'il aime, si elle se distingue par ses mœurs. » Ceci est fort important. C'est lu grande originalité de l'Occitanie, la profonde différence qui sépare les troubadours des poètes erotiques de tous les temps. Les premiers n'adorent la femme qu'à bon escient, comme un moyen ; ils ne s'en servent que s'ils la jugent capable de les conduire au but, qui est le

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