CHAPITRE X
Chez le général Botha (Zoulouland)
Autour de Dundee. — Arrivée à 'Nqutu Road. — Le commandant Krûger. — La patache. — Le débarcadère. — En carriole. — Notre cocher et son attelage. — Pénible locomotion. — Passage de torrents. — Le paysage. — La route. — Diverses rencontres : un Boër, deux Zoulous, les relais. — Croisement de chariots. — Le déjeuner. — Départ du commandant Krûger. — Yryheid. — Un galop de 500 chevaux. — Chaleureuse réception des généraux Heymett et Weber. — Le français du commandant de Wett. — Notre détective. — Départ pour la ferme. — Nos équipages. — Paysage du matin. — Feux et villages zoulous. — Charles Botha. — Les montagnes. — Les Zoulous; leur salut. — Paul monte en selle. — Déjeuner sur l'herbe. — Trois soldats anglais. — A la poursuite de nos montures. — La ferme de Botha. — A travers le parc d'eucalyptus. — Le vieux serviteur du général. — La ferme du général Heymett. — Les huttes de Zoulous. — Le jardin de Mme Botha. — Nous repartons. — Une famille boër émigrante. — Une demande en mariage. — Réfection des routes au Transvaal. — Banquet en notre honneur. — Départ dans un deux roues. — La voiture embourbée. — Exercices de voltigeurs. — Une laitière. — Dans le train de Ladysmith.— Isandhlwana.— Le tombeau du prince Napoléon. — Nicholsons Nek. — Ladysmith.
Jeudi, 23 avril.
Soitsle ciel gris bleu du matin, une grande route au sol rouge; de petites maisons récentes à vérandas et toits de tôle, sans arbres, sans jardins, qui défilent incessamment des deux côtés de la voiture : c'est la
ville de Dundee, que nous traversons pour gagner la gare. Çà et là, des cimetières nouvellement édifiés, souvenirs des dernières luttes. Dans la cour de l'église anglicane, j'aperçois le tombeau du général Symons, tué à l'attaque de Talana Hill.
Sur le quai, se promène un jeune Anglais qui depuis hier ne nous quitte plus. J'imagine que le gouvernement, inquiet bien à tort de nos déplacements successifs, nous adjoignit ce détective. C'est un garçon intelligent parlant le cafre, le dutch, l'anglais; au reste, joyeux et charmant compagnon.
Il se donne à nous comme journaliste, attaché jadis à l'état-major de Roberts, ayant suivi toutes les opérations de la guerre. Immédiatement, je mets à profit sa présence pour recueillir quelques renseignements qui me manquent encore. Les rôles se renversent ; j'interroge, et lui répond. Si, comme je le suppose, lord Milner nous dépêcha ce guide inespéré, je l'en félicite, et le remercie : il nous fut très utile
La ligne décrit une courbe et repasse devant Dundee, qui nous apparaît maintenant tout entière, étalant sur un mamelon gris ses quantités de maisonnettes neuves éparpillées autour d'un fin clocher. Quelques instants plus tard, un groupe d'usines se détache, perdu comme une oasis sur le veldt désert. Ce sont les charbonnages de Dundee, les plus importants de l'Afrique du Sud. Aux environs se trouveraient de riches mines d'or et de fer, encore à peu près inexploitées.
A dix heures 1/2, nous descendons à 'Nqutu Road station, point terminus actuel du chemin de fer qui
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doit pousser jusqu'à Vryheid. Au nom de Botha, le commandant Krtiger nous y reçoit, et me remet une lettre du général écrite en dutch. Très obligeamment, notre espion fait office de traducteur.
Chargé de nos ballots, le commandant nous présente à notre voiture. Je vous la présente à mon tour. C'est un vieux quatre roues hors d'usage ; omnibus disloqué depuis les ressorts jusqu'à la toiture, qui suivra, je ne sais comment, tout à l'heure, les huit mules qu'on y attelle. Sur les côtés, au-dessus des roues, sont fixées des planches horizontales, sur lesquelles on assujettit les bagages. En ce moment, nos valises s'y empilent, étranglées dans les nœuds compliqués de fortes lanières de cuir. Sur ce débarcadère, je remarque un autre véhicule d'un luxe à peu près semblable : la seconde diligence ; puis des chariots dételés, des bœufs épars, des chevaux de selle amenés par des boys nègres à la rencontre de leurs patrons, enfin un petit tombereau attelé de deux jolies mules blanches. Le soleil brille sans nuages; les lointains gardent cette limpidité calme des contrées de haute altitude.
D'ici, en regardant le pays, on pourrait le croire une plaine continue, mais, en l'observant attentivement, de grandes raies transversales, plus sombres, indiquent de profonds affaissements sous cette apparente uniformité. — De route, il n'en existe guère, à moins que ce ne soient ces vagues rubans de terre nue, qui serpentent au milieu de l'herbe courte et desséchée. La chaleur, le manque d'eau ont pulvérisé ce sol. La plaine est grise, comme ensevelie sous
une mince couche de poussière, partout répandue.
Je monte dans la carriole. Les ressorts grincent. Le marchepied plie, comme s'il voulait se retourner sous le coffre de la patache; et je m'assieds péniblement, de côté, la pointe des fesses sur une banquette étroite. Paul et Fernand m'enjambent. Moitié couchés, moitié assis, ils se casent au fond du véhicule, parmi les paniers, les sacs et les légumes. Une grosse matrone hollandaise, suivie de deux petits boërs mal équarris, fait une trouée parmi nous comme un boulet, tombe à côté de moi, sur la banquette qu'elle écrase; enfin, fermant la marche, arrive une négresse superbe, corsetée, gantée, costumée à l'Européenne depuis le chapeau jusqu'aux bottines. Trois négrillons, véritables ouistitis, s'accrochent à ses jupes. Ce groupe original me fait maintenant vis-à-vis. Nous avons sept heures à passer en cette compagnie. Excellent souvenir de voyage; désagréable perspective aujourd'hui.
On va partir. — Notre cocher, grand gaillard mal assemblé, au nez camard, aux cheveux crépus, moitié boër, moitié nègre, se campe à droite, s'empare des guides. A côté de lui se place un de ses amis, d'une race bâtarde analogue, préposé spécialement à l'exercice du fouet. Et ce n'est pas une sinécure : l'instrument ayant la longueur d'une canne à pêche, et ne se maniant qu'à tour de bras. — L'autre diligence, avec notre espion, prend les devants; à cent mètres devant nous, elle court sur la plaine dans une corbeille de poussière.
Tout à coup, clic clac, deux coups de fouet : nous démarrons. Le commandant Kriiger nous suit à cheval.
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Quelle locomotion, Dieu de la Bible ! Nous ne sommes plus assis, mais en suspens. Nos tètes touchent aussi souvent la bâche que nos postérieurs la banquette. De temps h autre, quand cela tourne véritablement par trop au supplice, on se soulève un peu sur les bras comme sur des ressorts, puis, cette position devenant fatigante à son tour, on se laisse aller, on offre de nouveau ses fesses en holocauste. Rien n'arrête ces maudites mules trottinantes, sur les oreilles agitées desquelles voltige et bourdonne incessamment la mèche piquante du long fouet.
Parfois, la roue, tout à coup immobilisée, s'enfonce dans un trou comme un pieu, puis rebondit sur la route ; tantôt, au contraire, gravit une pierre énorme, et tombe en craquant sur le sol dur. D'une claque vigoureuse, la banquette vous lance en l'air, comme un tremplin.
De temps à autre, aussi, tous les deux milles à peu près, à bride abattue, nous dévalons au fond d'un pli de terrain ;et notre patacheavec des sauts, des cahots, des balancements effroyables, traverse le lit desséché d'un torrent étroit, abrupt comme une fondrière. Puis, à grands appels et coups de fouet, péniblement, on remonte la rampe opposée. Souvent alors je descends de voiture, je m'arrête en deçà du ravin; je regarde l'attelage gravir l'escarpement qui me fait face. Les talus sont à ce point rapides que j'aperçois les bêtes par le dos, la guimbarde par son toit. La malleposte semble pendre verticalement à l'extrémité d'une grappe de mules, accrochées les unes sous les autres.. Et lorsque la diligence atteint la crête de la
plaine, je dégringole à mon tour, les pieds dans le sable fin, grimpant dans la carriole au moment où les roues s'envolent dans un tourbillon de poussière.
Et chaque fois que Ton émerge ainsi au niveau du plateau, ce sont toujours les mêmes étendues herbeuses et solitaires, qui apparaissent, limitées par les mêmes collines monotones et plates, un peu plus longues peut-être, mais tristes, dénudées, aux teintes grises, uniformes, telles que je les ai si souvent décrites au Transvaal.
La route, sur ce sol dur, simplement tracée par le passage des chariots, atteint aux endroits défoncés 200, 300 mètres de largeur, quelquefois davantage. On voit alors dix, quinze chemins parallèles s'ouvrir en pattes d'oie sur la route principale, s'écarter dans la plaine comme les branches d'un éventail, puis, le passage difficile une fois franchi, se rapprocher, se rejoindre; et le mince ruban de terre rouge s'enfuit à nouveau, solitaire, parmi la rousseur des herbes brûlées.
Parfois, on croise un Boër coiffé d'un large chapeau, à cheval sur son bidet trottinant, aux jambes raides et sèches ; parfois, un troupeau de bœufs et de moutons, qu'un berger nègre ramène des pâturages. Voici deux Zoulous, à peine vêtus, aux figures sauvages, un faisceau de zagaies à la main, qui dépassent le relai où nous nous arrêtons. Ils poussent devant eux une cinquantaine de bêtes, dont plusieurs bœufs à bosses de Madagascar destinés à la reconstitution des troupeaux. — Et les relais sont originaux, eux aussi : simples bicoques de tôle, animaux épars sur le veldt.
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De très loin, elles se révèlent ces cahutes, brillantes sous le soleil comme de petites plaques de métal ; et sur cette plaine rase notre approche, elle aussi, doit être signalée à de grandes distances, car, longtemps avant d'arriver, on aperçoit, aux environs de la maisonnette, un cavalier au galop rassemblant les animaux destinés à notre attelage.
Continuellement, sur cette route, apparaissent de grands chariots à bœufs; et leur voisinage, parleur masse, leur peu de mobilité, présente toujours un certain danger. Aussi, dès qu'il les voit poindre, notre cocher saisit une grande trompe, l'embouche, et module deux ou trois sons de hauteurs différentes, qui s'enfoncent dans l'air immobile de l'immense espace , se prolongent comme des beuglements, vont avertir là-bas les conducteurs des chariots de notre arrivée prochaine.
Alors, la silhouette d'un homme qui tient une longue perche se dresse. Il saute du véhicule, se détache de l'arrière, accourt à hauteur du premier couple de bœufs, et, tirant ou pesant sur le flanc des animaux, les force à prendre une direction oblique. La longue file suit, ondulant comme un serpent. Parfois, lorsque les chariots sont trop nombreux, les conducteurs détournent leurs attelages, et les arrêtent. Au grand trot, nous courons sur leur front, comme si nous les passions en revue. Immobiles, la tète basse sous le joug, les bœufs nous regardent hébétés, de leurs yeux inexpressifs et vagues; les hommes restent placides, appuyés s-ur leurs longues perches, adossés contre les grandes roues de leur char, dans cette pose simple et superbe
de cette belle figure dessinée par Léopold Robert au centre du tableau célèbre : « Le retour des moissonneurs dans les Marais Pontins. »
Nous déjeunons à l'un des relais, misérable appentis de tôle, chauffé à ce point par le soleil qu'on y pourrait faire cuire les aliments sur le toit. Par antithèse, sans doute, on nous y distribue une portion de poulet qui veut être froide, qui reste tiède, et dont la gelée a fort à faire pour conserver sa forme consistante.
La collation terminée, nous repartons. — Alors, jusquà ce soir six heures, ce sera le même trajet monotone, parmi les mêmes rencontres, au milieu d'un paysage toujours semblable. A peine, de loin en loin, quelques taches noires sur la plaine indiqueront-elles un bouquet d'eucalyptus, et probablement une ferme, que nous ne verrons pas. Les deux diligences font la même route; elles se dépassent alternativement. De son siège, le jeune Anglais, qui nous surveille, nous envoie d'amicaux saluts.
Sur les trois heures, à des distances infinies, nous apercevons la silhouette d'un cavalier, debout sur la route, avec un cheval à son côté. C'est le domestique du commandant Kriiger, qui amène une monture de rechange à son maître. Il doit faire encore cinq heures de cheval pour regagner sa ferme. — Pendant quelques instants, il trotte à la portière de la voiture, comme un garde du corps, nous faisant ses adieux; puis il prend une direction oblique, et longtemps les deux cavaliers restent visibles sur la ligne plate de l'horizon. Jamais, sans que leur forme se troublât, je ne me
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suis écarté des choses dans un pareil éloignement.
Au pied de collines, à droite, à des milles et des milles, comme saupoudré par la vapeur lumineuse du soleil, apparaît un semis de maisons blanches : Vryheid. Mais pour l'atteindre, nous allons encore franchir deux ou trois fissures de torrent, gravir des bosses de terrain, d'une rondeur telle que le mail-coach grimpera d'un côté, tandis que les mules descendront de l'autre.
Vers le soir, au soleil tombant, une longue ligne de poussière, au-dessus de laquelle des formes noires s'agitent, s'avance vers nous, barrant une partie de la plaine comme une lame sur la mer. Cela s'approche avec l'ampleur, la fougue, la rigidité d'une charge de cavalerie. Ce sont 500 chevaux vendus au gouvernement du Natal, et que poussent au galop, par derrière, une dizaine de cavaliers. La trombe passe, dans un grondement de tonnerre, et longtemps, sur le veldt, traîne un rideau de poussière, soulevé par les milliers de sabots fugitifs.
Sous les rayons horizontaux du soleil, nous entrons à Vryheid, bâtie sur un petit mamelon, au milieu de la plaine. Derrière les éternels jardinets, les maisons défilent, construites en brique et tôle, quelques-unes de structure hollandaise ; et notre coche s'arrête au milieu d'une grande place, sous de hauts eucalyptus espacés. Les généraux Heymett, Weber, d'autres encore, nous y attendent, nous souhaitent la bienvenue, nous conduisent à l'hôtel où nous devons passer la nuit. Alors, jusqu'à onze heures, ce soir, ce sera un défilé ininterrompu de personnes qui viendront nous saluer. L'un nous invite à son foyer, un autre met
ses chevaux à notre disposition ; le général Weber doit nous prendre en voiture demain, et nous conduire à la ferme de Botha. On pousse même l'amabilité jusqu'à faire chercher, à l'extrémité de la ville, un burgher qui résida jadis en France, et parle notre langue ; c'est le commandant de Wett, un des parents du général. Tout essoufflé, voici qu'il arrive, court, replet, bedonnant, chauve, une vraie tête de bureaucrate français. Mais vraiment, de quel idiome se sert-il, ce brave commandant. Quand il parle l'anglais : je le devine ; hélas ! le français sur ses lèvres me devient une langue absolument inconnue. N'importe, sourions, remercions-le de cet effort sympathique.
Assis dans un coin, notre détective nous lorgne. Que d'efforts pour découvrir un complot imaginaire! Nous en rions d'abord, puis à la fin cela nous agace. Et lorsqu'à un moment donné il veut se mêler à notre conversation ; et comme il se lamente de la dépêche qui l'appela ici près de son frère, lequel, naturellement, ne s'y trouve plus, se demandant ce qu'il va faire,. Paul, énervé, lui répond d'un ton sec : « Why! that\ very easy, sir, youve but to go off. — Mais c'est très simple, Monsieur, vous n'avez qu'à partir. » L'homme se sentit éventé. Le lendemain, nous ne le vîmes plus.
Vendredi, 24 avril.
Dès l'aube, nous traversons les rues silencieuses de Vryheid. Et voici notre cortège : deux voitures, un cape cart, un quatre roues, petit-duc attelé de quatre mules conduites par un jeune nègre. C'est dans ce dernier véhicule que,Fernand et moi, nous nous pré-
lassons avec une indolence de grands seigneurs. En tête file le cape-cart. Par-dessus le coffre et la capote émerge la tête de Paul, vacillante à chaque cahot.
Un vent frais, une lumière grise, d'un mot une belle matinée d'août en Provence ; et Vryheid s'éloigne de nous, avec, derrière elle, des collines vertes dont l'herbe paraît fraîche et mouillée. A un mille, nous traversons les chantiers du chemin de fer, solitaires à cette heure matinale. Le calme, la grandeur du paysage ne sont pas encore troublés par ces centaines de terrassiers qui viendront tout à l'heure y fouiller le sol comme des fourmis. Pelles, pioches, brouettes gisent sur place, dans un désordre immobile. Bientôt, Vryheid disparaît; nous nous trouvons en pleine campagne. Les lignes plates des collines, toujours étirées dans le sens de l'horizontale, s'enlèvent, nettes, vigoureuses, sur un ciel blanchâtre. De toutes parts, dans l'air calme, où croit la lumière, montent, droites et minces, de fines colonnes de fumée, pâles comme des fusées de vapeur. Elles proviennent de feux allumés dans des villages zoulous ; mais à l'endroit précis d'où elles jaillissent du sol, on ne distingue rien, tant les hommes se trouvent perdus, insignifiants et minuscules, sur le déroulement trop vaste de ces paysages infinis.
Un cape-cart nous rejoint, celui de Charles Botha, le frère du général; un boy trotte à ses côtés, à cheval. On descend rsaluts, présentations, serrements de mains puis notre petite caravane, grossie du nouvel arrivant repart au trot, s'égrène à nouveau sur la route.
Peu à peu, la structure générale du pays se modifie. Les montagnes perdent leur uniforme planéité ; elles se bossellent, elles se contournent : des pics rocheux appraissent, comme arrachés des massifs principaux par de soudaines déchirures. Les torrents que nous traversons coulent au fond de vallées plus profondes, d'une plus large amplitude. Le sol fut ici boursouflé par de vastes mouvements géologiques.
Et les rencontres que nous faisons me paraissent étranges, moins communes aussi. D'abord, les mêmes grands chariots à bœufs qu'hier, puis des Zoulous par groupes ou isolés qui de leurs kraals vont à la ville. Ils passent, armés, portant le bouclier de peau joint à la poitrine, casse-tète, faisceaux de lances à la main. En croisant notre voiture, ils tournent vers nous leur face aux traits fortement accusés, rude, féroce, fière; et sans un mot, sans un autre geste, le corps droit, élèvent, perpendiculairement au-dessus de leur tête, la tige blanche d'une flèche ou d'une zagaie. C'est un salut. — Le général Weber, et nous, y répondons en portant le doigt à la bordure de nos chapeaux, comme par un geste militaire vaguement ébauché. Et l'homme s'éloigne avec rapidité, pliant un peu sur les genoux à chaque enjambée, de son grand pas plongeant d'infatigable marcheur. — Nous ne portons aucune arme; et dans ces contrées désertes, d'hier pacifiées, l'impression est saisissante de cet hommage incessamment rendu à la puissance des blancs.
A notre première halte, près d'un petit bois dont l'essence des arbres m'est inconnue, aux feuilles fines et légères, Botha s'aperçoit que son jeune boy vient
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de se blesser à la cuisse. On le fait monter en voiture; notre ami Paul saute en selle à sa place. Jusqu'à la ferme du général, il va galoper devant nous, en éclaireur. — Sous son vaste chapeau de feutre gris, avec sa bonne face placide, et sa barbiche en pointe, il prend tout Fair, ma foi, d'un parfait Sud-Africain.
Insensiblement, se succédant l'un à l'autre, des sommets s'élèvent sur notre gauche ; et comme nous gravissons au pas un pli de terrain étendu, le général Weber nous indique trois hautes montagnes parallèles, à la crête longue et plate, s'avançant isolées au milieu de la plaine, comme des promontoires. — Sur ces montagnes se livra, il y a vingt ans, une bataille de trois jours. Les Zoulous y furent écrasés. Les Anglais vengèrent là le désastre d'Isandhlwana, où périt le prince impérial. Toute cette contrée est pleine de souvenirs historiques, ensanglantée depuis un siècle par les luttes des blancs et des noirs.
A dix heures, arrêt en pleine campagne pour une halte plus longue. On dételle les chevaux qui, débridés, gambadent sur le veldt. La contrée, mieux arrosée, parait plus fertile. L'herbe pousse drue, droite, vigoureuse. Les bœufs attelés qui la traversent y disparaissent jusqu'au poitrail. Les chars y enfouissent en entier leurs grandes roues gémissantes. De loin, on ne voit que la bosse ronde et blanche de leur bâche en toile, qui semble glisser sur les herbes, comme un traîmeau.
Au centre du laager formé parles voitures abandonnées et les harnais répandus, nous déjeunons; et trois
visiteurs inattendus nous arrivent, trois cavaliers, que j'aperçois là-bas, comme des traits minces, à des distances qu'on ne peut plus apprécier. Nos visages doivent leur déplaire, car, arrivés à notre hauteur, ils nous considèrent longuement, tournant même la tète, en s'éloignant, pour continuera nous voir. Ce sont deux soldats anglais, et un lieutenant. Ilsportent le costume kaki, la cartouchière en sautoir, le traditionnel chapeau de feutre gris au bord relevé sur l'oreille. Une carabine se balance à côté d'eux, la crosse appuyée aux fontes de la selle, le canon haut et droit, qu'ils tiennent à la main comme un cierge.
Notre repas fini, il nous faut rattraper nos chevaux; ce n'est pas une mince affaire. On les aperçoit disséminés de tous côtés, à deux, trois, quatre cents mètres l'un de l'autre, même davantage. — Chacun fait de son mieux, courant au milieu des herbes qui lui montent jusqu'à mi-corps, et notre attelage se trouve bientôt au complet, sauf un double poney capricieux et taquin qui nous échappe encore. Il nous regarde venir bien en face, les jambes raides, les oreilles droites, l'œil malin ; puis, au moment où nous l'atteignons, brusquement il se retourne, lance une pétarade, détale, et s'arrête 50 mètres plus loin, pour recommencer le même manège. — Alors nous enfourchons, qui un cheval, qui une mule; et comme des chasseurs au lasso nous cernons l'animal, et le capturons.
Deux ou trois gués, où les fers des mules grincent,
glissent en montant et descendant les berges, sur des roches polies comme des dalles, et voici qu'apparaît, sur le veldt gris verdàtre, la grande tache étendue d'une foret. Ce sont les parcs d'eucalyptus qui entourent les fermes des généraux Heymett et Botha.
A mesure qu'insensiblement nous descendons, ils montent, cachant la plaine et les montagnes que nous voyons s'affaisser derrière eux. Bientôt, remplaçant la tache sombre de tout à l'heure, c'est une ligne d'arbres qui se dresse devant nous, et nous limite l'horizon. Puis cette ligne se rapproche: et nous pénétrons sous une futaie magnifique, dans une longue allée, où, durant une demi-heure, nous filons entre une double haie de feuillages touffus et de rameaux enchevêtrés. Mais, brusquement, les eucalyptus s'écartent, une place nue s'élargit, et nos voitures s'arrêtent devant des murs en ruines, et des pignons écroulés.
Grâce à la solidité des matériaux dont ils étaient construits, ces bâtiments ont mieux résisté que les petites fermes des environs de Pretoria, mais les grosses pierres, disjointes par la dynamite, paraissent incapables cependant de supporter de nouvelles édifications. Les kraals à bestiaux ont été rasés, leurs enceintes disparues jonchent le sol de briques et de débris. Trois masses de hautes ruines attestent, par leur ampleur, la magnificence de cette habitation ravagée. Aujourd'hui, la nature vigoureuse les envahit: des arbustes s'entrecroisent dans leurs lézardes.
A notre arrivée, un vieux serviteur en sort, qui vît là, seul, avec une vache et quelques poules. Il s'approche, dételle nos chevaux, qu'on laisse, comme
tout à l'heure, sans brides ni mors, errer à l'aventure; puis nous offre un peu de pain bis et du laitage. Le général Weber sort du coffre quelques autres provisions : cela compose un excellent déjeuner.
A peine le terminons-nous que Weber nous appelle; il veut nous conduire à la ferme du général Heymett, qui se trouve derrière celle de Botha, sur cette colline dont nous apercevons la ligne claire par-dessus les eucalyptus élancés ; et nous partons tous quatre, grimpant sur la côte raide, avec de hautes herbes jusqu'aux hanches, un soleil de plomb sur les épaules. Essoufflé, je m'arrête un instant près d'une petite source qu'on entend chanter quelque part.
Au sommet, le même spectacle que tout à l'heure nous attendait. Deux maisons sans toit aux murs disjoints, lézardées, éventrées, s'écroulent devant un rideau d'eucalyptus. Un fouillis d'arbres fruitiers les entoure, où pendent des oranges, des grenades, des pommes. Deux ou trois tentes dressent à côté deces ruines leurs pointes aiguës et claires, à peine plus hautes que les herbes environnantes. Quelques serviteurs les habitent.
Il faut avoir vu ce pays, désert, sans route, sauvage encore, où toute construction coûte des efforts inouïs de persévérance, de temps et d'argent, pour apprécier l'étendue des désastres laissés ici par la guerre. Beaucoup de ces maisons ne seront plus réédifiées. La civilisation, de ce chef, va subir un temps d'arrêt dans ces contrées. Peut-être, au point de vue stratégique, certaines destructions s"imposaient-elles ;
celles-ci ne me semblent pas du nombre. — Les Anglais, en ravageant ces fermes, si éloignées des lieux où s'engageait la lutte, ont méconnu cette loi de la guerre, exigeant que tout acte d'un belligérant ait comme fin, non une inutile vexation, mais la réduction de l'adversaire
En redescendant la pente rapide, parsemée de petites plantes grasses, aux feuilles courtes, larges, épineuses, l'immense horizon, comme un gouffre, me fait face. Les premiers contreforts des monts Drakensberg étagent au loin leurs masses bleues, aux lignes déjà sinueuses, tourmentées, où les formes tabulaires des collines vont se disjoindre et s'abîmer. A nos pieds brunit à nouveau la tache sombre du parc d'eucalyptus; et cà et là aux alentours, posés, comme des bosses, sur le renflement de petits mamelons, s'aperçoivent des groupes de huttes d'aspect bizarre qui sont des villages de Zoulous. Ils se composent d'une ligne circulaire de cases, rondes comme des meules, couvertes d'herbe desséchée, et dont les ouvertures basses, cintrées, où l'on doit se glisser accroupi, se tournent toutes vers l'intérieur. Au centre du village, second cercle concentrique au premier, un enclos de pieux et de branches tressées renferme les troupeaux de bœufs et de moutons. Quelques plantations de maïs verdissent aux environs
Comme nous approchons d'un de ces villages, les femmes et les enfants, effrayés, disparaissent en rampant dans les huttes, comme des rats dans leurs trous Et, lorsque je songe que tout un continent, depuis
Dakar, qui fut notre première escale, jusqu'à cet extrême sud-africain, est habité par une race semblable, qui, seule de toutes les autres races humaines, ne put jamais s'élever, comme conception architecturale, au-dessus de ces cahutes misérables ; dont la religion reste engluée dans le plus grossier fétichisme ; dont les prêtres ne sont que d'impudents sorciers et des imposteurs, je souris de ces philosophes en chambre, qui rêvent, pour d'aussi pitoyables animaux, le bénéfice intégral des droits de l'homme civilisé !
Tandis qu'on attelle nos voitures, Weber nous promène dans le parc du général Botha, aux alentours de la villa détruite. C'était la propriété préférée de Mme Botha, paraît-il. Quelques restes de plates-bandes et de massifs de fleurs, enfouis sous les herbes parasites, rappellent en effet, par leur disposition harmonieuse, la présence d'une direction et d'une main féminine. De ces arbustes, comme souvenir, nous détachons chacun une fleur
Et nous repartons par la même allée d'eucalyptus ; nous suivons le même chemin accidenté, traversant à nouveau les gués escarpés que nous franchîmes tout à l'heure. Il est tard, le soleil baisse déjà, et des guides et du fouet le boy active le trot fatigué des mules pour gagner Vryheid avant la nuit. Le paysage prend des teintes plus adoucies A mesure que le soleil tombe, la fluidité des contours s'accroît aux lointains, les détails disparaissent dans les masses montagneuses qui, peu à peu, à l'approche de la nuit, ne vont plus se dessiner que par la ligne limpide de leurs silhouettes.
La première rencontre que nous faisons est celle d'un char à bœufs, couvert de sa grande bâche en toile grise. Lorsqu'il nous croise, Weber arrête ses chevaux, et nous indique ce chariot qui, dit-il, ne transporte pas des marchandises, mais une famille boër émigrante. En avant se trouvent les domestiques cafres, en arrière les maîtres blancs. Comme, maintenant, nous nous éloignons en sens inverse, nous les distinguons en effet très bien, accroupis, debout ou couchés, au milieu de leur ameublement en désordre, dans la pénombre de la bâche, qui s'ouvre sur la route brillante comme l'entrée sombre d'une caverne.
Un peu plus loin, voici une rencontre plus curieuse encore. Du renflement d'un pli de terrain, jaillissent tout à coup, sur notre droite, une quinzaine d'hommes aux silhouettes dansantes, dont les bras agités font tournoyer des bâtons. Bientôt, nous reconnaissons des nègres armés. Weber tourne ses chevaux en travers de la route, fait face à cette troupe, lève son fouet. Comme sur Tordre d'un maître, tous accourent aussitôt, et nous entourent. Ce sont de superbes guerriers, en grands costumes d'apparat, jambes nues, colliers de perles sur la poitrine, autour des bras et des reins, la tète surmontée de gerbes de plumes en panache, et dont les mains tombantes tiennent rassemblées en faisceau les flèches et les zagaies luisantes qu'ils agitaient tout à l'heure. Des muscles puissants roulent sous leur peau de bronze, et, tout en causant, ils rient largement, découvrant leurs dents très blanches. Renseignements pris, ils vont, paraît-il, à un kraal voisin demander pour l'un d'eux une jeune fille en mariage.
Et tout à coup, parce qu'à la fin sans doute notre curiosité les importune, sur un mot de leur chef, en criant, par des bonds prodigieux, avec une agilité, une souplesse de fauve, dans une fuite aérienne, ils s'envolent sur la route, et disparaissent.
Sur les six heures, nous croisons une escouade de nègres, qui, sous la surveillance d'un policeman ceux-là, raffermissent la route en y pilant des fourmilières, façon originale d'empierrer les routes au Transvaal ; puis nos attelages s'arrêtent devant une ferme appartenant à un Boër de la classe pauvre. Un homme, du même type toujours, grand, sec, à la longue barbe inculte, vient nous recevoir, et, sur la demande de Weber, nous permet de visiter sa demeure. En voici le rapide croquis : une vaste pièce centrale, au sol brun en terre battue, sur laquelle s'ouvrent les portes des différentes chambres. Dans ces dernières, des matelas grossiers, étendus sur des cadres de bois brut, se dissimulent à moitié sous des couvertures râpées et des draps grisâtres. Une partie de la maison est couverte en tôle, l'autre en chaume. — Mais l'heure avance, Weber nous presse ; et nous regagnons nos voitures, longeant le verger coutumier, les kraals aux bestiaux en pierre sèche, et le petit bois d'eucalyptus traditionnel.
Au coucher du soleil, Vryheidnous apparaît enfin ; et lorsque nous atteignons les portes delà ville, Hélios tombe, comme dirait Homère; les chemins tout à coup s'emplissent d'ombres. Au loin, dans la campagne silencieuse, s'élèvent des fumées droites et tranquilles, semblables à celles que nous apercevions
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ce matin, comme si les coutumes de ces peuplades primitives prenaient, dans ce pays uniforme, la même régularité que la marche du soleil !
Samedi, 25 avril.
Hier soir , banquet ofl'ert en notre honneur par nos hôtes, charmants, prévenants à l'excès, d'une exquise urbanité.
A six heures, ce matin, la diligence, un deux-roues attelé des huit mules réglementaires, s'arrête devant notre hôtel. C'est une patache encore plus délabrée que celle d'avant-hier. Figurez-vous un dog-cart, bas sur roues, dont l'usure a rongé la peinture, dont un ressort disloqué ne tient que par un écrou, et sur lequel on entasse un monceau de colis et de voyageurs dans un indescriptible désarroi. C'est dans cet équipage que nous quittons Vryheid à toute vitesse, faisant fumer derrière nous la poussière. Aux descentes rapides, l'arrière trop chargé traîne sur la route ; lorsque des cahots se produisent (et Dieu sait s'ils sont fréquents), nos reins martèlent le dossier. Les roues plongent dans des trous profonds ; et nous sautons continuellement sur les banquettes , comme des cavaliers sur leurs selles. Huit patients se trouvent dans cette guimbarde, assis dos à dos, serrés à ce point qu'ils forment bloc, soulevés des mêmes heurts, retombant des mêmes chutes, ébranlés des mêmes secousses.
Au passage du premier torrent, la voiture qui nous précède s'embourbe. Cris, coups de fouet, imprécations, rien n'y fait : les mules se retournent, refusent de tirer ;
CHEZ LE GÉNÉRAL BOTIIA 23î>
le coche bascule, le timon s'enlève, l'arrière trempe dans l'eau avec les bagages. Une grosse daine, effrayée, jette de petits cris aigus, se cramponne aux montants de la bâche, inquiète de la position inclinée que prend la diligence , du glissement de tous les objets vers la rivière, qui coule à moins d'un demi-mètre de ses pieds. — Tout à coup, un Anglais, assis à côté de nous, saute à terre (sans doute pour porter secours aux voyageurs en détresse ; nous le croyons, du moins), arrive près de la voiture, se campe bien en face, déploie méthodiquement un kodak, et photographie toute la scène. Puis, flegmatiquement, il revient s'asseoir à nos côtés. La grosse dame suffoque de colère. Indignée, la respiration sifflante dans sa poitrine grasse, on l'entend parler vivement à ses voisins. Enfin, sous un violent coup de fouet, les mules se jettent sur leurs traits, enlèvent la carriole; notre voiture suit, et les deux pataches s'avancent au galop sur la plaine nue
Cette course de huit heures à travers le veldt est un continuel exercice de voltigeurs. — A tous les gués desséchés que nous franchissons, craignant de rester embourbés, il nous faut sauter à terre, laisser filer la diligence, puis la rattraper au moment où les mules, à fond de train, sous les zigzags cinglants du fouet, gravissent la rampe opposée. Impossible de s'arrêter pour nous attendre. Sur ces pentes rapides, le véhicule trop lourd ne pourrait s'ébranlera nouveau.
Notre voiture roule avec une rapidité croissante. D'un seul bloc, sans flexion des durs ressorts, elle saute les cailloux et les fossés. Pour nous, qui tournons le
dos à sa marche, c'est une singulière sensation. La route fuit sous nos pieds; semble s'arracher du dessous des coffres; s'éloigne comme entraînée par une force invisible. La mèche du long fouet au repos nous suit, ondulant, traînant dans la poussière comme un serpent.
Au dernier relais, avant d'arriver à la gare, une petite négresse s'approche, à peine vêtue, les seins découverts, les jambes nues, longues et fines trottant sous son pagne court. Elle porte sur la tête un plateau, un pot de lait, et quelques tasses. Aimablement, elle vient nous offrir sa marchandise ; et tous nous acceptons, autant pour sa gentillesse que pour son excellent laitage.
Maintenant, nous voici dans le train filant sur Dundee, Glencoe, où nous reprendrons la grande ligne, pour aller coucher ce soir à Ladysmith. Par la portière, je viens d'apercevoir le lit sinueux de la Buffalo river, ce cours d'eau si célèbre dans l'histoire de l'Afrique Australe. — Le 16 décembre 1827, Prétorius, avec 800 Boërs, y écrasa les troupes du chef zoulou Dingaan, faisant un tel carnage de ses ennemis que l'une des rivières auprès desquelles l'action eut lieu en prit le nom de Bloed river, « la rivière du sang ». Cette journée du 16 décembre, en grand honneur chez les Boërs, devint leur fête nationale sous le nom de Dingaan Day.
En 1879, un combat important entre les Anglais et les Zoulous se livra à nouveau en cet endroit, à Isandhlwana, au gué de Rorke's-Drift, à ce même confluent
de la Buffalo et de la Bloed River. La petite troupe anglaise y fut surprise par les nègres, obligée de battre précipitamment en retraite, abandonnant dans la brousse les morts et les blessés, parmi lesquels le jeune prince Napoléon.
Aujourd'hui, le chemin de fer siffle à quelques milles de ces lieux célèbres, si longtemps disputés à la civilisation; et c'est par la portière du wagon, en touriste, chapeau mou sur la tète, et canne à la main, que nous apercevons au loin les sommets écrasés de ces coteaux où se sont éteints les derniers espoirs d'une restauration impériale.
Puis, le même paysage recommence, monotone, décevant : des plaines, des collines aplaties, d'infinis horizons comme ceux de la mer. En approchant de Ladysmith, nous retrouvons à nouveau ces fourmilières étranges, innombrables, grosses comme de petites meules, que nous avions aperçues du côté de Kimberley.
A six heures, notre train franchit la Sand-River. Sur la gauche, pâlie dans l'éloignement, une colline repose sur la plaine comme une longue bande: Xicholsons Nek. Le 30 octobre 1899, les Boërs y repoussèrent une sortie tentée par les Anglais captifs à Ladysmith. Peu après, au milieu d'un cercle de hauteurs qui la dominent de toutes parts comme un nouveau Sedan, nous nous arrêtons dans cette ville.