AVANT PROPOS
prononcer de son chef une opinion définitive, qui dépendra, en somme, de ses goûts, de ses sentiments, de ses idées, voire de son humeur passagère, plutôt que de principes absolus et inéluctables.
Il nous a paru que le devoir du critique était moins d'apprendre à ses lecteurs ce qu'il pense luimême, et de les inciter par là à penser comme lui, que de les aider à mieux comprendre les intentions d'un auteur en évoquant des faits positifs, en replaçant ses livres dans leur milieu, dans leur époque, parmi les conditions extérieures qui les ont vus naître.
Sans analyser les œuvres de Flaubert en ellesmêmes, sans prétendre non plus en dégager les beautés où les défauts, nous nous sommes donc contentés de tourner, pour ainsi dire, autour de quelques-unes, pour en décrire l'origine, la genèse ou les conséquences, pour les rapprocher au besoin d'autres œuvres paraissant présenter avec les premières des rapports plus ou moins lointains, pour raconter aussi comment elles furent accueillies des contemporains, les éloges où les reproches qui leur furent adressés selon les tendances du moment. Alors même que nous cherchions parfois à expliquer les raisons intrinsèques du succès ou de l'échec qu'elles ont pu obtenir, nous tâchions encore à
nous maintenir autant que possible sur le terrain de l'histoire, plutôt qu'à nous engager sur celui de la critique abstraite et dogmatique.
Rattacher partout l'œuvre à l'homme, et vivifier l'œuvre en rappelant quelques aspects des temps où elle a été composée, tel est donc surtout Tobjet de ces études fragmentaires. C'est encore pourquoi nous espérons qu'étant plus descriptives que théoriques elles garderont malgré tout entre elles une unité suffisante, par cela seul qu'elles traitent d'un même écrivain, dont la haute silhouette les domine.