POLLION
César, le roi de Judée, mon hôte et mon ami, est venu solliciter l'amitié du Prince et la protection de Rome (i).
HÉRODE
C'est de votre main, Prince, que je tiens ma couronne, et je n'oublierai jamais le jour où vous avez daigné me présenter au Sénat, et me proclamer roi des Juifs (2). Plus tard, votre clémence m'a conservé le sceptre que votre bonté m'avait donné, car si un sentiment que vous avez excusé m'a jeté dans le parti d'Antoine, qui était mon ami...
(i) Hérode le Grand, ami fort intime de Pollion, se présenta chez Auguste vers cette môme année, et en rapporta de grands avantages. V. Josèphe, Antiq. Jud,
(2) Sous le consulat de C. Domitius Calvinus et de G. Âsinius Pollio, Marc Antoine et Octave, alors amis, avaient mené Hérode au milieu d'eux, des consuls et des sénateurs, au Gapitole où ils offrirent des sacrifices, et déposèrent le décret du Sénat qui le faisait roi de Judée.
AUGUSTE
Hérode, j'ai tout oublié pour ne me souvenir que d'une chose : c'est que vous avez été Tami du grand Jules mon père. Donnez-moi l'espérance que vous resterez le nôtre. Rome a besoin de posséder sur sa frontière un brave et ferme soutien; elle s'estime heureuse que l'homme de cœur qui la sert soit en même temps un grand et généreux esprit. Protégez donc l'Empire contre le Parthe et l'Arabe. L'amitié de César et la protection de Rome ne vous manqueront pas.
HÉRODE
César, Rome peut compter sur ma reconnaissance ! Demeurez assuré que je tiendrai en respect ces ennemis inquiets. Par moi, vos lois, vos mœurs, vos arts fleuriront jusque sous les palmiers de Tldumée ma patrie. J'assurerai à l'Empire une glorieuse paix, et bientôt une ville, qui portera le nom d'Auguste, éternisera le souvenir de vos bienfaits (i).
AUGUSTE
Ne me remerciez pas. Voici que nous étions à nous demander où résidait le vrai bonheur : vous allez me faire croire qu'il consiste surtout
(i) De concert avec Agrippa, le roi Hcrode défendit l'Empire contre les invasions des Parthcs et des Arabes, et bâtit en l'honneur d'Auguste la ville de Sèba^te.
ou L'APPROCHE DE DIEU.
il faire des heureux. Grâce à vous, Hérode, ce siècle s'inaugure donc sous de favorables auspices... Si, comme on nous Ta'ssure, vous ne détestez pas nos fêtes et nos mœurs, soyez des nôtres ce soir. Je vous présente ici une société de poètes et de sages dont le nom, je n'en doute pas, est parvenu jusqu'à vous (i). Vousmême, vous venez de l'Orient, le pays de la lumière, et nous sommes heureux de penser qu'il en luira quelque chose dans votre entretien.
Tite-Live entre en ce moment.
MÉCÈNE, allant à lui:
Qui donc, cher Livius, vous a pu retenir si longtemps loin de nous? Je ne présume pas que vous fussiez déjà à rédiger l'histoire de ces belles journées...
TlTE-LIVE.
J'étais retenu chez moi par un noble étranger qui venait de Cadix à Rome uniquement pour me voir. Il le disait du moins; et ce qui est certain, c'est que je l'ai vainement invité à demeurer : il vient de repartir, et il doit s'embarquer cette nuit même à Ostie (2).
(i) Hérode était aussi l'ami d'Agrippa, qu'il avait reçu magnifiquement à Jérusalem. Agrippay avait ofiFert une hécatombe à Jéhova et un festin à tout le peuple.
(2) Pline le Jeune, 1. 11, Epist. 3 : Nunquamne legisti Gadiio. num quemdam, Titi Livii nomine gloriaque commotum, ad
AUGUSTE
Que VOUS a-t-il appris des Cantabres, nos ennemis (i)?