Novati, Freschi e Minii del Dugento, p
5. Les moines eux-mêmes, qu'on a si souvent accusés d'insensibilité aux p monde, s'attendrissent comme les guerriers. Saint Bernard ne pouvait per qui lui étaient ciiers sans laisser couler ses larmes. « Les pleurs étaient sor et jour » {In Canl. serm., XVI, 6). Cf. épître I à son cousin Robert ; et voie parle de la mort de son frère Gérard {In Cani. serm., XX\'I, 4) : « L je cache en moi-même brûle ma triste poitrine et la dévore; en le dissi; rétends et je l'aigris... Mon cœur est parti en même temps que mon frère su me contraindre pour que ma foi ne parût pas être vaincue par mon affec le monde pleurait, et moi, l'œil sec, j'ai suivi ses funérailles ; je suis resté devant sa tombe, jusqu'à ce que les cérémonies fussent accomplies. F ornements sacerdotaux, i'ai prononcé sur son corps, de ma propre bouche.
12 l'amour et la femme en occitanie
annonce aux preux qu'ils vont recevoir la couronne du martyre. « Alors, entre eux, il y eut douleur et pitié ; par grande amitié, l'un pleure l'autre ; par charité, ils se baisent entre eux. » Roland et Olivier, sur le point de mourir, « pleurent et soupirent l'un pour l'autre ^ », (( Roland regarde les monts et les landes, tant de Français y sont étendus morts ! En noble chevalier, il les pleure... Le comte est mort et le baron Roland le pleure... Quand il voit son ami couché mort, la face tournée vers l'Orient, il ne peut retenir ses larmes et ses soupirs. »
Charlemagne pleure en apprenant que les Saxons menacent son empire ^; il pleure et s'arrache la barbe lorsque l'ange Gabriel lui ordonne de continuer ses pénibles exploits ; il pleure lorsque Aude vient lui demander des nouvelles de Roland ; il pleure lorsqu'elle tombe inanimée ^.
« Comme l'empereur va cherchant son neveu, il trouve le pré rempli d'herbes et de fleurs qui sont rougies du sang de nos barons, et Charles en a pitié, il ne peut s'empêcher de pleurer. Il voit son neveu couché sur l'herbe verte; il descend de cheval, court sans s'arrêter, prend le corps entre ses deux bras et tombe pâmé de douleur. »
« Charlemagne commence à tirer sa barbe blanche ; de ses deux mains, il arrache les cheveux de sa tête ; cent mille Français tombent à terre, pâmés. » Avant le duel entre Ganelon et Thierri, m on vit pleurer cent mille chevaliers qui, à cause de Roland, ont pitié de Thierri » ; pendant qu'ils se battent, « cent mille hommes les regardent, tout en pleurs )>.
cVaulre consolation que dans ma propre peine... La main du Seigneur m'a touché ; elle m'a touché et frappé ; elle m'a tué en lui ouvrant les portes de la vie éternelle ; c'est moi qui suis mort de sa mort, non lui, qui s'est endormi dans le Seigneur ! Coulez, coulez, mes larmes, il y a longtemps que vous le désirez 1
« Mon âme s'était unie à la sienne et les deux ne faisaient qu'une. Etce n'étaient pas seulement le sang et la chair qui nous attachaient l'un à l'autre, mais surtout la conformité de l'esprit et des mœurs; nous n'étions qu'un cœur et qu'une âme; le glaive a percé mon âme en même temps que la sienne, et, trancliant en deux, a laissé une moitié dans le ciel, l'autre dans le désert. Et moi, cette partie misérable qui gis dans la boue, j'ai été amputé de la partie meilleure et il m'a été dit : tu ne dois pas le sentir ; mes entrailles m'ont été arrachées, et il m'a été dit : tu ne dois pas le sentir. Ah ! je le sens, je le sens malgré moi, car mon courage n'est pas celui des pierres et ma chair n'est pas d'airain. Je le sens et je pleure et ma douleur est toujours en face de moi 1 J'avoue mon affection et je ne la nie pas; et si on dit qu'elle est charnelle, je ne nie pas qu'elle soit humaine, ni que je sois un homme ! je ne nie même pas qu'elle soit charnelle ; car je suis de chair, voué au péché, à la mort, au chagrin et à la misère ; et je ne suis pas insensible au chagrin, et j'ai horreur de la mort, pour moi et pour les miens... »
1. Chanson de Roland, 1700 et suiv. ; 1977 ; 1850 et suiv. ; 2010 et suiv.