‹ Autour de Dante; Les BéatricesChapitre 79 sur 440 · Cf. II, chap. xni · texte numérisé non relu

Cf. II, chap. xni

passion que nous n'y croyons o^ière ; ses protestations d'obéissance, de dévouement, ses aspirations vers l'idéal nous ennuient à mort. Être plus spontané, plus près de la nature, dépourvu de toute retenue, la dame se laisse mener par la tendresse ou l'emportement de ses caprices; elle parle l'éternel langage de la volupté, le langage de tous les temps, elle ne s'exprimerait guère autrement aujourd'hui, et c'est pourquoi nous nous sentons d'accord avec elle. Les troubadours mâles, représentants d'un âge à jamais passé, nous glacent par l'étalage systématique de sentiments qui nous sont devenus étrangers. Les troubadours femmes nous dévoilent un cœur en émoi, supplient à genoux, avec une ardente résignation, et précisent, sans vergogne,, la brutalité de leur désir. Aux touchantes chansons de CasteHoza et de la comtesse de Die ^, on peut joindre celle de Clara d'Anduse {En greu esniai, R. III, 335), dont voici la fin : « Ne craignez pas, bel ami, que mon cœur vous trahisse jamais, ni que je prenne un autre amant, quand cent dames m'en prieraient. Amour qui, pour vous, me tient en son pouvoir, veut que je vous garde mon cœur ; et je le ferai ; et si je pouvais dérober mon corps, tel qui l'a, ne l'aurait jamais.

u Ami, j'ai tant de tristesse et de douleur que, quand je veux chanter, je pleure et je soupire, car je ne peux pas faire accomplir à mes vers ce que voudrait mon cœur. »

Na Tibor, Bels dous amies, R. V, 447 : « Beau doux ami, je puis bien dire, en vérité, que je n'ai jamais cessé de vous désirer depuis cfue vous êtes mon amant ; je n'ai jamais été sans envie de vous voir et jamais je ne m'en suis repentie ; et, si vous partiez fâché, je n'avais plus de joie avant que vous fussiez revenu. »

Anonyme, Quart ^eilos pratz, Bartsch, Chrest., 225: «Quand je vois les prés reverdir et les fleurs grainer, alors je pense qu'A?fnour a failli me tuer ; je soupire si souvent, toute la nuit je soupire et veille ou je tressaille tout endormie, car il n^e semble alors que mon ami s'est réveillé. Ah! Dieu! comme je serais guérie de mon mal, si le sort voulait qu'une nuit il vînt me trouver, hélas !

« Dame qui aime doit avoir un noble cœur. Il y en a qui s'énamourent, et puis, par folie, ne s'en soucient plus ; mais j'ai le cœur plus ]oys.\ et plus fidèle que ne l'eut jamais dame de mon rang, hélas !

« Dame qui n'a point d'ami, qu'elle se garde d'en avoir ! Amour fait soufïrir aujourd'hui et demain ; et jamais il ne s'apaise ; il sait

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