Roman de Thèbes, Roman de Troie, Alexandre et Soredamors
146 l'amour et la femme en occitanie
tlonncr à son fils. Beiie au gran pié ^ est le modèle de toutes les vertus. « Elle était de si belle nature, toute sage, toute pleine de croyance et de foi et n'avait souci que de bien faire ; elle avait mis toute son âme à croire en Dieu et à l'aimer. Plus l'épreuve lui était dure, pesante, certaine, plus elle acceptait volonliers toutes ses souffrances pour i'amour de Dieu...
« Puisqu'il vous plaît, Seigneur tout-puissant, de m'éprouver, eh l)ien 1 je veux, pour vous, fatiguer mon corps et le peiner. Mais vous, Seigneur ! délivrez-moi du péril ! Pour votre amour, je veux vous faire un vœu que je tiendrai fidèlement toute ma vie : je vous promets de ne jamais dire tant que je vivrai que je suis la fille d'un roi et que j'ai été mariée au roi Pépin. Jamais je n'en parlerai. J'irai donc, de porte en porte, mendier mon pain. Mais je ferai une exception à mon vœu ; je dirai qui je suis, pour me faire craindre, avant de laisser déshonorer mon corps, car perdre la virginité, c'est irréparable. Que Dieu et sa mère me donnent de si bien accomplir mon vœu que je puisse marcher droit dans le chemin de leur amour ! »
Les femmes de Girart de Rossillon, de Girart de Fraite montrent aussi le plus noble caractère (cf. chap. ii, § 6, et chap. iv, § 4).
§ 3. Misogynie des théologiens tl des juristes.
En dépit de tous ces éloges, l'opinion du moyen agc, celle des poètes eux-mêmes lorsqu'ils s'exprimaient sincèrement, fut très défavorable à la femme. Les théologiens, la plus haute autorité de ces temps, la jugeaient inférieure à l'homme et bien pire.
A la vérité, malgré la sévère opinion de saint Paul, les femmes occupèrent une place importante dans la primitive Église. Ainsi que les mâles, elles s'offraient au martyre et parvenaient à la sainteté. Celles à qui ces glorieux destins n'étaient pas réservés distribuaient les aumônes, comme diaconesses, visitaient les malades, assistaient les femmes au moment de leur baptême, fondaient des hôpitaux et des écoles. Sur cent lettres, saint Jérôme en adresse cinquante à des femmes ; sur vingt traités, il en consacra quinze à l'éducation des femmes ; il dédie la Vulgate à Paule et à Eustochie. « Saint Basile et saint Benoît, les premiers législateurs de la vie cénobitique en Orient, étaient secondés par leurs sœurs Macrine et Scolastique ^. »
Néanmoins, l'Église, en général, se montre très dure pour les femmes. Le droit canon, moins libéral que la loi romaine, lui défend de déposer en justice et regarde son témoignage comme indigne de