‹ Autour de l'Afrique par le TransvaalChapitre 13 sur 26 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Ladysmith. — Le col de Van Reenen

Spion-Kopje. — Pietermaritzburg.

— Durban.

>ur la ligne d'Harrismith. — Aspect singulier des montagnes — Le col de Van Reenen. — Le ravin des Bushmen. — Deux mots sur les Bushmen. — La caverne. — Magnifique vue sur le Natal. — Retour à Ladysmith. — Départ pour Spion Kopje. — Conversation avec notre cocher gallois. — Ses griefs. — Politique de l'Angleterre à l'égard des indigènes. — En vue des collines. — Le combat du 22 au 23 janvier. — L'emplacement des tombes actuelles. — Les sépultures boërs. — Impression générale de Ladysmith. — Départ pour Pietermaritzburg. — Colenso. — Pietermaritzburg. — Quelques monuments. — L'hôtel de ville. — Le palais de l'assemblée législative. — La statue de sir Theophilus Shepstone. — Un précurseur de Jameson. — Aspect gracieux de la petite

ille. — Durban.

Dimanche, 26 avril.

Aujourd'hui, dimanche 26 avril, repos dominical. Dans un pays de mœurs protestantes, vous savez ce que ce mot veut dire Impossibilité de rien faire, de rien voir, de rien se procurer. Aussi, résolu d'échapper à l'ennui mortel de cette journée vide, prenons-nous le train à 7 heures pour Harrismith. Notre intention est de nous arrêter au col de Yan Reenen.

Je désirais voir ce col pour différents motifs. Parce cme d'abord la ligne du chemin de fer y franchit les

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monts Drakensberg à 1.600 mètres d'altitude, et qu'on y jouit, parait-il, d'une admirable vue sur le Natal et le Zoulouland ; parce qu'ensuite ce col fut un des principaux passages que choisirent les Boërs lorsqu'ils convergèrent sur Ladysmith; enfin, parce que le général de Wett, alors simple chef de commando, y commença, dans la dernière guerre, la série de ses extraordinaires exploits.

Une heure à peine après avoir quitté Ladysmith, notre machine commence à souffler sur des rampes fortement inclinées. A deux reprises, même, on doit changer la locomotive de côté, les versants abrupts n'ayant point permis d'y faire tourner la voie. Le soleil brille, légèrement terni, les lointains apparaissent salis de brouillard. Vers dix heures, la ligne de l'horizon s'allège et recule, les perspectives s'allongent; les sommets s'écrasent sous nos regards ; nous dominons bientôt toutes ces montagnes échelonnées qui, par rebondissements successifs, vont s'écrouler dans la mer Les fameuses collines étirées, de forme tabulaire, ont complètement disparu. D'un côté, des escarpements, des pics, des déchirures ; quelques taches de forêts y noircissent, accrochées là on ne sait comment ; on voit se dessiner les lacets fins de la voie ferrée où nous allons passer tout à Theure. De l'autre, des croupes rondes, dénudées, jaunes, éclatantes de soleil, sans un arbre, sans une maison, rangées côte à côte, ou se succédant Tune l'autre, toutes pareilles, toutes inclinées du même côté, s'aftaissant ensemble dans la plaine. De loin en loin, sur leurs bosses, et dans leurs ravins, ondule la bande terreuse

dune route, que parcourt lentement un chariot, dont les bœufs noirs semblent à peine gros comme des mouches.

A midi, notre train passe entre deux fortins anglais, construits en brique et tôle, et plantés là au temps de la guerre. Dix minutes de course sur un plateau rocailleux ; arrêt brusque à la station de Van Reenen. Nous descendons.

Déjeuner dans un hôtel banal, au milieu d'Anglais corrects qui mastiquent, et dévorent, droits, silencieux, coudes au corps ; laissant, entre chaque plat, fourchette et couteau croisés dans leurs assiettes; puis, peu après, départ à travers la plaine herbeuse, pour le fameux ravin des Bushmen.

Ce nom n'évoque évidemment dans votre esprit rien de bien particulier; pour nous, un peu sud-africains déjà, il est au contraire significatif. Les Bushmen : ce sont les nègres nains de Stanley, les Sandesanthropologistes, et, selon l'opinion la plus accréditée, les premiers occupants de l'Afrique du Sud. On les trouve essaimes un peu partout sur le Continent, depuis certains districts de la colonie du Cap et de l'Orange jusqu'à la région des grands lacs; mais leur race tend à disparaître, exterminée par les Cafres et les Boërs. Cespygmées seraient de petite taille, 1 m. 30 à 1 m. 40 environ, auraient le teint clair, la peau plissée, les yeux brillants, les attaches fines. Ils ne manqueraient pas d'intelligence.

Nous ne trouverons, bien entendu, aucun représentant de cette humanité dans la grotte que nous visitons. Il faut, pour joindre les Bushmen, s'enfoncer

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beaucoup plus avant dans l'intérieur des terres; là où les ont repoussés les persécutions cruelles des noirs et des blancs. Mais ces lieux que nous visitons furent récemment abandonnés par eux. Au commencement du siècle ils s'y trouvaient encore.

Depuis une heure, nous marchons sur un plateau uni, lorsque, tout à coup, nous arrivons devant une déchirure profonde que rien ne faisait soupçonner. Il semble que les terres se soient ouvertes comme une blessure ; les anfractuosités des deux lignes de roches qui se font face correspondent les unes aux autres ; autrefois, elles devaient être jointes à l'intérieur du même bloc. Les pluies, les vents ont fait glisser dans cette crevasse un humus gras et noir; la végétation d'arbres touffus qui s'y pressent contraste vivement avec l'aridité jaune d'alentour. Xous y descendons par un sentier de chèvre, piquant nos talons dans la terre molle pour ne pas glisser, nous accrochant aux cailloux qui transpercent çà et là, nous retenant aux branches supérieures qui plient sous notre poids. Au milieu de roches grises, tantôt les contournant, tantôt sautant sur leurs croupes, nous atteignons enfin le fond de la crevasse, toute remplie d'énormes blocs éboulés. Un petit torrent y court avec fureur, en faisant mousser son écume. Sur notre gauche, à la naissance même du ravin, avec de gros bouillons, il sort d'une excavation ombreuse. Nous y pénétrons; et c"est la grotte des Bus^nen.

Rien de bien particulier ne nous y étonne, à vrai dire. C'est une grotte des plus banales, semblable à toutes celles que j'ai déjà vues en France, à toutes

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celles sans doute que Ton peut voir dans le monde. Si quelques objets intéressants s'y trouvaient autrefois, ils ont depuis longtemps disparu. Tout ce que nous pouvons remarquer sur Tune des parois de roche est une teinte ocreuse et vague, qui dut être jadis une inscription ou un dessin. Que des hommes aient séjournes en cet endroit, il faut le savoir, on ne le devinerait pas.

Et maintenant qu'à notre retour nous pourrons affirmer avoir vu une caverne de Bushmen, par le même petit sentier en lacet, nous escaladons les flancs âpres du ravin, et bientôt, assis tous trois sur une large pierre qui le surplombe, nous devisons tranquillement, en contemplant le paysage magnifique. Devant nous, la série de croupes égales que je vous ai décrites tout à l'heure ; plus loin, une étendue sans détails, brillante sous le soleil, les cent kilomètres de plaine où s'élèvent Ladysmith, PietermaritzburgetDurban ; plus loin encore, limmense déclivité de l'Océan Indien, que Ton ne voit pas, mais que l'on sait exister, et qui s'abaisse dans l'espace avec la rondeur du globe. A gauche et à droite, les sommets culminants du Drakensberg, cette chaîne de montagnes, qui, dans toute la partie est de l'Afrique, court parallèlement à la côte, à 200 kilomètres de la mer. Derrière nous, quelques pics de quatre à cinq cents pieds, noirs, isolés, brûlés comme des mornes; enfin l'immensité des plaines de l'Orange. Car ces hautes montagnes n'ont point de versant, ou plutôt leur versant se trouve à près de 2.000 kilomètres en arrière, aux confins de ce plateau colossal du Transvaal, de la Rhodesia, et du

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Damaraland, sur les rivages mêmes de l'Atlantique.

Tandis que le train descend les étages successifs qui conduisent à la plaine, nous parlons un peu de de \Yett, que nous connaissons maintenant, et, nous reportant de quelques années en arrière, nous le voyons, simple chef de commando, plein d'espoir alors, sûr de la réussite finale, comme tous les Boërs à cette époque, traverser ces vallons où nous sommespour aller assiéger Ladysmith.

Et comme s'il devinait nos pensées, comme s'il voulait nous enfoncer tout à fait dans les souvenirs de la guerre, ce soir, en rentrant, notre hôtelier nous fait visiter sa maison, où les trous béants des boulets, soigneusement encadrés entre deux vitres, disent les souffrances et le long siège qu'eut à subir la petite ville.

Lundi, 27 avril.

Pour la troisième fois, depuis notre arrivée dans ce pays d'admirable lumière, il pleut. Le ciel est uniformément gris; de partout l'eau ruisselle. Cela durera certainement toute la journée. Qu'importe, il faut partir : un cape-cart attelé à quatre nous attend à la porte. Nous l'avions commandé, hier, pour gagner Spion Kopje.

Rien décidément ne peut donner une idée de la solitude qui règne autour de ces villes sud-africaines. Même dans ce Natal, civilisé depuis longtemps, où nulle ferme ne fut détruite, c'est toujours le même horizon dénudé, la même immensité morne. Ladvs-

mith vient seulement de sombrer au fond du cercle de collines qui l'entoure, et déjà nous roulons au milieu d'un désert. Durant nos quatre heures de voiture, à peine apercevrons-nous deux ou trois baraques, qu'on nous dit être des fermes.

Notre cocher, originaire du pays de Galles, résidait à Ladysmith pendant le siège. La résistance des Anglais fut moins extraordinaire, nous dit-il, que l'absolue incapacité des Boërs. Lorsqu'on a vu cette ville, véritable souricière, dominée de tous côtés par des positions formidables, on ne peut s'expliquer en effet ce long investissement de six mois que par une singulière impuissance offensive des armées républicaines. D'ailleurs ce bon Gallois nous inspire pleine confiance dans ses jugements, d'autant moins suspect de partialité qu'il critique amèrement son propre gouvernement, trop enclin, selon lui, à favoriser les noirs, à les exempter de taxes et d'impôts.

« Il semble qu'en Afrique, nous dit ce brave homme, tout soit réglementé en faveur des Cafres. D'abord on leur tolère la polygamie ; et ce privilège est scandaleux. Le nègre n'a qu'un but : acquérir suffisamment d'argent pour acheter deux ou trois femmes, les faire ensuite travailler comme des bêtes de somme, et vivre dans l'oisiveté. Il peut vendre ses filles, les échanger contre quelques tètes de bétail ou contre une somme d'argent. La mendicité lui est permise ; et dans les immenses et fertiles régions qui lui sont réservées, il s'établit, il cultive à sa guise, sans connaître aucun maître, sans payer aucun loyer. »

Evidemment, ces reproches ne sont qu'en partie

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justifiés. L'Angleterre ne pourrait supprimer, d'un trait de plume, les anciennes coutumes des noirs sans provoquer un immense soulèvement, et son intérêt lui commande au contraire de se concilier les indigènes, pour les opposer aux races hollandaises, dont elle craint toujours la révolte. Il serait sage pour elle cependant de ne s'engager qu'avec prudence dans cette voie. Ce faisant, elle s'aliène toutes les petites gens parmi ses propres nationaux. Pour gagner deux noirs, elle perd un blanc. Déjà plusieurs Anglais se sont livrés devant nous à pareilles récriminations. Peut-être, un jour, dans ce pays verra-t-on s'opérer entre le peuple boër et la classe pauvre de la Métropole des rapprochements inattendus.

Voici Spion Kopje enfin, une longue colline dont le sommet ondulé forme plusieurs crêtes. Sur le ciel noyé d'eau, deux silhouettes fines de colonnes funéraires s'en détachent à peine. Une méchante cahute de tôle et de plâtras chancelle à sa base : elle sert d'hôtellerie aux voyageurs. Avant de commencer l'ascension, on vient y manger, dans une salle humide, sur une table branlante, les provisions apportées de Ladysmith.

Sous la pluie fine, incessante, continue, nous gravissons le petit sentier de chèvre, par lequel, dans la nuit du 22 au 23 janvier, les soldats anglais tentèrent l'escalade de cette position. Voici les circonstances dans lesquelles se produisit cet assaut.

Depuis le trente octobre, le général AVhite, avec dix mille hommes, se trouvait enfermé dans Lady-

smith.Redvers Buller, accouru de Durban pour le délivrer, par deux échecs successifs, avait été rejeté en deçà de laTugela.Le dernier effort à Colenso lui avait coûté dix canons.

Mais Buller (tous les généraux boërs nous l'ont déclaré) était un homme inflexible,, d'un héroïque courage. Ce grand soldat méconnu, immobilisé dans un pays d'accès difficile, par son opiniâtre ténacité, permit à d'autres de faciles exploits. Avec White, il porta tout le poids d'une campagne dont Kitchener et Roberts récoltèrent les lauriers. Sa patrie fut injuste à son égard. Pour qui visita ce pays, ceci ne fait plus aucun doute.

Le 19 janvier donc, il songea à remonter la Tugela, à prendre la position de Spion Kopje entre deux colonnes, comme entre les deux branches d'un étau,à déborder ainsi l'aile droite de l'armée boër, opération difficile assurément, mais d'une irréprochable stratégie. Le 22, au soir, ce mouvement était exécuté; l'assaut final devait être livré la nuit même. Un télégramme l'annonçant fut envoyé à Londres, télégramme, dit un historien britannique, « qui laissa tout l'Empire dans l'angoisse et dans l'attente ».

A la faveur d'une nuit noire, les soldats anglais, en file indienne, gravissent le sentier de chèvre qui conduit au sommet. Les Boërs, surpris, se débandent, abandonnent leurs tranchées. Les Anglais se croient maîtres de la position ; ils n'en occupent qu'une partie. La colline de Spion Kopje n'est, en réalité, qu'une suite de mamelons ; le dernier, le plus élevé, reste entre les mains des hommes que commande Botha.

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Au matin, à la pointe du jour, les troupes britanniques s'aperçoivent delà méprise ; elles se terrent pour éviter les feux rasants des tireurs infaillibles. Cependant les généraux Woodgate, Thorneycroft tombent. C'est à moins de cent mètres l'un de l'autre, durant toute une journée, un terrible combat de deux lignes d'infanterie. Les efforts faits pour hisser les canons sur ces pentes rapides restent infructueux, et le soir, les débris des troupes anglaises doivent abandonner leurs positions. — Le lendemain, elles repassent la Tugela.

Nous voici au sommet de Spion Kopje, sur le large plateau central où stationnaient les troupes anglaises. C'est aujourd'hui l'emplacement de leurs tombes. La bataille fut si peu mouvementée qu'à peine aperçoit-on sur cette colline deux ou trois croix isolées. Les hommes des deux camps tombèrent dans les tranchées même qu'ils occupaient. On les y a ensevelis. Chaque mamelon garde son armée de morts irréconciliés : d'un côté les Anglais, de l'autre les Boërs.

Les sépultures anglaises sont les plus nombreuses : deux longues files de pierres blanches que terminent les obélisques gris des monuments funéraires. Sur l'un, sont inscrits les noms innombrables des soldats; sur l'autre celui des officiers. Une simple croix marque l'emplacement des tombes boërs. J'y lis un nom illustre en France : Hugo.

L'horizon, aujourd'hui noyé par l'averse, doit apparaître immense par un temps clair. Au sud-est, vers le Natal, sur la vaste plaine, les mamelons se

succèdent les uns les outres, ondulant à perte de vue. La Tugela tord ses grands lacets métalliques au pied du mont Âliee. De là, tiraient les canons de marine; de là aussi, Buller et Warren suivaient anxieusement, dans la journée du 23, l'effroyable duel d'infanterie qui se prolongeait sur le plateau de Spion Kopje.

Derrière nous, s'étend le veldt nu, à peine vallonné, limité au loin par les collines de Ladysmith. 'Cette position enlevée, c'était le libre accès vers la ville assiégée. Quelle dut être l'angoisse du général anglais, lorsqu'il vit, le soir du 24, qu'il ne pouvait s'y maintenir! Combien peu suffit à la guerre pour changer un victorieux en vaincu !

La pluie a cessé ; mais des nuages sales et lourds traînent sous le ciel bas, et, pendant quatre heures, c'est sous cette grisaille, dans la plaine uniforme, qu'il nous faut rouler pour regagner Ladysmith.

Mardi, 28 avril.

La petite tour de l'hôtel de ville légèrement écornée, simplement consolidée par un pilier de fer pour que les traces de la guerre se perpétuent à jamais; des casemates et des fortins que je croirais laissés là exprès à l'usage des touristes, si l'agence Cook était plus puissante ici ; enfin, quelques cartes postales illustrées rappelant les principaux épisodes du siège, voilà à peu près tout ce qu'on trouve à Ladysmith d'intéressant et d'historique ; le reste vaut à peine une mention. Les maisons n'attirent même pas l'œil par leur laideur, comme celles de Kimberley; elles demeurent banales, indifférentes, basses pour la plupart, sans

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jardin, ouvertes à l'alignement de la rue, semblables à de petits bazars rapidement édifiés. Les rues sont droites, la principale finit à Wagon Hill, cette colline dont, le 6 janvier, l'armée boër risqua l'assaut. Ce fut, dans la même nuit, avec la tentative contre Ceasar Camp, le seul mouvement offensif des Boërs pendant la guerre. Satisfaits, ils s'assirent ensuite sur leurs collines, les jambes croisées, bourrant leurs pipes, et bombardant la ville. — On connaît le résultat de cette admirable stratégie.

A dix heures, notre train côtoie la Tugela, et s'arrête à Colenso, nom célèbre entre tous par la victoire qu'y remporta Botha. Ce fut la seconde tentative de Buller pour débloquer Ladysmith. Il y perdit 7 canons. Le fils unique de lord Roberts fut tué par Maritz, en voulant les dégager.

Comme à Spion Kopje, de petits cimetières de pierres blanches se sont élevés aux places occupées par les combattants. Ils bordent les deux rives de la Tugela dont les rapides successifs se brisent en des chutes écumantes. La rivière a des allures torrentielles, mais je croyais toutefois ses escarpements plus considérables. Ce sont à peine des coteaux qui s'élèvent sur ses rives. L'imagination, la distance, la lutte héroïque d'un petit peuple contre une puissante nation ont grandi tous ces lieux. Ainsi en advint-il autrefois pour Léonidas au défilé des Thermopyles.

A partir de Colenso, le brouillard d'une pluie fine nous ferme toute vision. — A peine, aux silhouettes vaporeuses de maisons, à des champs de maïs vague-

ment entrevus, reconnaissons-nous une contrée plus fertile, une plus vieille colonie.

Cette brume opaque ne se lèvera qu'un instant, lorsque, par des lacets successifs, nous descendrons sur Pietermaritzburg, dont, pendant une demi-heure avant d'y arriver, nous apercevons les clochers, les dômes et les toitures.

A notre entrée dans la ville, le ruissellement d'eau recommence, dissimulant à nouveau toutes choses, et je note cette désagréable sensation : la vue de ces jinricshaws aux couleurs multicolores, dont les pieds de bronze pataugent dans la boue, dont les petites voitures roulent au milieu d'éclaboussements noirâtres.

Mercredi, 29 avril.

Décidément, le soleil est un grand enlumineur. — Sous ses rayons, Pietermaritzburg devient une jolie ville. M'en serais-je douté hier? Les tristes, les mornes collines grises ont enfin disparu. De tous côtés on aperçoit les lignes ondulées de grands coteaux verdâtres. Les rues sont propres, larges, un peu trop tirées au cordeau, par exemple, comme dans toutes les cités sud-africaines. On retrouve ici les trottoirs abrités et les maisons à vérandas; mais elles sont construites d'une brique particulière, ces maisons, d'une brique aux teintes rouges, claires, luisantes, vernies. Ce sont elles, je crois, qui donnent à cette ville son aspect coquet, presque souriant.

Et puis, comme Pretoria, comme Blœmfontein aussi, Pietermaritzburg est un centre. Ce n'est pas

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