LES FEMMES FONT LES PREMIERS PAS
A vrai dire, les dames n'avaient pas besoin, en général, de s'abaisser à des sollicitations aussi précises ; elles savaient, comme aujourd'hui, se faire comprendre sans rien dire.
« Je sais, dit Daudes de Prades {Ab lo dous tems)^ qu'il est impossible qu'une dame avoue son désir et, au contraire, pour obéir à l'honneur, elle cache à son ami ce qu'elle désire le plus ; et plus elle étouffe d'envie, plus elle se fait prier ; mais sa figure parle pour elle... »
Et c'est dans cette attitude qu'un joli sonnet de Verzellino nous montre une dame et une jouvencelle attaquant le cœur d'un adolescent, l'une avec une sombre passion, l'autre avec l'enjouement de la jeunesse.
« Une dame agréable et belle regarde si fixement un jeune homme qu'elle lui a percé le cœur ; et, de même, le regarde une jeune fille . Par amour, chacune d'elles l'appelle à soi : la dame le regarde sans sourire, et la jeune fille, quand elle le voit, s'égaie dans son visage et s'embellit toute. Le jouvenceau dit qu'il veut donner son cœur à la plus amoureuse et n'être le serviteur que de celle-là. Il ne sait pas laquelle des deux est le plus possédée d'amour et le désire le plus. Que celui-là décide, qui en sait plus long ^. »
1. Dans sa réponse à ce sonnet, Dino Frescobaldi (A/ voslro dir) conseille de prendre la jouvencelle. « La jeune fille, dont le cœur est porté à aimer, est pleine de désirs et ne songe à autre chose qu'au désir d'amour. Il ne peut en être ainsi de la dame qui est épousée. »