UTILITÉ DE LA SOUFFRANCE
plus poignante qu'une épine, mais elle se guérit avec de la joie et c'est pourquoi je ne i^eux pas qu^on me plaigne ^. »
Peire Ramon ^ Atressi cum la candela (cité plus bas, I, ch. ix, § 4), se plaint de mourir des duretés de sa dame, mais il ne veut pas cesser de la servir, parce qu'il n'y en a pas d'autre aussi capable de lui élever le cœur.
Sordel, Tan rnabelis : « J'ai reçu dans le cœur une flèche qu'a forgée le désir et trempée la mort ; et c'est pour cela que je chante et que je me tiens en joie, malgré mon chagrin ; car le mérite de celle que j'aime est si élevé que mes plus grandes douleurs sont des joies et mes maux des profits. »
Rigaut de Barbezieux, Tug demandon : « Je veux supporter ma douleur, car par la patience on obtient de belles joies; par la patience sont redressés bien des torts ; par la patience on peut triompher de la calomnie. Ovide dit dans un de ses livres, et il ne ment pas, que par la patience on peut obtenir en amour ce que l'on veut. Pour avoir patienté, maints pauvres sont devenus puissants. Je patienterai donc, jusqu'à ce que j'aie obtenu quelque grâce. »
Perdigon, cité par De Lollis, Giorn. stor. lett. ital., 1898, suppl. I, Sul canzoniere di Chiarô Davanzati: « La souffrance me fait apprécier davantage le bonheur, car il me semble que, si la souffrance n'existait pas, le bonheur n'aurait point de saveur. Le malheur sert à améliorer le bonheur. »
Gaucelm Faidit, dansj^rep. d'Am., 29214 : a Ce que l'on conquiert à force de souffrances, on l'estime plus précieux, plus noble, et on le tient plus caché que ce que l'on a tous les jours comme on veut. »
A. le Chapelain, I, vi, A :« Une faut pas, dit le chevalier, que ni moi ni un autre, nous puissions obtenir l'amour d'une femme d'un pareil mérite sans beaucoup de travaux.)) — Id., règle XIV : « On méprise un amour qu'on a obtenu facilement ; on tient pour cher celui qu'on n'a obtenu qu'à grand'peine. »
Peire Cardinal, Pus ma hoca, R. IV, 354 : « De même que l'argent s'afïine au feu ardent, de même le bon pauvre patient s'adoucit et s'afïine dans ses cuisantes douleurs. »
Peirol, Quoras que m, R. III, 276 : « La flamme d'amour me brûle jour ei nuit, c'est pourquoi je m'affine comme l'or au feu. »
1. Au contraire, les poètes du siil niiovo font le plus fréquent appel à la commisération publique.