à-bas, une brune
Sous le clair de lune, Et sans peur aucune, I^e cceur anxieux.
Près de la Mad leine Raconte sa peine, Het'nant son haleine, A son amoureux.
Le noctambule Lui. déambule En somnambule
Par le grand Paris, A\'ant la frousse De ceux de la rousse :
Ah ! mine' de scousse . ..
S'il allait ètr' pris !....,
Comme un ours de Berne, Portant sa lanterne, L'chiftonnier paterne Jou" de son crochet Et tous dans sa hotte Que son dos cahote S'en vont cote à côte Fleurs, rubans, hochet I
A la Roquette, Quéqu' fois un' tète Par la lunette
l'ombe sous l'acier
Et, dans la foule, Comme une houle.
Vaguement roule
1/ nom du supplicié...
Les soupeurs pompettes Adorant les fêtes Quitt'nt leurs gigolettes, Déjà le jour luit.
La ville s'éveille, La rue est vermeille, La vi' r'prend pareille.
Ce soir il fra nuit !
Triolets du cœur »
Ztioletd Ou cœiit
A Maclamc Ht)ve Dkkoy
Pour vous mon c(L'ur a composé Ces triolets d'amour. Madame, Que me dicta tout bas mon àme.
Quand on aime on peut tout oser.
Pour vous mon C(eur a composé Ces triolets d'amour, Madame.
J'ai pris la plume d'un oiseau Et jDuis une feuille de lierre Pour vous écrire, mot à mot L'aveu de mon cceur bien sincère ; J'ai pris la plume d'un oiseau, Et puis une feuille de lierre.
( )r. nos deux c<Lurs s'étanl compris, il .ulviiii cjiK- nous nous îiimàmes ; Ce fut |)oiir nous bien douces flammes Tellement nous étions épris ....
Or, nos deux c<eurs s'étant compris.
Il advint que nous nous aimâmes!
Depuis sur du papier rosé Je vous écris, ma chère amante.
Des vers à la phrase enivrante (Jue je souligne d'un baiser :
Depuis, sur du papier rosé.
Je vous écris, ma chère amante. ...
Dans un mois nous allons fêter De notre amour l'anniversaire ; N'est ce pas le bonheur, ma chère.
Dans toute sa réalité?
Dans un mois nous allons fêter De notre amour l'anniversaire :
Ce cjui fait que je vous écris.
Chère, sur du papier vert tendre.
L'Espérance me fait comprendre Oh • combien nous sommes unis.
Ce qui fait que je vous écris Chère, sur du papier vert tendre.
Hélas ! J'avais compté tout soûl Dans mon ardeur prétentieuse ; Hier, belle capricieuse, J'ai mis mon C(eurdans son linceul !
Hélas I J'avais compté tout seul Dans mon ardeur prétentieuse !
Aujourd'hui, sur du papier noir, J'écris cette dernière lettre ; Puisse le temps vous la remettre
Et vous dire mon désespoir
Aujourd'hui, sur du papier noir, J'écris cette dernière lettre !
Questions S à la lune '
^yi^f^tr^t^s.
Oiicslion-) à la Lune
.\ i)U)n ami l,i i,ii.N (J\i rn;K.
Rép(3nds, la FAinc, je suis seul Comme un pauvre chien sur la terre Pour lot j'eus toujours la misère Et pourtant je suis ton filleul ; Je n'ai jamais connu mon père.
Etait-ce un duc? un prolétaire ?
Verrai-je mes derniers moments Sans baiser^ sans caresse aucune.
Et sans connaître mes parents ?
Réponds, la Lune.
Réponds, la Lune, sans amour. Quand on a ])our soi la jeunesse Et le cœur rempli de tendresse.
Peut-on exister seul un jour?
Hier. |".ii bu'n vu Madeleine Avec Lucas courir la plauic :
Ils se serraient bien tendrement, .le veux une blonde, une brune A lin dapaiserjmon tourment?
Réponds, la [.une.
Réponds, la Lune, quand j'ai faim Et que j'accorde ma mandore Pour ceux qui, «j^onflés de pléthore, Me jettent un morceau de pain :
Faut^il donc refouler ma haine Et, restant toujours h la chaîne.
Attendre le grand jour prochain Où nul n'ayant plus dcfortune Forcément sera plus humain ?
Réponds, la Lune.
Réponds, la Lune, sans logis,
Que dois-je faire en la grand' ville ?
Aller reposer à l'asile,
La nuit, au milieu des maudits I
Mon lit est celui de la seine Qui coule tranciuille et sereine ; Là, quelque soir de désespoir, J'entrerai seul dans la nuit brune. Tu me guideras du ciel noir ?
Réponds, la Lune.
Désir fou
:Dcut fou
Musique de A. de l'iMljadt-llo.
\ Madame Iv\i \i \ Cai.vk.
Oui c'est un désir fou ! j'aime te voir pleurer ; J'aime de tes grands j^eux voir tomber une larme ; Voilà pourquoi, souvent, sans cause, je t'alarme De mes soupçons jaloux dont j'ai l'air apeuré.
Oui c'est un désir fou ! j'aime te voir pleurer ; Cartesyeuxsontalors moins menteursetplus sombres Et, là, je ne crains plus de mes rêves les ombres. Quand tes yeux sont voilés, tu ne peux me leurrer.
Oui c'est un désir fou ! j'aime te voir pleurer : 'l'es larmes sont pour moi le roc inaccessible, La huitième merveille et la chose incessible Qu'on ne touche jamais, qu'on ne peut effleurer ... Ma chère c'est pourcj[uoi je te fais tant pleurer.
Edition de la maison Enoch, Boulevard des Italiens, 2"
Les Cocljons
(AtM Cochoih)
.\ Mndiimc Ma i iiii.fiR fioMi:/.
Avec leur queue en tir' bouchc^n.
Leurs yeux cochons,
Et polissons, Leur rob' de soi', leur grouin rose Toujours fourré dans quelque chose Autr' que la verveine et la rose, 11 faut en conv'nir vovez-vous
Que bien souvent.
Certainement, Les cochons sont moins cochons qu' nous.
Lorsque, sur le fumier vautrés,.
Ils sont gavés,
A rchi- ventres.
Etalant au soleil leur graisse.
Leur lard à point et leur paresse, Ils ont encor' plus de noblesse
Onr bien des gens quand ils sfmt saouls î
Oui })ien scjuvcnt.
Certainement, Les cochons sont moins cochons qu' nous !
"frr
Honnètement ça port" son nom:
Monsieur cochon.
Et sans façon.
Il est très fier qu'ainsi l'on l'nomme Ht s'rait bien supérieur à l'homme:
Quoique n'étant qu'un' béte en somme.
Ils aim'nt ce nom qui leur est doux.
Et s' dis'nt souvent.
Certainement, Qu' les cochons sont moins béts que nous I
Ça n' se cach' pas pour fair" le mal ;
Ça y est égal
A c't'animal :
Ça n'connaît que la chos' nature, Ça n'a pas de désinvolture Ni de défauts outre mesure
Ainsi qu'en ont certains époux.
C" qui fnit qu' souvent,
Très certain ment.
Les cochons sont moins cochons qu' nous !
On les admir' quand ils d'vienn'nt vieux :
Sont pas envieux,
Et font bien mieux :
Loin d'ètr' gâteux ils r'ièv'nt la tête ; Ils ont, comm' t5tant jeun's. c'est chouette, Le grouin ros\ la Cjueue en trompette:
Cochon après, cochon avant.
Ils ne pens'nt pas,
Comm" nous, hélas !
Qu'on d'vient cochon en vieillissant.
SouOenance
'Sou^'cinjjicc
.Musi(|iic tic I». .MAKSAt,.
A nn)n ami I\\fi. .M.\i;iNii'.iî
Le croiriez-vous bien ? Manon ma commère, A chaque printemps, vrai, c'est insensé ! Je pense aux vieux temps, ivresse éphémère, Et mon C(eur sourit encore au passé.
\\)iis aviez quinze ans. moi, seize peut-être ; Aux premiers rayons j'allais, ingénu, En chantant gaîment sous votre fenêtre Pour vous annoncer le soleil venu.
Oui^ Manon, c'est moi qui frappe à ta porte, Car le doux printemps t'attend pour fleurir. Comment pouvez-vous dormir de la sorte ? Il ferait si bon dans les bois courir.
Et plus tard encor, o douce élégie, Chaque renouveau fleuri sous les cieux Mettait, je ne sais parcj[uelle magie, Des paillettes d'or au fond de vos yeux.
— 'JHi —
Nos deux c«L'ijrs émus, inconcicnls d otrc, Hessentaicnt pourtant I éternel aveu l'A, chaque matin, sous votre fenêtre, .1 iillais vous chanter en trembhmt un peu :
<)ui Manon, c'est moi qui frappe à ta porte; I.e soleil sans toi ne veut se lever.
Comment pouvez-vous dormir de la sorte ? Il forait si bon à l'ombre rêver I
Mais quand le temps vint dissiper vos doutes
Et nous révéler nos douces amours,
Nous avions déjà séparé nos routes
Et nos deux chemins s'écartaient toujours.
Oh î combien de coeurs bien faits pour s'entendre
S'en vont, isolés, du sentier tracé,
Et se rejoindront trop tard pour reprendre
Le rêve divin jadis commencé !
Les printemps sont loin, la jeunesse est morte : Le soleil joyeux luit peut-être aux cieux. Mais je n'irai plus frapper à ta porte. . . . Dormez bien, Manon, nos cœurs sont trop vieux !
Folie d'amour
(^olie d'amour
A mon :tnii \'il.l i-:
Allons, Jacques, à ta santé!
D'un seul trait vide-moi ce verre Et quitte un peu cet air sévère Qui fait du tort à ta beauté.
Comment, toi, le coq du village Qui réveillais tous les vallons Par tes rires et tes chansons, Chaq' jour t'es chagrin davantage?
Allons morbleu 1 Vite un coup d'bleu !
Befra in .
Laissez-moi pleurer dans mon verre Car j'ai dans l'àme un gros chagrin !
Non, l'oubli n'est pas dans le vin.
Ma Jeannette dort sous la pierre ...
Laissez-moi pleurer dans mon verre
Vous la connaissiez ma Jcann Ion, Ma Jeann'ton au si doux visage?
C'était la plus belle du village.
Va y devais lui donner mon nom.
Sans doute l'bon Dieu manquait dange Pour qu'il l'appell' si jeune aux cicux : Il aurait pu nous prendr* tous deux.
Ah ! la douleur, vrai ! ça vous change.
J'veux rire, hélas î
Hcn. je n' peux pas.
liefruin .
P't'ètr" bon qu'auj(^urd'hui, sur mes g'noux
J'f rais sauter un' belT ptit' fille
Qui m* rappellerait la charmille
Témoin d' notr' premier rendez-vous !
Le soir, au son àe\^ musette.
En regardant danser les gars,
p]lle m'aurait fait de ses bras
Un beau collier, ma blond' Jeannette,
En me disant :
Embrass' l'enfant.
Befra in .
Ainsi Jacques, le pauvre fou, Aux gars du village, après boire, En pleurant, racontait l'histoire De Jeannett* l'ingrate aux yeux doux^ Qui, laissant la robe de bure, Vendit ses charmes et son C(L'ur....
Hélas ! à quelque grand seigneur Qui la fit devenir parjure.
Jacc[u*s, en pleurant,
Redit ce chant.
La polkette des Pierrots a
J-jG polkcllc des 'P ici rois
Music|iu' de I Ii:nmy Cas, A Macicinoisclle A. MiuuiKS.
Quand vient le temps du carnaval
Les pierrots morts, blancs comme neige,
Vers minuit donnent un grand bal
Dans un décor froid de Norvège.
On n'y croise pas Arlequin
Tournant autour de Colombine ;
Il serait chassé ce faquin....
C'est le Sabbat de la farine.
Befrn iii
Se moquant du froid et du vent Formant une longue avalanche, Les pierrots riant ou pleurant Tressautent sous la lune blanche.
Kdition de la Maison Cas, 15, boulevard de Strasbourg.
S« tenant le bras, deux par deux.
Ils s'en vont, rallure discrète.
Se conter, pauvres amoureux.
Les trahisons d'une pierrette :
Parfois on les voit frissonner.
Est-ce la peur. le froid, la bise ?
Non, c'est qu'ils voudraient pardonner A l'infidèle Cvdalise.
An lU'frnin.
Plus loin, un Gille de AVatteau Raconte, en regardant la lune.
Qu'à Trianon, dans un bateau.
Sur le lac. une belle brune.
Un soir, lui déchira le cœur En lui préférant, la coquette !
Un cavalier à lair vainqueur.
Un manant, un rastn\ un trompette.
Au Ri'fr/mi.
Puis, sitôt qu'apparaît le jour, TIs filent comme des fantômes Kappelés par un sourd tambour Dans l'espace, ces blancs atomes.
Ils se reverront Tan prochain, A leur rendez-vous tous fidèles, Pour se rappeler le chagrin Que leur causa l'amour des belles.
Rcfrn in
Se moquant du froid et du vent.
Formant une longue avalanche, Les pierrots, riant ou pleurant, Vont dormir dans la lune blanche.
Fleur d'atelier
llciii î)\ilcUct
Ça vous a des yeux polissons,
Un' taiir de guèp', des r'gards fripons ;
A quinze ans, ça vous r'trousse sa cotte
En farigotte.
Ça n' saura jamais son mJtier Car c'est 1' fruit vert quaim* le rentier .. Fleur d'atelier !
Dès c[u'elles auront dix-huit ans.
Elles lâcheront leurs parents ; C'est bien embêtant la famille,
Pour un' jeun" fille I Faudrait toute sa vi' rester Sans broncher ni sans sourciller...
Fleur d'atelier î
Pour eir ÇH sVîiit un vr;ii rriMlhcur : Kl le fera comm* sa grand'sctur Qu'est aujourd'hui un' grand' cocote
De très haut' cote I Or, en attendant 1' vieux rentier.
Ça fait r capric' d'un ouvrier ..
Fleur d'atelier !
Puis L'ir ne rentr' pas un beau soir ! De sa mère ça fait 1' désespoir; VXX s'en moque, elle est entret'nue.
T. a petit* grue !
A quoi qu' ça sert de travailler Puisqu'elle est chaqu* soir à Bullier...
Fleur d'atelier !
C'est poitrinaire à vingt-cinq ans.
Vieille à l'auror* de son printemps :
Faut constamment qu'ell" se maquille
En jeune fille I Par instant ça s* met à r'gretter Hélas ! de n' pas être resté....
Fleur d'atelier !