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La même légende forme le sujet du Lai du Trri

(ib l'amour et la femme en occitanie

bien. Il est donc nécessaire que la femme soit bonne ou s'efforce de le devenir ; et, pour y arriver, le meilleur chemin, pour elle comme pour l'homme, c'est l'amour.

Cercamon, Per fin amor [Ann. du Midi^ 1905, 31) : « Dame ne peut rien valoir, ni par richesse, ni par pouvoir, si Amour ne l'inspire pas. »

Miraval, D'amor son totZy R. III, 362 : « Une dame ne peut avoir de mérite qu'en aimant. »

Breif. d'Am.y 30250 et suiv. : « Une dame ne doit point écouter les prières des fous et des médisants ; avec eux elle n'a rien à gagner, et une dame ne doit souffrir un amoureux que pour augmenter son propre mérite et sa valeur. »

Id.j 31872 : « Quand le loyal amant en aura l'occasion, il doit, s'il découvre en son amie quelque défaut à corriger, le lui faire comprendre discrètement et il doit l'endoctriner en bien dire et en bien faire et lui apprendre à éviter tout sujet de blâme. »

A. le Chapelain, p. 266 : « Si une femme s'est liée à un amant indigne, elle doit s'efforcer de le ramener aux bonnes mœurs et de l'arracher à ses mauvais penchants. Nous dirons la même chose pour Vamant, »

Chrétien de Troyes, Alexandre et Soredamors, v. 952 : « Amour voudrait, et je le veux, dit l'héroïne, que je fusse sage et sans orgueil et de bonnes manières et affable à l'égard de tous, pour l'amour d'un seul. »

Montanhagol, Nulhs om no val : « L'amour consiste à perfectionner celle quon aim^ loyalement ^. »

Jacques Bretel, le Tournoi de Chauvenci^ publié par Paul Meyer dans Rom,, X) : « La bonne dame doit avoir le cœur franc et recevoir agréablement la requête de l'amant loyal ; car ainsi elle doublera sa puissance, sa prouesse, sa valeur, sa raison et sa volonté. »

§ 10. U obligation d^ aimer au-dessus de son rang cause le malheur de celui ou de celle qui aime.

Obligé d'aimer pour valoir, car elle n'est pas meilleure que l'homme, la dame doit, comme l'homme, choisir au-dessus d'elle l'objet de son amour ; elle doit prendre un amant qui lui soit supérieur par la noblesse de l'âme comme par le rang. « C'est une règle de la nature, dit la dame noble (A. le Chapelain, I, vi, B), que tout homme préfère choisir une amante d'une classe supérieure et que toute femme fasse de même.» Curieuse maxime ^, qui, prise à la lettre, ne permettrait à aucun amour

1. Marcabru (cité plus haut): « La courtoisie consiste à aimer. Ainsi l'homme sage devient supérieur et Vhonnêle f^rrime croît en vertu. »

2. Dans la pratique, cette maxime se heurtait encore à une autre objection. Beau-

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d'être partagé, le vassal devant aspirer à la suzeraine, la suzeraine ne pouvant s'adresser qu'au haut baron, le haut baron n'ayant droit qu'aux reines ; quant aux reines, on ne voit pas ce qui leur reste. Ce principe s'oppose, d'ailleurs, à celui que nous venons d'exposer, à l'obligation pour la femme d'aimer celui qui l'aime, ou au moins de se laisser aimer par lui, afin qu'il entre et persévère dans la voie du bien. L'une et l'autre de ces règles dérivent nécessairement de l'axiome fondamental des troubadours : Ni Vhomme ni la femme nont le droit d'aimer que pour s'améliorer. Ne nous étonnons point qu'une idée si élevée, mais si singulière, n'ait pu être érigée en système qu'au prix de quelques contradictions.

C'est sur elle que fut bâti tout l'édifice de îa poésie occitanique ; c'est à cause d'elle que l'homme, obligé de courtiser une dame d'un rang supérieur, aime sans espérance, et que les troubadours mâles nous ont légué tant de pleurs et de soupirs et si peu de chants de triomphe. C'est pour la même raison que les femmes troubadours ne cessent de gémir et nouent en vain leurs bras aux genoux de l'amant qu'elles ont choisi trop haut parmi les grands de la terre.

Castelloza, Amie, si us trobes {Parnasse occitanien, 245) : « Je voudrais ne plus vous aimer de bon cœur ; je voudrais voir s'il me sera utile de vous montrer un cœur félon et fâché. — Non, je ne le ferai certes pas ; je ne veux pas que vous puissiez dire que j'ai jamais failli envers vous ; si je commettais quelque faute à votre égard, cela pourrait vous servir de prétexte.

« C'est pourtant ce que je devrais faire, s'ils disent vrai, ceux qui affirment qu'il messied à une dame de s'offrir à un chevalier et de le fatiguer de ses prières. Ceux qui parlent ainsi ne savent pas ce qu'ils disent ; j'aime mieux prier que me laisser mourir ; je trouve une douce consolation à prier celui qui me vaut mes lourds soucis.

« Bien fou qui me blâmerait de vous aimer, puisque cela me plaît tant ; et, pour le faire, il faudrait ignorer dans quel état je suis; il faudrait ne pas vous avoir vu avec les mêmes yeux que moi, lorsque vous me dites de ne pas avoir de peine, qu'un jour viendrait peutêtre où je sentis heureuse avec vous. Ces mots ont suffi pour m' égayer le cœur.

coup de dames, alors comme aujourd'hui, étaient vénales ; celles qui s'adressaient à de trop grands seigneurs s'exposaient à être soupçonnées d'«n vouloir à leur bourse plus qu'à leur cœur. La louve de Pennautier avait pris pour amant le comte deFoix. • Tout le pays le savait, et elle était déshonorée et n'avait plus d'amis ni d'amies, car là on tient pour morte toute dame qui prend pour amant un haut baron. »{Hist. Lan(j.,X,27b.)

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a Aucun autre amour n'existe à mes yeux, et sachez bien que je n'ai pas d'autre joie que vous pour me réjouir et me consoler dans mes pires chagrins.

« Et je mourrai, si vous ne voulez mégayer de quelque joie. »

Castelloza, Ja de chantar, R. III, 368: «Je ne devrais pas avoir envie de chanter, car plus je chante et plus Amour me maltraite ; les plaintes et les pleurs habitent en moi ; j'ai mis mon cœur et moimême en maie aventure, et, si je ne réussis bientôt à me sauver, c'est en vain que j'aurai attendu si longtemps.

« Ah ! bel ami, avant que je meure de douleur, faites-moi au moins bon visage ! les amants vous tiennent pour sauvage, car jamais je n'eus de joie avec vous, et il ne m'a servi de rien de vous aimer de bonne foi, toujours, d'un cœur fidèle. Jamais mon cœur ne vous trahira. Mais je me souviens de votre grandeur et je sais bien qu'il vous faut une dame de plus haut parage.

« Depuis que je vous connais, j'ai toujours fait vos volontés, et pourtant, ami, vous n'êtes pas meilleur pour moi ; prières et messages ne peuvent vous changer.

« Si cela devait me servir, je vous rappellerais bien dans ma chanson que j'ai votre gant, que je vous dérobai avec grande crainte ; mais j'ai peur que cela ne vous nuise auprès de celle qui vous relient ; c'est pourquoi j'abandonne la lutte, car je crois bien que je ne suis pas la plus forte.

« Je vois bien que les chevaliers font leur propre malheur en priant les dames plus qu'elles ne les prient ; ils n'y gagnent rien ; lorsqu'il arrive à une dame d'aimer, il est bien juste qu'à son tour elle prie le chevalier, si elle trouve en lui prouesse et valeur. »

Castelloza, Moût avetz [Parnasse occitanien, 248) : « Voilà longtemps, ami, que vous m'avez quittée, et vous êtes dur et sauvage, car vous m'aviez juré que jamais vous n'auriez d'autre dame que moi. Et si vous en avez une autre, vous m'avez tuée et trahie, car j'avais mis mon espérance en votre amour.

« Bel ami, depuis que vous me plûtes, je vous aimai toujours d'un cœur sincère et je sais bien que je fis une folie, car je n'ai rien gagné à vous être fidèle, et vous m'avez rendu le mal pour le bien. Mais je suis si éprise que je ne puis être heureuse sans votre amour.

« J'aurai donné un bien mauvais exemple aux autres amantes. On leur envoie des messages et des vers soignés et limés. Et moi, ami, je me tiens pour sauvée quand je vous prie ; cela me plaît ainsi, car les plus hautes dames seraient fières d'obtenir de vous quelque baiser ou quelque gentillesse.

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« Malheur à moi, si jamais mon cœur s'éloigna de vous, si jamais je convoitai un autre amoureux ! Je suis pensive et marrie, car vous avez oublié mon amour et, si vous ne m'accordez aucune joie, je mourrai bientôt...

« Et si jamais vous m'avez trompée, je vous pardonne de bon cœur et je vous prie de venir à moi... »

Comtesse de Die, Estât ai en gran cossirier^ R. III, 25 : « J'ai été en grand souci, à cause d'un chevalier que j'ai eu ; et je veux qu'on sache toujours que je l'ai aimé par-dessus tout.

a Maintenant je vois que je me suis trahie moi-même, car je ne lui ai pas accordé mon amour, ce qui m'a fait souffrir grande peine, le jour et la nuit.

« Je voudrais bien tenir un soir mon chevalier nu dans mes bras et qu'il se trouvât heureux que je lui servisse de coussin ; car j'en suis plus éprise que Flore de Blanchefleur ; je lui accorde mon cœur et mon amour, mon âme, mes yeux et ma vie.

« Bel ami, gracieux et bon, quand vous tiendrai-je en mon pouvoir? Sachez, j'aurais grande envie de jouer avec vous un soir et de vous donner un baiser amoureux et que vous me teniez lieu de mari et que vous me juriez de faire tout ce que je voudrais. »

Comtesse de Die, A chantar mer (Bartsch, C/ires^, 69): « Il me faut chanter ce que je ne voudrais pas, tant me fait souffrir mon ami ; je l'aime plus que nulle chose au monde et rien ne me fait trouver grâce auprès de lui, ni ma beauté, ni mon mérite, ni mon intelligence; je suis trahie et trompée comme si j'étais laide.

« Je m'en console, ami, car jamais je n'ai commis envers vous la moindre faute à aucun égard. Je vous aime plus que Seguin n'aima Valence, et il me plaît fort de vous vaincre en amour, ômon ami I Car vous êtes le plus vaillant. Vous êtes dur avec moi dans votre mine et vos paroles et vous êtes avenant avec tous les autres.

« Je m'étonne bien, ami, que votre cœur soit dur pour moi, et j'ai raison d'en souffrir ; et il n'est pas juste qu'une autre dame vous enlève à moi, quoi qu'elle fasse pour vous attirer. Rappelez-vous quel fut le commencement de notre amour. A Dieu ne plaise que la rupture vienne de moi !

«Prouesse grande habite votre cœur ; et la grandeur de vos mérites me chagrine ; car toute femme, de près ou de loin, s'éprendra de vous, pour peu qu'elle soit encline à aimer. Mais vous, ami, qui êtes si sage, vous devriez bien savoir qui est la meilleure, et rappelez-vous nos accords.

« Vous ne devriez pas oublier mon mérite, ni ma noblesse, ni ma

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beauté, ni surtout mon cœur sincère. C'est pourquoi, là où vous habitez, je vous envoie cette chanson et je veux savoir, beau noble ami, pourquoi vous êtes si dur et si sauvage envers moi ; je ne sais si c'est fierté ou mauvaise volonté... »

§ 11. La volupté tue V amour.

Ainsi, d'après les règles occitaniques, doivent soupirer les femmes qui aiment. En revanche, celles qu'on aime sont tenues de faire languir leurs adorateurs et de résister le plus longtemps possible, parce que, le jour oîi elles cèdent, elles cessent d'être aimées. Tel est au moins l'avis des troubadours : le désir s'éteint dès qu'il parvient à son but. Or, tant qu'il désire, le chevalier risque tous les exploits et professe toutes les vertus ; du jour où il a conquis la dame, il ne s'efforce plus de la mériter, et l'amour, même au cas où il durerait, n'aurait plus d'excuse, n'étant plus que la banale satisfaction des appétits charnels ; mais, en général, il ne durera pas ; la possession le tue, et c'est une des raisons pour lesquelles l'amour occitanique est incompatible avec le mariage.

« Une fois le désir accompli, dit Uc Brunet, l'amour meurt [Pus lo dous tems, R. IV, 430)... Lorsque l'amour n'a plus rien à attendre, il se convertit en indifférence, le cœur change et ne désire plus, et l'amant blâme ce qu'il a aimé. »

Peire Cardinal, dans Brev. d'Am,, 31190 : « Ces gens, dans leurs plaisanteries, parlent d'Amour et ne savent ce qu'il est... Ils prennent la luxure pour le bon amour ; mais, à la fin, ils le verront bien, cet amour se change en malveillance. »

L'amour charnel dure peu, dit André Le Chapelain (p. 182), tandis que l'amour pur ne cesse de croître : « Ea volupté est l'ennemie de l'amour » (p. 283). — « Celui qui est fatigué par l'abondance de la volupté ne peut aimer » (règle XXIX). — « L'excès de la volupté est contraire à l'amour ; il y a des gens si avides de volupté que l'amour ne peut les retenir dans ses liens. Après avoir beaucoup pensé à une femme et même joui d'elle, il suffit qu'ils en voient une autre pour désirer ses baisers... Toutes celles qu'ils voient, ils les désirent, leur amour est comme celui des chiens. »

Brev. d'Am., 28518 : « Il vaut beaucoup mieux attendre le plaisir d'amour que le prendre, car une fois le désir accompli, toute joie d'amour est disparue ; toutes les joies et tout l'amour, c'est certain, viennent de l'espoir, qui est détruit lorsqu'il est accompli... En amour, celui qui se borne à espérer a plus de bien et de plaisir que celui quia tout obtenu de sa dame. L'amour est passé sitôt qu'on en a pris son saoul.»

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