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MISOGYNIE DES TROUBADOURS

en titre, dans les chansons des troubadours et dans les traités d'André le Chapelain et de Matfre Ermengau ;car cela prOuve que les louanges qu'ils dispensent ailleurs aux femmes manquent de sérieux et qu'ils partagent sur son compte la triste opinion des théologiens et des auteurs des chansons de geste.

Le premier des vices que les troubadours reprochent au beau sexe, c'est sa vénalité.

Peire Cardinal, Un décret fauc, R. IV, 441 : « De nos jours, dit-il avec ironie, la galanterie s'est fort perfectionnée ; on a le temps de mourir avant de rien obtenir et d'être agréé ; mais apportez de l'argent, vous aurez toujours la belle. »

Peire de Busignac, R. lY, 268, Sincérités e chanso : « Si vous n'êtes pas riche, il ne vous servira de rien d'être beau, noble et agréable ; les traîtres et les méchants, les vilains et les punais vous seront préférés pour leur argent. »

Bernard de Ventadorn, Chantars non pot guaire : « Je sais bien où gît la trahison : chez celles qui aiment pour de l'argent, qui ne sont que des marchandes. Je voudrais bien en avoir menti ! j'ai dit vilainement la vérité et je le regrette, mais je ne mens pas ! »

Peire Vidal, Lai on cobra, R. Lex. I, 405 : « Les dames qui aiment pour de l'argent et qui font leur marché avant de se coucher, je voudrais qu'on les fît promener en chemise décousue. »

Bre<^. d'Am.^ 29596 : « Les dames, disent les amants à Matfre, ne songent qu'à nous tromper. Si on les aime, elles font semblant de nous aimer, jusqu'à ce qu'elles nous aient rendus fous ; et puis, quand notre bourse est vide, leur amour s'est envolé. »

A. le Chapelain I, vi :« L'amour s'acquiert de cinq manières : par la beauté, par la probité des mœurs, par l'éloquence, par Vargenf, par la facilité de la femme à accorder ce qu'on lui demande. » L'auteur consacre tout le deuxième chapitre du second livre aux dames qui aiment à prix d'or. Il les couvre d'insultes et dit que, sans hésiter, il faut leur préférer les vraies courtisanes.

Au livre III, p. 338, il dit : « L'amour mutuel, que tu cherches dans la femme, tu ne l'y trouveras pas. Jamais une femme n'a chéri un homme et n'a voulu se lier à lui par la chaîne de l'amour partagé. En amour, la femme ne cherche pas à rendre heureux son amant, mais à s'enrichir, et il ne faut pas s'en étonner, c'est une loi de la nature. En vertu de leur sexe, toutes les femmes sont entachées du vice de rapacité et d'avarice. Pour gagner de l'argent, elles sont tout yeux et tout Oreilles. J'ai parcouru beaucoup de pays et, malgré une recherche attentive, je n'ai pu trouver personne qui ait rencontré

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une femme qui ne demandât pas par d'incessantes prières ce qu'on aurait négligé de lui ofTrir spontanément et qui n'abandonnât pas un amour qui, de gré ou de force, ne lui rapporterait pas à son gré. Quand même tu aurais dispensé à une femme des trésors infinis, pour peu que tu te relâches dans tes présents ou qu'elle te soupçonne d'être gêné, tu ne seras plus à ses yeux qu'un inconnu et qu'un étranger ; elle t'évitera comme un fâcheux et un être dangereux. Il n'y a pas de femme qui t'aime assez pour te garder sa foi, si on vient lui offrir assez d'argent... Il n'y a pas de femme si noble, si riche et si haut placée qui ne soit prête à sacrifier sa pudeur pour de l'argent, quelque ignoble et abject que soit le soupirant ; parce que nulle femme ne s'estime assez riche, de même qu'un ivrogne n'a jamais assez bu... Convertissez en or la terre et l'eau, cela ne suffira pas à assouvir l'avarice de la femme. »

he C hostie- M usart (Rom., 1886,605) :« Nulle femme ne me démentira : si elle a envie d'une robe et qu'elle n'ait pas les moyens de se la procurer, elle mettra ses denrées en vente.

« Plus la femme est jolie et gentille, plus il est sot de l'aimer ; peu lui importe à qui elle se livre, pourvu qu'elle en tire argent ou robes. Il n'y a pas de teigneux, de camus, de truand, d'aveugle, de contrefait, de bossu, de punais qu'elle refuse, s'il consent à lui donner longuement et souvent.

« Sachez que, quand une femme vous aura mangé et bu tout votre bien, vos meubles et votre héritage, elle ne vous reconnaîtra pas plus que si elle ne vous avait jamais vu. »

Jacques d'Amiens, Hist. litt.^ XXIII, 630: «Les bourgeoises ont un usage constant : pour valeureux que soit un homme, elles ne l'aimeront que s'il leur garnit bien la bourse. »

Jacques de Hesdin, ibid.^ 635 : « En amour, on n'est écouté que si on a la bourse bien garnie. »

Outre la vénalité, les troubadours stigmatisent chez les femmes bien d'autres défauts.

Serveri de Girone, A greu pot hom, R. Lex. I, 478 : « Il est difficile de connaître les chemins de la mer, bien que barques et vaisseaux la sillonnent ; et il est difficile, même quand elle est calme, d'en mesurer la profondeur ; on ne connaîtra pas davantage les tromperies et tout le mal que couve une méchante femme.

« Et qui voit l'oiseau dans le ciel ne saura guère où il va se percher ; et on ne pourra guère compter les feuilles d'un pin ni d'un hêtre, ni les étoiles du ciel ; et il est encore plus difficile d'échapper sans dommage, lorsqu'on s'est laissé prendre aux pièges d'une vile^ femme.

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