DE MADAME PELLERIN
Peu de mariages furent arrangés aussi facilement et dans des conditions de bonheur aussi certaines que celui de mademoiselle Aurore Pellerin, la fille du grand savant, avec M. Georges Dienville, le fils du grand industriel.
Ils étaient à peu près du même âge, avec la différence, strictement nécessaire à la protection voulue par le Code ; ils étaient d'éducation pareille. La fille du savant avait toujours vu son père au travail. Le fils de l'industriel avait été élevé dans les épures, les calculs, les essais de machines, et l'un et l'autre respectaient la science, comme une fée qui avait doré leur berceau.
Aurore était fort jolie et restait sérieuse à travers la douceur de son perpétuel sourire ; Georges était de belle figure, de belle tournure ; fier de son nom, de celui de sa jeune femme.
Tous deux s'aimaient avec une confiance absolue. Sufilsamment riches, résolus à la vie simple, à l'ambition à deux d'une vie utile, ils émerveillèrent l'assistance, quand ils la traversèrent pour sortir de Saint-Germain-des- Prés.
Le ciel était en fête ; le soleil, au dehors, continuait le chant de Torgue. Quel beau mariage i disaient les passants ; quel heureux mariage ! disaient les conviés.
On ne s'expliquait pas que madame Pellerin la mère do la jeune mariée, eût tant pleuré pendant la cérémonie, et les intimes s'étonnaient qu'elle- eût été si violemment agitée, pendant les derniers jours.
Sans doute,- les mères pleurent toujours, quand elles abandonnent leur fille unique à cette part d'inconnu que le mariage le plus heureux contient encore. Sans doute, il y a une heure de séparation douloureuse; sans doute, le bonheur de marier son enfant est si étrange qu'il remue la conscience entière, et