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Cf. Zasius, Défendis, p

Voici l'opinion de l'auteur d'une de ces encyclopédies qui furent si nombreuses au moyen âge, Barthélerni de Glanville, De proprieiatibus rerum, lib. VI, cap. v. Après avoir dit que les jeunes filles sont « timides et agréables, réservées dans leurs mœurs et leurs propos », il ajoute : « Toute femme a la parole prompte et facile, l'esprit insolent, enclin à la colère, rancunier, sensible, envieux, impatient de toute gène, llexible, rusé, amer, prompt à la luxure. La femme, dit Aristote, est d'une plus grande sensibilité que l'homme, elle répand plus vite des larmes, elle est plus envieuse, elle aime davantage, son esprit est plus disposé au mal que celui de l'homme, elle est plus menteuse, plus effrontée et plus paresseuse que lui.*

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faut voir là qu'une de ces conventions singulières sur lesquelles repose la littérature du moyen âge. Alors comme aujourd'hui^ l'opinion, indulgente pour les erreurs de l'homme, blâmait impitoyablement les femmes qui s'écartaient du droit chemin.

« L'excès de l'amour el de la luxure, dit le Chapelain, p. 324, est tolérable chez les mâles, à cause de l'audace de leur sexe ; mais^ pour les femmes, c'est un crime damnable, elles y perdent leur renommée ; on les méprise et on les traite, en toute justice d'immondes courtisanes. «Et page 261 :« Nous n'admettons pas qu on pardonne à une femme qui s'est livrée à deux hommes. On peut tolérer cette inconduite chez les mâles, parce que c'est l'usage et le privilège de leur sexe ; il leur est permis de faire ici-bas, très librement, les choses les plus honteuses. Mais chez la femme, à cause de la pudeur de son sexe^ cela est tellement infâme que, si elle s'est livrée à plusieurs, on la répute immonde et indigne de vivre dans la compagnie des autres dames. »

Cette pudeur semble tout à fait étrangère aux héroïnes des chansons de geste. Filles et veuves n'éprouvent aucune honte à offrir leur main aux chevaliers qui leur ont plu. La duchesse de Bourgogne mande Girart [Girart deViane^k>à\X. Tarbé, p. 36 et suiv.) et le requiert de l'épouser. « Dame, répond-il, voilà qui est merveilleux 1 On peut bien dire que c'est le monde à l'envers I Ce sont les femmes, maintenant, qui vont demander les maris? Par ma foi en Dieu, sauveur des hommes, il se passera bien deux ans avant qu'on me voie épouser ni vous ni une autre. Cherchez-en donc un autre, vous pourrez en trouver. Mais moi, vous ne m'aurez pas, je vous le dis en vérité ! » Malgré cette rebuffade, qui l'empêche de manger, de boire et de dormir, la duchesse revient à la charge deux jours après, sans plus de succès ^

Ce n'est pas seulement après le mari, mais après l'amant, voire l'amant d'un jour ou d'une heure, que couraient ces femmes affolées.

Tristan de Nanteuil (Hist. litt.^ XXVI, 243) : Les chevaliers, avant le tournoi, défilent en grande pompe devant les échafauds où les dames se sont placées pour les regarder. Doon fait sensation (vers 5275 et suiv.) : « L'une dit à l'autre : Qui est cet enfant-là? Il n'y en aura pas de plus beau dans cette fête. Voyez sa beauté et les doux yeux qu'il a et sa bouche riante : qui en sera baisée aura grand

1. Esmerée, fille du duc de Lorraine, soffre à Galeran {Galeran, vers 4559 et suiv.) ; Lavinie s'offre à Enée {Enéas, 8786 et suiv.) ; Guilliadon s'offre à Aliduc (Marie de France, Le Lai d'Eliduc); etc., etc.

plaisir, rien ne lui manquera. C'est un miroir à dames; bien heureuse la dame ou la vierge qui sera au lit dans ses brus ! »

Amis et Amiles, 646-704, Gautier, Chev.^ 378, note : La fille du roi, Bellisseiit, se tient devant le lit où est couché le comte Amiles : « Ah, Dieu ! dit-elle, voilà un homme si brave et de telle noblesse î il ne daigne m'aimer ni me regarder ! mais, par Jésus, le père spirituel î je n'abandonnerai pas mon dessein et j'irai cette nuit dans son lit me coucher sur les peaux de martre ; peu m'importe que le monde me blâme et que mon père, à cause de cela, me batte tous les jours : il est trop bel homme 1 »

(( — Sire, dit l'héroïne d'un lai publié par Gaston Paris (/?om., 1878, 410), sachez bien certainement que je voudrais avoir votre amour et votre accointance, s'il vous plaît, et voyez que je suis vôtre, n'en doutez pas ! )) Le chevalier feignant de ne pas comprendre, elle insiste : « Je vous dis que je vous aime d'amour. )> — Là-dessus, il se trouve obligé de partir, et, de sa lointaine résidence, il écrit à sa dame en termes fort chastes et sentimentaux, parfaitement conformes aux règles de l'amour courtois ; et voici la réponse (vers 338 et suiv.) : « Je ne veux rien, bel ami, qu'être entre vos bras, pour me réjouir et me distraire ; je voudrais vous tenir une seule nuit si nu à nue que je sentisse votre douce haleine, douce, fine, saine, que je désire tant sentir! Ahl si Dieu voulait permettre que j'étreignisse dans mes bras votre corps, le plus beau du monde ! »

Dans la CJmnson des Saisnes, les femmes des barons, restées en arrière du champ de bataille, se livrent aux valets de l'armée, font ripaille, se retranchent avec eux dans un château fort que leurs maris sont obligés d'emporter d'assaut. Une fois dans la place, ils reprennent bénévolement leurs épouses, comme si la chose eût été toute simple. Dans Auberi le Bourgoing, la reine et sa fille se disputent grossièrement la personne d'Auberi, et c'est la mère qui réussit le mieux. Dans Garin de Montglane, Plaisance, en train de séduire le géant Robastre, se laisse surprendre par sa tante, qui vient de se livrer à Bérart, tandis que Mabille, autre héroïne de cette chanson, en faisait autant avec Garin. « Ne rougis pas, dit la tante, nous sommes toutes les mêmes ; bien fou qui essaierait de nous garder I » . Aiol (2145 et suiv.) : Aïol vient d'arriver. Lusiane descend à l'écurie voir si on a bien soigné son cheval ; puis, sur Vordre de sa inère ^, elle va trouver le héros dans sa chambre, boit avec lui du vin que leur sert un écuyer, puis le fait déchausser et « nu devestir » et 'x quand il se

1. Dans la Chevalerie d'Ogier de Danemarck, le châtelain Guinier envoie sa fille coucher avec son hôte Ogier .qui vient d'arriver. Elle obéit avec empressement.

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coucha, bien le couvrit, doucement le tastonna pour l'endormir » ; elle lui prend la joue : « Tournez-vous vers moi, beau jouvenceau; si vous voulez m'embrasser, ou autre jeu faire, j'ai fort envie de vous servir. Par le Dieu du ciel, je suis pucelle, je n'ai pas encore eu d'ami ; mais maintenant, j'ai envie d'être à vous, s'il vous plaît que je vous serve. » — « Belle, répond Aïol, que le Dieu du ciel qui fit le vent et la mer, et le ciel, et la terre, vous rende le bien que vous me faites ! Allezvous-en vous coucher maintenant avec vos suivantes dans votre chambre; il en est bien temps; vous saurez demain mes intentions. » — « La pucelle s'en retourne toute dolente, ne se couche que le plus tard qu'elle peut, se tourmente et ne peut dormir ; vraiment, penset-elle, beau damoiseau, vous êtes fait pour être moine. »

Aïol n'est pas galant ; d'autres, dans leur farouche mépris des faveurs qu'on leur offre si humblement, montrent la dernière brutalité.

Ider {Ider, Hist. litt., XXX, 208), réveillé par la reine qui est venue le trouver nue sous son manteau, la repousse ; comme elle a le mauvais goût d'insister, il la renverse à coups de pied dans le ventre ; et tout le monde rit de cette histoire ^. Tous ces héros se soucient peu d'épuiser leur vaillance entre les bras des femmes. Ils daignent accomplir les exploits dont leur corps doit être la récompense ; mais, après avoir gagné le prix, ils s'éloignent sans l'accepter, et les malheureuses qu'ils ont refusées restent éprises d'eux jusqu'à leur dernier soupir. Ainsi font les chevaliers de la Table-Ronde, Gauvain, Mériadeuc {Hist. /i<^.,XXX, 239). La reine, dont Garin, n'a pas voulu, lui garde un amour passionné et en soufflette son époux. [Garin de Montglane) : « Sire, dit-elle, laissez une malheureuse ; je ne me soucie pas de votre affection, je ne demande que celle de Garin. C'est Garin qui m'empêche de savourer les épices, le vin, le gibier, le poisson, c'est lui qui m'ôte le sommeil ; je pense à lui durant la messe, pendant les psaumes et les leçons ; il me rend sourde à la harpe et à la vielle, aux jeux des jongleurs flamands et bretons ; je ne sors plus pour voir voler l'émerillon. Quand vous approchez de moi, j'aimerais mieux sentir un chat, un chien, un bouc ou un bélier; car, à coups de bâton, je les chasserais ; et vous, je ne puis que faire votre vouloir. Mais, j'en jure Dieu qui souffrit la passion ! plus loyal chevalier que Garin ne fut jamais ; c'est en vain que je lui promis les plus riches dons, il jura qu'il ne serait pas félon envers vous^. Tuez-moi, noble roi ! je le

1. Le preux roi Arthur se conduit de même avec la dame aux cheveux blonds (/e Chevalier au perroquet, Hist. lilL, XXX, 107).

2. Au contraire, pour se venger de Gilles de Chin, qui l'a refusée, ainsi que la

mérite et je vous le pardonne. » Le roi la regarde avec fureur et veut prendre un bâton pour la rouer de coups ; mais la reine est trop belle...

La reine Claresme {Gaydon, Gautier, Ep. fr., III, 635), voulant séduire Gaydon, essaie d'employer auprès de lui comme entremetteur un de ses vassaux, qui refuse avec indignation (8260 et suiv.). Elle envoie à sa place une demoiselle qui n'obtient aucun succès. « Si vous avez trop chaud, lui dit le chevalier, allez prendre un bain à la première fontaine. » — Galienne {le Chevalier au bel écu^ Hist. litt.^WX, 657) s'éprend de Frégus à première vue et va le trouver dans sa chambre. Mais il lui répond qu'il a autre chose à faire que perdre son temps avec des femmes ; son destin est de chercher les aventures et d'accomplir des exploits. — La fille du roi s'offre à Narcissus, simple vassal {Narcissus, Hist. litL, XXX, 762) : « Beau sire, je te désire par-dessus toute chose... je pense jour et nuit à ton amour... Beau sire, octroie-moi ton amour, rends-moi la santé, arrache-moi à ma douleur. )) — (( Va-t'en, répond Narcissus, tu n'es qu'une folle ^. »

Parfois, le chevalier se laissait faire. Lutisse avoue son amour à Anseïs {Anseîs de Carthage, Gautier, Ep. fr., III), qui n'en veut point. Elle se lève au milieu de la nuit et se glisse dans le lit du héros. « Je vous aimais tant, lui dit-elle après avoir triomphé de ses dernières résistances, que, si je n'avais pas joui de votre corps, j'allais me pendre au bois voisin. »

Un chevalier raconte qu'il est requis d'amour par une jeune fille {Hist. litt., XXIII, 829; trouvère anonyme) : « La peur me prit et je lui dis tout en fuyant : « Belle sœur, la besogne que vous me demandez, «je n'en sais ni peu ni prou, je n'en sus jamais rien ; au nom de Dieu, «je vous demande pitié, prenez un autre ami! » — «Couart, dit la fille «en souriant, il ne faut pas fuir ; il faut que vous luttiez avec moi dans « ce beau pré verdoyant. » — Elle fait deux pas en avant, au troisième elle se saisit de moi, je tombe sous elle, etc. )>

A la lubricité ces tristes héroïnes joignent la plus froide cruauté.

comtesse de Duras, la reine de Jérusalem l'accuse de sodomie {Gilles de Chin, Hist. /iH., XXIII, 402). — Lanval répond ainsi {le lai de Lanval) à la reine qui le sollicite : « Madame, laissez-moi en repos ; je ne me soucie point de votre amour ; j'ai longtemps servi le roi et ce n'est pas pour vous que j'irai lui faire affront. > La reine lui reproche alors de préférer aux femmes les jeunes et jolis écuyers et finit par l'accuser auprès du roi d'avoir tenté de la séduire. Même histoire dans le Roman des Sept Sages. Dans Trislande A'anfeuf/, la nièce del'évêque, refusée par Gilles (19250-I9G80). se livre à un démon, puis, enceinte de ses œuvres, accuse Gilles de l'avoir séduite et le fait condamner au bûcher. II faut un miracle pour sauver l'innocent.

1. Mêmes histoires dans Lanzelel, Rom., X, 328; Horn, Rom., 1886, 577; la Chastelaine de Vergi, Langlois, la Sociélé française au A'///« siècle, p. 225, etc..

Clarisse va épouser Persant (Tristan de Nanteuil, Hist. litt.y XXVI^ 249); mais elle aperçoit Tristan, s'enflamme aussitôt et, sans perdre une heure, lui fait demander un rendez-vous. Elle le lui ménage avec une astuce diabolique. Elle lui fait revêtir le manteau de son fiancé ; sous ce déguisement, il pénètre dans sa chambre, où elle se donne, et ce n'est qu'ensuite qu'elle songe à s'enquérir du nom de son amant. Et incontinent, elle le prie d'aller assassiner Persant qui dort tranquillement dans la pièce voisine (vers 9823-10000).

Cinq cents chevaliers [lesVœuxde Baudouin ^ H ist. Jiit.^W\, 112),. assiégés dans un château, ne disposent pour eux tous que de trois maîtresses. Deux d'entre elles s'entendent pour se défaire de la troisième ; et, des survivantes, l'une tue l'autre, afm de rester seule à servir les cinq cents chevaliers ^ !

On rencontre dans les romans force anecdotes moins sinistres, mais tout aussi désobligeantes pour les femmes -. Après un combat terrible {la Vengeance de Raguidel, Hist. litt.^ XXX, 59), Gauvain délivre la belle Ide, qui était en danger de mort ; elle lui offre en récompense son amour et il l'accepte. Peu après, il rencontre un chevalier qui prétend lui enlever sa compagne, si elle y consent. Ide va au nouveau venu et l'embrasse ; Gauvain veut s'éloigner, avec ses lévriers. L'étranger les réclame aussi ; mais le héros refuse de lui laisser le choix, comme à Ide, et il tue son adversaire. Alors Ide revient à son premier maître, car c'est seulement pour éprouver son amour qu'elle avait suivi l'autre, pour provoquer un combat dont elle savait bien que Gauvain sortirait vainqueur. C'est au moins ce qu'elle dit. Ils continuent leur route et rencontrent un second chevalier qui, lui aussi, veut s'emparer d'Ide ; et Gauvain la lui cède avec dédain, en lui recommandant de ne pas croire à ses mensonges.

Ce conte se retrouve dans le Chevalier à Vépée et dans le Tristan en prose. Dans la version néerlandaise de la Vengeance de Raguidel, Gauvain, curieux de savoir « quelle est la pensée des femmes », part en quête d'aventures. Il reçoit l'hospitalité d'un roi qui a emprisonné sa femme pour le reste de ses jours. Fille d'un bûcheron, il l'avait épousée par amour, et elle l'a trompé avec les derniers des valets.

1. Qu'est-ce qi>e les femmes aiment par-dessus tout? la domination [le Mariage de Gauvain [Hist. litt., XXX, 98]).

2. L'impudicité des femmes est de règle dans les romans, comme le témoignent les contes si répandus du manteau féé, de la corne à boire enchantée, etc. Ce manteau ne peut être porté que par une femme pure, et seule une femme pure peut boire dans cette corne. Dans des assemblées nombreuses, on fait essayer le manteau ou la corne par toutes les dames présentes, et une seule sort victorieuse de l'épreuve.

Sa triste expérience en a fait un ennemi des femmes ; il propose à Gauvain d'éprouver la fidélité de son amie Ide, qu'il a laissée à la cour du roi Arthur. Ils se changent en nains et vont la trouver sous ce déguisement. Gauvain, sûr de n'être pas reconnu, propose à Ide une partie d'échecs dont l'enjeu est une nuit à passer avec elle ; elle perd et p^aie ; et elle est si contente qu'elle donne au nain l'anneau qu'elle avait reçu du chevalier. Quelque temps après, celui-ci reprend sa forme et vient réclamer son anneau. « Je l'ai perdu, dit Ide ; j'étais à la fenêtre, au-dessus des fossés du château, pensant à vous et à votre longue absence ; et, dans ma douleur, je me tordais les mains*; je fis ainsi glisser l'anneau qui tomba dans l'eau et j'ai vu un poisson l'avaler.

(( — J'en sais mieux la vérité, dit Gauvain; j'ai rencontré un petit chevalier qui me l'a rendu et qui m'a dit l'avoir reçu de vous cette nuit. » — Et chose, hélas ! bien humaine, Gauvain finit par pardonner.

Non contents de prêter aux femmes les plus ridicules ou les plus odieuses aventures, les auteurs professent à leur égard des maximes fort méprisantes :

Baudouin de Sebourc {HisL litt.^ XXV, 548) : « La femme change quarante fois d'idée avant d'avoir fini de mettre sa chemise (4734).

— Pour qui mène âne ou femme, le jour ne se passera pas sans peine (7356). — Telle a son mari en prison qui préférerait bien qu'on lui coupât la tête (10295). — Je serais bien maladroit de me chagriner pour la perte d'une donzelle. Par le Dieu du ciel ! il y a dans le pays cent mille hommes et davantage qui voudraient bien perdre femme et enfants ; ce serait tout bénéfice ! Si j'ai perdu une femme. Dieu me la rendra ; et si celle-là ne revient pas, il s'en trouvera d'autres (10462). »

Tristan de Nanteuil, HisL litt.^ XXVI, 9835 : «Quand une femme veut faire toutes ses volontés, elle parle plus tendrement à son mari, afin de le mieux décevoir...

« Quand une jeune dame s'aperçoit qu'on la regarde de près, si elle rencontre un homme qui lui plaise, elle fera ce qu'elle pourra pour qu'il devienne son amant, qu'il soit varlet ou page. »

Chrétien de Troyes, le Chevalier au lion, 1436 et suiv. : « Une femme a plus de mille cœurs ; le cœur qu'elle a maintenant, un espoir le fera changer ; et elle en changera, même sans espoir. »

— V. 1640 : « Presque toutes les dames ont la folie de refuser ce qu'elles désirent. » — V. 2496 : « Une femme reprend vite son amour, » etc.

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Le Tristan de Thomas : « Le courroux d'une femme est redoutable, chacun fait bien de s'en garder. Là où elle aura le plus aimé, c'est là qu'elle se vengera le plus cruellement. Comme leur amour vient rapidement, rapidement vient aussi leur haine et elle dure plus que leur amitié. Elles savent parfois modérer l'amour, mais point la liaine. »

Une foule de petits traités moraux répètent et aggravent cette condamnfttion de la femme.

La Bible de Guiot de Proi^ins, 2097 : « La femme est plus légère que le vent, elle change très souvent de désir, elle a tôt déçu le plus sage. »

Le Blâme des femmes, publié par P. Meyer (Rom., 1886, 339) : « Qui s'occupe trop des femmes sera souvent sans honneur. Qui aime ou prise les femmes, souvent finira mal. Qui croit aux femmes prépare et boit sa mort, se vend pour rien et fait la corde dont il sera pendu. »

Le Chastie-Musart (Rom., 1886, 605) : « Qui s'accoutume à amour de femme recherche sa honte, son dommage et sa mort.

(( Femme n'aimera jamais celui qui pour elle se plaint et soupire et pleure. Mais celui qui la bat et qui lui mange son bien, celui-là, elle l'aime, le chérit et l'honore.

« Biens, honneurs, richesses, tout cela, par les femmes, manque et avorte. Femme n'aimera point qui l'aime fidèlement, mais celui qui la battra à mort, c'est avec celui-là qu'elle se plaît et s'amuse.

« Si sens d'homme vaut peu, sens de femme vaut encore moins ; dès que la chaleur lui a monté aux reins, elle se donne à celui qui lui plaît, qu'il soit clerc ou laïc, grand, petit ou nain...

« Femme hait l'église et aime la danse. Nul ne doit se fier à une femme, même à sa sœur.

« La femme hait et trahit celui qui l'honore, la sert et fait ses volontés ; elle sert et aime qui la hait.

« Femme change et varie vingt ou trente fois par jour ; elle a le cœur plus mouvant qu'une barque dans la tempête ^. »

1. Le Chasie-Musart a été imité en latin par un auteur italien sous le titre : Proverbia quœ dicuniur de naiura fœminarum.

On peut citer encore en Italie : le Splanamenlo di Paîecchio, Mon. CresL, 1, 101 ; Albertano de Brescia, Trattalo morale, Mon. Cresl., II, 335. — Jacopone deTodi, O femmine, vardale. Mon. Cresl. y 11,472 ; Leonardo del Gallucca, Siccome il peseta^ mon. Cresl., II, 198. — Cecco d'Ascoli, Acerba,\l\, 1: « L'homme qui ne suit pas la chair regarde la femme comme le soleil regarde la fange, se délivre de la servitude de tous les vices, jouit de la contemplation de la certitude et du bien. »

Maestro Torrigiano, sonn. S'una donzella, Anl. Rime IV : « Si une damoiselle s'essaie à faire des vers et s'afiine dans l'étude des hautes sciences, on a le droit de s'en étonner, car il est rare que cela arrive. Les sages tiennent la femme pour simplej car la nature ne l'a pas faite intelligente ; la preuve en est que la première femme fut simple et toutes les autres, nécessairement, lui ressemblent. »

L' Éi^angile aux femmes {Rom., 1907, 5) : « Il est aussi facile de corriger les femmes que d'épuiser la mer avec un panier... On trouve autant d'aide et de secours dans une femme qu'en un serpent qui mord traîtreusement... Si vous vous fiez aux femmes, vos secrets ne seront guère plus connus que si on les avait publiés à son de trompe dans toute la France, etc. »

Richard de Fournival, la Poischance d'Amor, Hist. litt.f XXlll, 719 : « La femme prend pour bon et raisonnable tout ce qui est fait ou dit suivant le désir de son cœur... Ce qui lui plaît, bien ou mal, on ne le lui fera jamais comprendre autrement que son cœur ne le comprend. »

Roman de la Rose, vers 8895-9696 et 16997-17400. Ces deux tirades, malgré leur violence et leur longueur, n'en disent pas plus qu'André le Chapelain et Matfre Ermengau ; bornons-nous à renvoyer à ces deux auteurs et à citer les Proprietates mulieris, publiées par Paul Meyer, Rom., 1907, 147.

Imbus de ces principes, les chevaliers traitent les femmes avec un superbe dédain, voire avec la pire brutalité. Raoul de Cambrai dit à sa mère Azalaïs {Raoul de Cambrai, édit. le Glay, 1100 et suiv.) : « Bien sot le gentilhomme qui va prendre conseil des nobles dames quand il s'agit de tournoi I Allez vous reposer dans vos chambres, ne pensez qu'à boire et à manger et à engraisser votre panse, vous ne devez jamais vous occuper d'autre chose. »

Renaut de Montauhan, p. 14 : « Malheur au prince qui va prendre conseil en la chambre des femmes! »

P. 13 : « Allez vous mettre à l'ombre en vos chambres dorées, gourmandez vos suivantes, songez à teindre la soie, c'est votre métier ; mon métier est de frapper et de jouter avec l'épée d'acier 1 »

Le troubadour Raimon d'Anjou ^ se demande quelle peut bien être la raison de la galanterie chevaleresque envers les dames? Il a beau chercher, il n'en trouve aucune et conclut que c'est précisément parce que nous n'y sommes nullement obligés que nous avons du mérite à nous montrer galants. — « Quelle est la dame qu'il faut estimer? dit-il ailleurs (p. 139). Celle qui file en pensant à son fuseau ; celle qui file également et sans nœuds, celle qui file et ne laisse pas choir son fuseau, celle qui enroule le fil également, celle qui sait si son fuseau est garni ou dévidé ! »

« Silence, folle et impudique femme, dit à la reine le Bordelais

1. Cité par Fr. de Barberino, dans son comm. aux Documenli d'Amore. A. Thomas, Francesco de Barberino, p. 136.

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Naisil {Garin le Loberai n). Le roi n'avait pas sa raison quand il s'embarrassa de toi. La maie moi-t à qui fit ton mariage ! il n'en viendra que honte et déshonneur ^ ! »

Après les injures, on passait aux coups. Le mari, le père, le frère, rossent à leur guise la femme que les lois et les mœurs leur subordonnent ; les étrangers en font autant. Les troubadours eux-mêmes s'accoixient quelquefois en ce point avec les auteurs des gestes et des romans. « Si vous voulez avoir des femmes qui vous respectent, dit Rambaut d'Orange {Assatz saiy R. Lex. I, 324), donnez-leur du poing au milieu du visage. » A vrai dire, ce sont là de mauvaises façons, mais on en use, parce qu'on en sent l'efficacité.

Hue d'Oisi [Hist. h'tt., XXIIT, 625) confie à Robert le Duc qu'il n'espère triompher de la dame qu'il aime qu'en la rouant de coups. Le moyen lui répugne, mais Robert l'engage vivement à s'en servir. Le sénéchal Herchambaut {les Enfances Doon) saisit par les cheveux la comtesse de Mayence, qui a refusé de l'épouser, et la traîne à terre. Le comte de Limoj*s, pour la même raison, frappe du poing Enide à plusieurs reprises, devant le cadavre de son mari (Erec et Enide, vers 4750 e^'suiv.).

§ 5. Misogynie des troubadours et des théoriciens de Vamour.

Si la tradition un peu rude des chansons de geste et la tradition plus efîéminée des romans se montrent hostiles à la femme, il ne faut voir là, répétons-le, qu'une convention littéraire. Mais il est plus grave de retrouver les mêmes invectives sous la plume des adorateurs patentés de l'excellence féminine et de ses théoriciens

1. Chanson de Willame, 2596 et suiv., P. Meyer, Hom., 1903, 615 (la même scène dans Aîiscans). Guillaume apostrophe ainsi la reine ;

« Que as-tu dit? Darapre Dieu le maldie !

Pute reïne, vous fustes anuit ivre...

Tedbald vous fut, le culvert léchère

Ed esturmi od la malveise chère.

Pute reïne, pudneise, surpalère,

Miex 11 venist qu'il t'eûst décolée,

Quant tote France est par vus avilée.

Quant tu sez as chaudes chiminées

Et tu mangnes tes pudcins en pevrées

Et bois ton vin as colpes coverclées,

Quant es cochée, ben es acovetée,

Si te fais futre à la jambe levée.

Ces lécheurs te donent granz colées

Et nus en traium les maies matinées

Sin recevom les buz et les colées

Enz en l'Archamp les sanglantes testées ;

Si jo trai fors del feore ceste épée,

Ja vos avrai celé teste colpée !

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