‹ Autour de l'amourChapitre 15 sur 19 · LE MYSTÈRE DE MADAME -PELLBRIN · texte numérisé non relu

LE MYSTÈRE DE MADAME -PELLBRIN

qu'on pense à tous les rêves, à toutes les angoisses, à tous les sacrifices, couronnés par ce dédoublement de son âme, pendant la céré* xnonie.

Mais, malgré tout, madame Pellerin pleurait trop. Ses grands yeux noirs avaient des lueurs presque désespérées. Elle serrait les mains en priant, comme pour écraser son cœur. La veille, elle avait béni sa ûUô avec un spasme nerveux. Elle avait embrassé son gendre, avec une tendresse folle, comme pour lui communiquer toute sa fièvre.

Il y a toujours des railleurs à une noce. Ce sont souvent les plus naïfs, ceux qui se débattent contre la tentation â*être émus. Ceuxlà prétendaient gaillardement qu'une femme de trente-neuf ans, si brune, si belle, si éloquente de la chair, ne songe pas impunénient à toutes les conséquences d'une noce, et, malgré sa vertu, se sent un peu jalouse de sa fille.

Les dames qui depuis longtemps sont bellesmëres, trouvaient naturel que madame Pellerin versât beaucoup de larnxes à la perspective d'avoir un gendre : celui-là était respectueux et filial; mais quel gendre ne l'a

été ou n'a feint de Têtre au moins un jour?

D'autres attribuaient à un état maladif cet excès de sensibilité ; d'autres enfin ne cherchaient pas à l'expliquer, mais par sympathie pour une famille aimable, pour un mariage si parfait, s'en inquiétaient.

Madame Pellerin était une femme d'esprit, qui avait admirablement élevé sa fille ; qui eût montré, pour la marier, une ardeur extrême, si les circonstances ne lui eussent facilité la tâche, si elle n'avait eu qu'à accueillir une demande, encouragée .par l'amour des jeunes gens.

Pourquoi pleurait-elle au delà de la raison ? Elle ressentait évidemment des remords de sa tristesse ; car le soir, au dîner, à la soirée, et jusqu'à l'heure critique où sa fille disparut, elle eut des accès de giaieté, aussi incompréhensibles que son attendrissement du matin.

— Vous êtes bien heureuse I lui dirent ses amies en la quittant.

— Oh! oui! bien heureuse, répondit-elle avec un éclair qui fit flamboyer la vérité dans ses yeux et avec un sanglot.

Le lendemain, elle ne pleurait pas ; mais une

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résolution morne se lisait dans ses yeux, sur sa bouche. Quand elle revit sa fllle, elle Tembrassa avec un transport sincère; elle n'éprouva aucun embarras devant son gendre. Il était bien évident que son attitude de la veille ne tenait ni aux involontaires jalousies qu'on lui supposait, ni à des appréhensions ridicules de belle-mère.

Le surlendemain, elle parla de voyager.

— Soit, dit son mari ; allons où tu voudras.

— Je veux partir seule, répondit-elle durement.

C'était la première fois qu'elle manifestait ainsi sa volonté à ce pauvre homme de génie, d'ordinaire si soumis. Il fut bien surpris.

— Pourquoi? demanda-t-il.

— Pourquoi ? Parce que maintenant qu'Aurore est mariée, je veux être libre, et je veux me prouver ma liberté.

— Tu n'étais donc pas libre?

— Non.

— J'étais un tyran?

Le mari dit cela d'un ton si doux, que madame Pellerin, troublée, lui prit les deux mains.

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— Pardonne-moi ; je suis cruelle, injuste ; ne m'interroge pas, ne me force pas à te donner des raisons qui seraient toutes mauvaises. Je veux voyager, et voyager seule. C'est un caprice, tout ce que tu voudras, mais c'est une idée âxe.

M. Pellerin n'insista pas. Il alla trouver sa fille, la jeune mariée, et lui fit part de son souci.

— Je crois que ta pauvre mère devient folle I

Il raconta l'entretien, l'étrange caprice de sa femme. On a beau avoir fait du mariage une sorte de célibat à deux, quand cette solitude côte à côte menace de s'interrompre, les esprits délicats qui vivaient libres dans l'atmosphère composée de deux intelligences parallèles, s'émeuvent et s'affligent.

M. Pellerin, qui paraissait se passer de sa femme, se dit :

— Que deviendrai-je, si elle prend l'habitude de me quitter ?

Et il était tenté de pleurer.

Aurore Dienville avait été, pendant les années qui précédèrent immédiatement son mariage, rillùsion de ces deux époux, qui croyaient

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