SAINT BASILE
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Aidez-nous, mesdames !
Lorsque les apôtres de la croisade de tempérance parlent d’alcoolisme devant ces dames, elles font une moue significative. Pourquoi nous ennuyer avec ces sermons, semblent-elles dire, les ivrognesses ou les alcoolisées chez les femmes sont l’exception ? Toutes ces doléances sont tristement vraies mais elles s'adressent aux hommes,
Dites-done, madame ! Vous avez un mari, des fils. Peut-être boivent-ils ?
Sout-ils devenus ivrognes, alcooliques, du Jour au lendemain ? Non, n’est-ce pas ?
Vous ne vous rappelez même pas comment votre mari, vos fils, ont commencé à boire. Cela est venu insensiblement. Si vous avez un mari sobre, des enfants abstinents, tant mieux, et je vous en félicite. Bien des épouses et bien des mères envient votre bonheur. Mais, êtesvous absolument certaine que votre mari sera toujours sobre, que vos fils ne se contamineront pas * Vous devez donc travailler à prémunir les êtres qui vous sont chers contre la plaie hideuse de l'alcoolisme. Et le plus sûr moyen d’y réussir c’est de connaître votre ennemi.
pe les points faibles de l'adversaire
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que vous avez à rencontrer, c’est déjà les trois quarts de la victoire assurée.
Je connais une pauvre veuve, mère de quatre fils dont le plus jeune est dans la trentaine. Aucun d’eux n’a trempé encore ses lèvres dans l'alcool maudit. Comment cette femme a-t-elle obtenu ce résultat inouf ? D'abord, les boissons enivrantes n’ont jamais été introduites à son foyer. Ensuite, dès l’instant où ses enfants ont été en âge de la comprendre, chaque jour, presque chaque heure, elle leur a infusé sa haine de l’alcool. Le moindre fait, le plus petit incident lui servait de prétexte à une leçon ou à une morale antialcoolique. Aujourd’hui, elle est bien récompensée de sa sollicitude. Elle me racontait, ces jours Aerniers, qu’un de ses fils avait une telle horreur de l’alcool...et des ivrognes, qu'il changeait d'atelier deux ou trois fois par année pour ne pas avoir à travailler avec des ouvriers qui sentaient la boisson.
Voilà un antialcoolique convaincu !
Que les mères de famille suivent l’exemple de cette pauvre femme ! L'’alcool est la cause de leurs appréhensions et de leurs larmes bien souvent. Quelles le haïssent de toute la puissance de leur âme, puis qu’elles inculquent cette haine à leurs jeunes enfants. Elles en feront ainsi des sobres qui seront leur joie plus tard.
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Assassin en habit noir
Pour le commun des mortels l'ivresse la plus dangereuse est celle de l’individu qu'on rencontre sur la rue titubant, sacrant, insultant le passant inoftensif. Celui-là, se dit-on, doit, en arrivant chez lui, battre sa femme et rudoyer ses enfants. C'est fort possible ; le cas se présente même assez fréquemment.
Mais, croyez-vous que le sort de l’épouse de l’alcoolique chronique est de beaucoup préférable à celui de la femme de l’ivrogne L'utal ?
Ecoutez bien l’histoire suivante. L’authenticité m’en a été garantie par un de nos plus distingués magistrats, qui en a bien connu les personnages.
M. X. était un négociant très à l’aise.
Héritier d’une commerce prospère, il avait trouvé de bons employés qui en peu d'années avaient presque doublé ses affaires. Marié avec une femme charmante, il en avait eu quatre enfants.
Le ménage X. habitait une belle maison sur une de nos principales rues, à quelques pas d’un club fashionnable. Le mari ne manquait jamais d'aller faire “on tour au club tous les soirs, au moins pour quelques instants. Il y contracta la funeste habitude de boire.
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Seulement, comme le lisait le spirituel Père Hamon, M. X. était un Monsieur.
Il ne se rendait jamais jusqu'à l'ivresse.
Personne, dans toute la ville, n’aurait pu affirmer avoir vu cet homme ivre une seule fois. Et ceux qui rencontraient M.
et Madame X au théâtre, dans le monde, un peu partout, devaient se dire : ‘‘ Voilà le ménage le plus heureux de ia ville.”
Voici exactement où en était M. X, quinze ans après son mariage. Il était alcoolique chronique !
Le jour, il vaquait exactement à ses aïfaires. Le soir, une fois sa femme et ses enfants couchés, il allait au club.
En réintégrant son domicile, à une, deux ou trois heures après minuit, il menait des scènes épouvantables. Il brisait les meubles, déchirait le linge, frappait sa femme et ses enfants, puis, sa crise terminée, se jetait sur son lit et dans son délire demandait le prêtre, criant qu'il allait mourir.
Une nuit, il revint chez lui dans une fureur extrême. Sa femme, pour échapper à ses brutalités, se réfugia, par un grand froid, en vêtement de nuit et nupieds, dans une pièce non chauffée où elle resta jusqu'au jour.
Quelques heures plus tard, elle prenait le lit avec une inflammation de poumons. Malgré les bons soins dont elle fut entourée par ses parents qui commençaient à soupçonner la vérité, elle ex-
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pira après neuf ou dix jours de maladie.
Martyre de l’honneur de son mari et de ses enfants, elle ne dévoila à personne les mauvais traitements dont elle avait été la victime.
Les centaines de citoyens qui suivirent le convoi funèbre de cette femme de bien furent bien loin de se douter que le mari qui marchait derrière le corbillard, en habit noir et le mouchoir sur les jeux, était un vulgaire assassin.
Combien y en a-t-il de ces femmes martyres qui descendent dans la tombe—en emportant le secret des brutalités et des coups qu’elles ont reçus de leurs maris alcooliques ?
Alcool maudit !
Il vaut mieux ne point boire de vin, si a peut être, pour votre frère, un sujet de chute et de péché, ou si ça peut ‘rendre plus faible.