Fierabras
LES JOIES DU CARNAGE y
« Galoper, sauter, trotter, courir ; les veilles, les fatigues, les soucis, voilà mes plaisirs désormais. Armé de bois, de fer et d'acier, je souffrirai le froid et la chaleur ; et ma maison, ce seront les forêts et les sentiers ; et mes chansons, ce seront les discords et les sirventes ; et je maintiendrai les faibles contre les forts. » Tel est le programme de Rambaut de Vaqueiras {Ges si tôt, R. IV, 420). Il prit les armes, avec le marquis de Montferrat, pour délivrer de malheureuses dames qu'on voulait marier de force ^ et, plus tard, périt à la croisade.
Blacas « fut le protecteur des faibles et des délaissés ^ ». Boniface de Montferrat « élevait les bons et abaissait les méchants ^ ». Girart de Rossillon, « très pieux défenseur des pauvres du Christ, poursuivait très sévèrement l'iniquité * ». En revanche, d'autres seigneurs détroussent les marchands sur les routes et s'en font gloire. « Si j'ai volé, répond Albert Malaspina à Rambaut de Vaqueiras, qui lui reprochait ses brigandages, c'est pour pouvoir donner davantage ^ »
§ 4. Les joies du carnage.
Le chevalier peut prendre à tâche de faire régner la justice, mais son plaisir et sa vraie fonction, c'est la bataille, quel que soit l'instinct qui l'y jette, pillage ou dévouement. Les guerres et les tournois, presque aussi meurtriers ^, prennent sa vie tout entière ; il n'aime au monde que ses outils de combat, son épée et son destrier, illustres comme lui et dont la légende conserve les noms. Quand Buèves d'Hanstone revient, après sept ans d'absence, il est reconnu par son cheval, mais non par sa fiancée. Aubri le Bourgoing, s'il entrait en paradis, s'en évaderait pour retrouver son cheval ; et Renaut de Montauban aimerait mieux tuer ses enfants que perdre Bayard, la célèbre monture des quatre fils Aymon. Les chansons de geste ne parlent que de têtes fendues et de flancs transpercés. Les troubadours eux-mêmes, poètes de l'amour quintessencié, tressaillent de la joie terrible des combats, exultent dans le carnage. Aux farouches accents que nous avons déjà cités, joignons ces vers d'Aicart del Fossat ' :