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Exemples italiens imités des troubadours

Detto d'amore anonyme, Amor si vuole, Mon. Crest., II, 314 : «La ^orge et la poitrine de ma déesse sont si claires qu'elle me paraît égale à Dieu. »

Guittone, A rinformare Amore, Ant., Rime II, 140: «Mon amour,gardez lacroyance €t l'espoir qu'en vous aimant je ne cesse de m'améliorer. ^'otre cœur, votre esprit, votre pure valeur font que j'oublie moi-même et Dieu, car vous êtes mon dieu, ma vie et ma mort ; si je me trouve en danger, sur terre ou sur mer, c'est vous que j'invoque, comme d'autres invoquent Dieu, et aussitôt j'échappe au péril. »

Il mare amoroso (Mon. Crest., Il, 320) : « Si jamais votrevue égalait celledu loupcei-vier qui v©it clairement à travers les montagnes, vous apercevriez votre figure peinte et gravée dans mon cxDcur, et des lettres autour, qui diraient ceci : je vous aime plus, déesse ! que je n'aime Dieu et je vous appartiens plus que je ne m'appartiens ] et voilà ce que je dis jour et nuit, comme le pécheur dit ses patenôtres. »

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peur de déplaire au seigneur, je n'ose me plaindre de ma douleur mortelle. ^)

Guiraut de Calanson, Li mexj désir (publié par Jeanroy, dans Ann. du Midi, 1905, 464) : « Mes désirs et mes pensées, ma douée envie et tous mes rêves, ma joie, mon bien, mon trésor et mon amour et ma valeur et les biens qui me sont promis. Dame, vous êtes tout cela ; et en ce monde je n'ai rien trouvé pour me tenir joyeux dans mes pires peines, rien que vous à qui j'ai donné mon cœur, vous que j'aime et que je loue, que je crains et que je sers. »

Peirol, D'un sonet i-'auc, R. V, 3 :« Si éloigné que je sois de ma dame, les yeux de mon cœur restent fixés sur elle ; je la vois et je la contemple, telle la fleur, dont on raconte qu'elle tourne en suivant le soleil.

Uc de Saint-Cire {Très enemics, B^^rtsch, Chrest.) :(v J'ai trois ennemis et deux mauvais maîtres, et chacun d'eux essaie nuit et jour de me tuer : ces ennemis, ce sont mes yeux et mon cœur qui me font vouloir celle qui ne veut pas de moi ; l'un des maîtres, c'est Amour qui tient en sa puissance mon cœur et ma pensée ; l'autre, c'est vous, dame que j'aime, à qui je n'ose montrer mon cœur, et pourtant vous me faites mourir d'envie et de désir !

« ... Que ferai-je, moi pour qui toutes les joies, si elles ne me viennent pas de vous, sont des douleurs?...

« Commen-t endurer mon mal? Je ne puis mourir, et ma vie n'est que souffrances. Comment l'endurer, moi que vous faites languir et que vous désespérez avec un peu d'espérance?...

« Comment vivrai-je? je ne porte en la mémoire que votre corps aux formes gracieuses et vos paroles courtoises, amoureuses et modestes. Gomment vivrai-je, moi qui ne prie Dieu que d'une chose, qu'il me fasse trouver grâce devant vous? »

Bernard de Ventadorn, No7i es mara^^ilha, R. III, 44 : « Quand je la vois, on s'en aperçoit bien à mes yeux, à mon visage, à ma pâleur ; je tremble de peur comme la feuille au vent. »

Gaucelm Faidit, De faire chanso, M. G., 460 : « On ne peut bien aimer loyalement sans crainte. »

Bre^. d'Am., 31600, les amants se plaignent à Matfre de leur propre timidité. Hors de la présence de la bien-aimée, ils préparent de beaux discours pour l'attendrir, mais, sitôt qu'elle paraît, ils ont tout oublié :« Nous restons tremblants, éperdus et muets, et nous oublions tout ce que nous avions pensé dire. »

Aimeric de Pégulhan, dans Brei>. d'Am., 33770 : « Je compose et j'apprends mes plus belles supplications ; je fais comme si j'étais devant elle et si je les lui récitais à ma guise ; je prends ma résolution

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et je vais la voir pour lui dire ma pensée ; mais, quand je la vois, je ne sais si c'est par amour ou par crainte ou pour sa grande noblesse, je reste sans paroles, muet ; et ce n'est pas qu'elle me fasse mauvais visage, au contraire, elle m'accueille gracieusement. »

Arnaut Daniel, n° XV : « Seul, je sais le profond chagrin qui dévore mon cœur, malade de trop d'amour. Mon amour est si ferme et si plein que jamais il ne s'est détaché d'elle depuis la première fois que je la vis. Et maintenant, loin d'elle, je lui adresse des paroles enflammées et puis, quand je la vois, j'aurais tant de choses à lui dire que je ne sais plus. »

§ 18. Chasteté de V amour occitanique ; V amour absolument pur.

Cet amour qui n'ose pas s'exprimer, qui reste inconnu de la dame, est, à coup sûr, fort chaste en fait, sinon en intention. Je sais bien que la plupart des troubadours espèrent que la dame les aidera à vaincre leur timidité et qu'ils seront un jour récompensés de leurs peines ; mais certains, au contraire, renonçant à toute prétention, n'en sont que plus à l'aise pour aimer, tirent de leurs sentiments méconnus autant de bénéfice que s'ils étaient encouragés, croissent en mérite et en vertu et aiment, sans le moindre espoir, jusqu'au jour de leur mort.

Peire Rogier, Per far esbaudir, R. III, 32 : « De ma dame, je m'ai que moqueries et rires et je serais fou de lui demander davantage ; je dois, au contraire, m'en réjouir grandement. Il ne me sert donc de rien de la rencontrer seule. Je suis gai et content de la voir ; je n'en aurai rien d'autre, je le sais bien ; mais j'en tire joie et mérite et grand honneur, à la façon du pauvre orgueilleux.

« Elle ne connaît pas mon désir ; ni moi ni personne ne le lui a dit, mais je l'aime en cachette autant que si elle avait fait de moi son amant... J'aimerai donc ce que je n'ai pas.

« Je suis le meilleur des amants ; je ne demande rien à ma dame, ni menues faveurs, ni bon visage ; où qu'elle se trouve, je suis son amant et je la courtise, dissimulé, tapi et caché. Elle ne sait pas le bien qu'elle me fait, ni que, par elle, j'ai joie et mérite.

« Je vis pour son amour et, si j'en meurs, si on dit que je suis mort en aimant. Amour m'aura fait un tel honneur qu'il n'en fera jamais d'aussi grand à personne. »

Jaufré Rudel, No sap chantar^ R. Il I, 97 : « Que nul ne s'émerveille que j'aime celle que je ne \ errai jamais; j'aime celle que je n'ai jamais vue ; je n'ai pas dans le cœur d'autre amour, et jamais nulle

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joie ne m'a tant égayé et je ne sais point quels biens m'en viendront ^. »

Jaufré Rudel, Lanquan II jorn, R. III, 101 : « Le Seigneur, qui forma cet amour, est bien le vrai seigneur... Je partirai triste et dolent quand j'aurai vu cet amour lointain ; mais je ne sais pas quand je le verrai, car nos terres sont trop éloignées, il y a trop de défilés, le chemin est trop long...

« Que Dieu, qui fit toutes les créatures et forma cet amour lointain, me donne bientôt le pouvoir de voir cet amour en un lieu commode où les chambres et les jardins seront de magnifiques palais (le paradis).

« Mon parrain m'a donné en sort d'aimer sans être aimé. ^)

Aimant des dames si hautes qu'ils n'osaient se déclarer, et continuant à cultiver leur cœur et leur âme pour se rendre dignes d'elles, les troubadours s'aperçurent que, pour obtenir de l'amour ce qu'on lui demandait, l'exaltation de la prouesse et de la vertu, il n'était point besoin d'espérances charnelles et ils décidèrent que le véritable amour, le loyal amour, fis amors, était absolument pur. D'ailleurs, l'amour des sens, tel qu'ils le comprenaient, c'est-à-dire la passion violente et exclusive inspirée par une seule femme, constituait une première étape vers la chasteté.

A. le Chapelain, I, cap. iv : « L'amour rend presque chaste, car celui qui brille de ses rayons ne peut songer aux embi^ssements d'une autre dame que la sienne, fût-elle plus belle. Lorsqu'il songe à son amour, l'aspect de toute autre femme lui semble repoussant ^. »

Par une seconde étape, les troubadours, conservant au désir son caractère charnel, mais renonçant sciemment à toute volupté, approchaient des théories de l'amour pur.

Montanhagol, Ar ah lo coinde pascor : « Amour n'est pas un péché mais une vertu qui rend bons les méchants et meilleurs les bons et met tous les jours l'homme sur la voie du bien. Et d'amour procède chasteté, car qui s'applique à l'amour ne peut ensuite mal agir.

« ... Si elle ne m'accorde quelque joie, je mourrai bientôt, car le désir

1. Guilhem de Béziers, R. III, 133 : « Par merci je vous prie, belle douce amie, de vouloir bien m'aimer comme je vous aime; car je vous aime plus que chose au monde ; et je ne vous ai jamais vue, mais seulement j'ai ouï parler de vous. »

2. Rousseau, Confessions, I, 3 : « Son image toujours présente à mon cœur n'y laissait place à nulle autre; elle était pour moi la seule femme qui fût au monde, eb l'extrême douceur des sentiments qu'elle m'inspirait, ne laissant pas à mes sens le temps de s'éveiller pour d'autres, me garantissait d'elle et de tout son sexe. En un mot, fêlais sage parce que je Vaimais. »

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éteint mon cœur... Quicontfue vous regarde perd toute irtéchanceté, et moi, je meurs à regarder votre noble corps, tant le désir nT*étreint. »

Le même poète s'élève enfin à l'amour absolument pur :

Nulhs om no çal : « Il n'aime pas ni ne doit être aimé, celui qui demande à sa dame de faillir ; un amant ne doit en aucune manière demander à sa dame quoi que ce soit qui tourne à son déshonneur. L'amour consiste à perfectionner celle qu'on aime véritablement, et qui lui demande autre chose trahit le nom d'amant.

« La passion ne ma jamais dominé au point de me faire désirer rien qui puisse déshonorer celle à qui je me s^iis donné, et je ne tiendrais pour agréable aucun plaisir qui pût tourner à sa honte. Rien de ce qui lui nuirait ne peut me plaire. Un véritable amant doit préférer cent fois l'intérêt de sa dame au sien. »

Aimeric de Bclenoi, Pos lo gai tems, M. W., 904 : « Mon désir, à qui les plaisirs vils n'agréent point, a trouvé à son gré une femme de cœur et d'esprit, fière et modeste, de noble conduite.

« Mon cœur loyal aime toujours honorablement, sans blâme et sans folie, ni des autres ni de moi. Ni beauté, ni rang, ni noblesse ne me plaisent sans l'esprit et le savoir qui font faire et dire ce qui sied et qui gardent de faillir les dames et leurs amants ; et mon cœur est assez noble pour mépriser les autres amours. »

Guiraut Riquier (Anglade, le Troubadour G. Riquier, p. 249) : « Comme ma dame au noble corps, orné de toutes les qualités, ne fut jamais reprise ni blâmée, pas même d'une mauvaise pensée, je l'aime plus parfaitement et avec crainte ; car, si elle m'avait donné un plaisir et qu'il fût indigne d'elle, il me semble qu'elle et moi nous aurions déchu... Mais, parce que cette joie m'a été refusée, j'ai grandi en sagesse, au point que les vils espoirs me déplaisent... Ni bruit ni folie ne m'ont plu depuis que j'ai reconnu le bien dont elle fut semence. »

Le moine de Montaudon (Thomas, Francesco de Barherino, p. 109) : « Je suis le gardien de son honneur, et si la fragilité humaine fait naître en moi quelque désir déréglé, je triompherai de ce désir la force de mon amour. »

Sordel {Can plus creis) : (v Dame, plus croît ledésir dont je languis puisque vous ne m'aimez pas, plus croît mon désir de louer votre grand mérite ; car de vous, amie, ne peut me venir joie entière, si votre mérite doit en souffrir ; votre honneur m'est aussi cher que votre beau corps.

« A vous, dont la valeur n'a pas d'égale, je me suis donné loyalement, sincèrement, et j'aimerais mieux mourir de douleur que recevoir

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de vous une joie qui porterait atteinte à votre honneur ; et si jamais il m'arrivait de vous désirer autrement, n'ayez pour moi ni pitié ni égards.

« Nul chevalier ne peut aimer loyalement sa dame s'il n'aime son honneur autant qu'elle. C'est pourquoi je i^ous prie, beau et joli corps, de ne jamais rien faire de ce que je i'ous demande, si cest contraire à \'otre honneur.

Sordel, Dompna mieils quorn : « Si Amour me fait désirer de vous quoi que ce soit que s^ous ne deviez pas faire, je vous prie en grâce de ne pas le faire. J'aime mieux vivre dans le chagrin que porter atteinte à votre honneur. Vous que je désire, je ne vous demande que de me permettre de bon cœur de vous aimer et de vous servir. »

On se moqua de Sordel ^ ; il n'était qu'un libertin repenti, qui se vantait jadis de trousser femmes et filles : Nom meravilh : « Je ne m'étonne pas que les maris soient jaloux de moi, tant je connais la science d'amour. Il n'y a pas au monde de dame assez vertueuse pour se défendre contre le charme et la douceur de mes prières. Il ne faut pas blâmer ceux qui se plaignent de moi ; tous les maris dont la femme me reçoit ont à souffrir ; et, pourvu qu'elles se dévêtent en ma compagnie, peu m'importent leurs chagrins ou leurs mésaventures.

(i Que nul mari ne se plaigne de mon bonheur ; c'est ma destinée que tous mes désirs amoureux soient satisfaits. Quoi qu'on dise ou qu'on fasse, on ne m'empêchera pas de déshonorer bruyamment les dames. »

Mais la muse occitanique devenait prude sur ses vieux jours, et en théorie, sinon en pratique, proscrivait l'amour des sens :

Brev. d'Am., 30890 : « Si l'amant dit qu'il n'aime rien au monde autant que sa dame et qu'il ne peut aimer davantage ; si la dame sait que l'amant l'aime vraiment de loyal amour et qu'il ne songe à rien de déshonnête ; alors, que la dame remercie l'amant; mais, si elle comprenait à ses discours qu'il l'aime de faux amour et qu'il ne songe qu'aux plaisirs charnels, qu'elle réponde : puisque vous dites que vous m'aimez loyalement, vous ne devez me demander rien de messéant, car, certainement, si vous le faisiez, vous vous contrediriez. »

1. Granet, sirvente contre B. d'Alamanon et Sordel, M. G., 1017 : « Nous connaissons tous les mœurs de Sordel i il aime sa mie sans en jouir ; et il ne veut pas qu'il lui prenne fantaisie de coucher avec lui, parce que ce serait une honte. »

Peire Guilhem, tenson avec Sordel (dans Sordel ; éd. de Lollis, p. 172) : « Sordel, je n'ai jamais vu d'amant de votre espèce ; les autres galants désirent les baisers et le ht, et vous, vous ne vous en souciez pas. »

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30909 : « Celui qui dit qu'il aime loyalement sa dame se contredit lorsqu'il la requiert de folie ; un loyal amant doit garder l'honneur de sa dame comme le sien propre et même mieux, s'il le peut ^. Si ce galant, qui se prétend loyal amant, prie humblement la dame, sans dire de folies, de lui accorder son amour et de permettre que désormais, grâce à cet amour, il soit gai, humble, franc et amoureux, courtois, hardi, généreux et preux ; s'il est digne de tant d'amour et qu'elle n'ait pas d'amant, elle peut lui dire : il me plaît que, pour l'amour de moi, vous soyez preux et de bonnes façons, modeste et franc, joyeux et hardi. »

31185 : « Celui qui veut aimer doit donc choisir une dame de grande réputation, bonne et belle, et Vaimer d'un cœur i^rai et non par paillardise^ car ce ne serait pas de Vamour. Amour procède de loyauté et se détourne de malice, quoique certains fous pensent le contraire, et voici ce qu'en dit Peire Cardinal, homme de grande sagesse : Ces gens, dans leurs plaisanteries, parlent d'Amour et ne savent ce qu'il est. Car le véritable amour procède de grande loyauté et de franc cœur, noble et bien appris ; tandis qu'eux, ils prennent la luxure pour le bon amour ; mais, à la fin, ils le verront bien, cet amour se change en malveillance. ))

31212 : « Un véritable amant ne doit demander à sa dame rien qui puisse entacher son honneur, son mérite ou sa réputation. »

Jacques Bretel, Tournoi de Chauçenci^ Rom., 1881 : « Le cœur qui aime loyalement ne ferait pas, pour un empire, une déloyauté. Au contraire, il s'efforce de bien faire, d'être courtois et débonnaire, de se garder des mauvais vices... et ceux qui se comportent autrement, je dis qu'ils ne connaissent pas le bon amour... Jamais bon cœur n'aura envie d'accomplir le mauvais désir qui perd le corps et l'âme » (vers 4518 et suiv.).

§ 19. Mélange et confusion de Vamour et de la religion.

Un amour absolument pur, dont le but véritable est de faire éclore les vertus dans le cœur humain et de les y soutenir, mène à Dieu.

Ider (3706 à 3730, HisL litt., XXX, 208) : « La vraie religion, c'est de haïr toute vilenie... Ceux qu'Amour tient en sa puissance ne voudraient ni en dire ni en faire... Qui aime bien sera sau^é.

1. « Rigaut de Barbezieux {Hisl. Lang., X, 251) aimait outre mesure la dame de Tonnai, qui était belle, noble et jeune ; et elle lui voulait du bien, en toute courtoisie. Rigaut la priait de lui accorder les plaisirs d'amour et implorait merci, et la dame lui répondait qu'elle lui accorderait volontiers tout ce qui ne tournerait pas à son déshonneur et que, s'il l'aimait comme il le prétendait, il ne devait pas souhaiter qu'elle en fit ou en dît plus qu'elle ne faisait ou ne disait. »

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Uc de Saint-Gro, Sentit aurai jranchamen^ R. III, 332 : « Vous améliorez ma vie, belle à la dure merci, car vous souffrez que. pour l'amour de vous, je cherche à gagner le ciel. »

Menant à Dieu, l'amour ne peut venir que de Dieu. « De Dieii viennent uoe grande partie des faits d'amour, » dit Jacques Bretel (Tournoi de Cham>enci, 4518 et suiv.). Théologiquement, Dieu est la forme la plus élevée de l'amour ; les poètes ne l'ignorent pas ^ et s'en autorisent pour faire voisiiier dans leurs vers le Très- Haut et Cupidon, parfois même pour les confondre. Tantôt ils invoquent le Seigneur à l'aide de leurs passions, tantôt ils figurent par le même symbole le Christ et la dame, ou remettent à la fois à Jésus et au dieu AnK>ur le soin de les venger d une caquette et les blasphémateurs de l'un comme de l'autre vont se rejoindre en enfer.

a Béni soit qui aime et honore les dames ! [Tournoi de CJtaiwen ci , 4578). Je prie tous les jeunes gens d'apprendi'e en leur jeunesse le noble métier d'amour et de le pratiquer en leur \ieillesse et jusqu'à leur mort ; ils iront tout droit en la compagnie du dieu d'Amour...

« Amen ! que le roi du paradis donne joie tous Les jours aux amants et, à la fm, le saint paradis ! Et que Dieu mène à une pieuse fin celui qui a écrit tout cela ! Amen. »

Arnaut Daniel (En cest sonet) menace de l'enfer la dame qui lui refuse un baiser ; Renaut de Magni (le Chastelain de Couci, 523) prie sa dame de lui céder, au nom de son salut éternel, car « si je meurs, dit-il, votre âme sera en péché, c'est bien certain ». Le dieu Amour (De Vénus la dtesse d'amour, cité plus haut) envoie à la dame l'ordre de se montrer favorable à qui la courtise, sinon elle en sera punie par lui et par Jésus. Marcabru s'est permis de médire de l'amour; « croyez bien qu'il est au plus profond de l'enfer "^ », dit le moine Matfre Ermengau.

Brei^. d'Aiïu, 28375 : La panthère exhale par sa gueule une odeur si suave qu'elle attire tous les autres animaux et s'en empare ; seul lui résiste le dragon (Satan) qui est son ennemi. Elle figure le Christ, qui amène à lui les pêcheurs par l'odeur de ses vertus, à laquelle restent insensibles les esprits diaboUques. Mais elle figure aussi la dame dont le charme tout-puissant appelle de loin les chevaliers, pour les mener dans la voie du bien. (Nicole de Margival, la Panthère d'Aniour ; Chiaro Davanzati, Siccome lu pantera. Mon. Grest., II, 316.)

l.Cf. I, ch. vni, ^ 1.

2. Monte, /prendo larme. Mon. Crest. II,. 274 : « La terre devrait engloutir ceux qui combattent lamour ; qu'ils ne soutiennent plus une telle hérésie, t

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