‹ Autour de la buvette [microforme]Chapitre 20 sur 53 · LA REINE CHRISTINE · texte numérisé non relu

LA REINE CHRISTINE

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Eclairer l'opinion

Je suppose que les gouvernements d'Ottawa et de Québec, pris tout à coup d’un beau zèle pour la cause de la tempérance, adoptent toutes les lois que les Ligues antalcooliques et les Sociétés de Tempérance leur suggèrent de mettre dans les statuts.

Je suppose également que les conseils de ville et les conseils municipaux, se rendant aux demandes de nos évêques, diminuent les buvettes et les hôtels de moitié et même des trois-quarts.

Je suppose encore que la police, un peu partout, se réveille de son long sommeil, et que les lois qui gouvernent les hôtels, les buvettes et les épiceries sont tellement bien observées que la vente clandestine est arrêtée du coup.

Tout cela, il n’y a pas à le nier, ferait faire un pas de géant à la cause de la tempérance, mais ne mettrait pas fin à l’ivrognerie et à l’alcoolisme.

Un autre élément très important est encore nécessaire pour guérir ces deux plaies: ÉCLAIRER L’OPINION.

Depuis cent ans, on a élevé en faveur de l’alcool des montagnes de préjugés, de passions et de faussetés. Le temps a

rendu ces montagnes aussi solides que les pyramides d'Egypte. La partie sera gagnée quand nous aurons réussi à les raser et à les détruire. La tâche est dure, mais elle n’est pas impraticable.

On sait que l’état du Maine, aux Etats-Unis, a adopté la prohibition absolue, c’est-à-dire que l’alcool ne s’y vend que pour des fins médicales et pas ailleurs que dans les pharmacies.

L'homme public qui fit cette loi radicale, Neal Dow, fut aidé par quelques amis énergiques et un certain nombre de femmes dévouées.

On demandait un jour à Neal Dow comment il avait fait pour faire accepter une loi qui semble si impopulaire dans la plupart des Etats de l’Union américaine et dans tous les autres pays.

—J'’ai répandu, répondit-il, la littérature antialcoolique, les journaux, les revues, les brochures, les tracts, les gravures, etc., etc., avec une telle profusion, que si tous ces papiers étaient jetés sur le sol de l’état du Maine on en aurait jusqu'aux genoux.

Ce qui a si bien réussi là-bas ne devrait-il pas être essayé dans la province de Québec ?

Eclairons l’opinion.

La plupart de nos journaux sont entrés dans le mouvement avec un empressement et un zèle très méritoires. Leur

Re

appoint est d’un grand secours aux amis de la tempérance.

Les tracts, les gravures, les images, etc, etc., devraient être répandus à des milliers et des milliers d'exemplaires dans nos villes et nos campagnes.

Un autre excellent moyen d'éclairer l’opinion—et qui ne coûte rien, ce qui le met à la portée de tous—c'’est de ne Jamais laisser passer sans protester un préjugé, une fausseté en favenr de l’alcool. Vous êtes dans les chars. sur les bateaux, ete., etc. On vante devant vous la vertu curative de l’alcool, son excellence pour la digestion, etc., etc. Prouvez le contraire, tout de suite. Ne laissez pas l’erreur pénétrer chez le peuple.

Ah !si l’opinion était éclairée et formée partout, nous n'’aurions pas besoin de lois pour diminuer les buvettes. Elles fermeraient d’elles-mêmes. .. . faute de clients.

L'’alcoolisme est un des grands fléaux dont souffre notre société moderne Tant qu'on ne parviendra pas à soustraire la classe ouvrière à sa funeste influence, on ne résoudra pas la question sociale :

on pourra augmenter les salaires et diminuer les heures de travail : les débitants seuls profiteront de ces mesures.

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