AVANT-PROPOS
Ions ni de l'Education sentimentale, ni de la Tentation de saint Antoine, sauf en passant et sans nous y arrêter. Ce n'est pas, assurément, que nous en méconnaissions l'importance. Mais, à la vérité, pour dire de ces deux ouvrages tout ce qui devrait en être dit, il aurait fallu reprendre à la fois dans son entier la vie de Flaubert, et l'analyse complète de ses théories littéraires. Car il s'est mis lui-même, avec toutes les aspirations et toutes les mélancolies de sa jeunesse, avec tous les élans et toutes les ironies de son caractère, dans la première version de Saint Antoine, qui est inséparable des versions postérieures et qui reste le plus sûr document autopsychologique à consulter pour le bien connaître. Et quant à l'Education sentimentale, si Ton veut comprendre ce livre mieux qu'il ne le fut en 1869, et l'admirer autant qu'il le mérite, il faut y voir l'expression synthétique la plus pure, la plus exacte, de l'Art naturaliste tel que l'écrivain l'avait conçu.
Or, c'est moins la vie ou Pœuvre de Flaubert depuis i856 que nous avons voulu passer en revue, que les « à-côtés » de l'une et de l'autre.
Pour décrire la première, il nous a paru suffisant de dresser, en appendice, un tableau biographique indiquant, sans commentaire, les faits importants
ou minimes auxquels sa Correspondance ou les souvenirs publiés par ses contemporains font allusion à propos de lui-même. Cette Chronologie, quoique un peu aride, permettra de suivre au besoin année par année, quelquefois jour par jour, son effort artistique à travers le dédale des circonstances auxquelles il s'est trouvé mêlé.
Quant à aborder la critique proprement dite de son œuvre, à formuler à propos de tel ou tel roman une appréciation toujours contestable et forcément personnelle, nous nous sommes sentis détournés de l'entreprendre par la constatation de tous ceux qui, plus compétents sans doute, Font déjà tenté avant nous.
Nous en avons établi, dans un autre appendice, la liste bibliographique. Mais fallait-il imiter leur exemple et risquer souvent de répéter pour notre compte ce qu'ils avaient dit, faute de trouver rien de bien nouveau qu'ils aient laissé dans l'ombre ? Les uns ont élevé Flaubert aux nues ; d'autres l'ont traîné dans la boue. Beaucoup se sont bornés à exprimer leurs préférences et à fonder leurs observations sur leurs propres impressions. En cette matière, les avis valent sans doute ce que valent les gens. Mais le plus autorisé des juges littéraires est encore bien audacieux lorsqu'il se flatte de