SAINT AMBROISE
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Par la parole, par l’exemple
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Elle est grande et noble la tâche de l’éducateur! On raconte que l’honorable juge Morin qui a laissé là-bas dans les montagnes du Nord un parfum de vertu qu'on respire encore malgré qu'il soit disparu depuis plus de quarante ans, ne passait jamais par Kamouraska sans aller saluer le père Béchard, humble maftre d’école, qui lui avait enseigné à lire et à écrire. Après son père et sa mère, c'est à son premier maître d’école que M. Morin attribuait ses succès dans la vie publique. ‘* M. Béchard me dressa et me redressa pour le bien, disait-il, et je lui en devrai une resonnaissance éternelle. ””
Tous ceux qui ont quelque peu étudié le problème de l’alcoolisme admettent ce que peut faire l’instituteur ou l’institutrice pour aider la cause de la tempérance.
En effet, l’instituteur rencontre un milieu qui n’est pas contaminé, et sa force d’action est plus grande. La jeunesse, c’est l’avenir du pays ; et si nous pouvons la prémunir contre le péril alcoolique la partie sera vite gagnée.
C’est un principe de pédagogie admis de tous qu’il importe de donner aux en-
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fants un pli qu'ils conserveront toute leur vie, de créer pour eux une sorte de pente où ils se laisseront glisser tout vaturellement.
La comparaison a été faite des milliers de fois. J'’ose la répéter. On ne redresse pas un vieil arbre. Vous faites prendre à un arbrisseau la forme et le pli que vous voulez lui donner. Ainsi en est-il de l’enfant. Son cerveau est si tendre, son organisme si délicat, ses penchants si légers, que vous lui donnerez, si vous en avez l’habileté, des habitudes, des tendances qu’il conservera toute sa vie.
Depuis que nos évêques ont relevé le drapeau de la tempérance, nos collèges, nos couvents, nos écoles élémentaires même, mettent petit à petit dans leur programme l’enseignement anti-alcoolique. On donne chaque jour des lectures, des problèmes, des exemples, qui démontrent d’une manière frappante les effets pernicieux de l’alcool, au sein de la famille, dans la société et dans le pays.
La plupart de nos éducateurs se sont jetés dans la lutte anti-alcoolique avec un zèle et un dévouement sans bornes.
Malgré cela nous avons bien peur qu'ici comme en Europe les résultats de leur enseignement soient maigres, petits.
Pourquoi ?
Parce que l’oeuvre anti-alcoolique de l’école reste théorique en ce sens qu’elle est en désaccord complet avec ce qui se
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pratique dans la famille. Le professeur, le maî.:e ou la maîtresse d'école s’est efforcé d’expliquer le mieux qu’il a pu les méfaits de l’alcool. Il a porté la conviction dans l’âme de l’enfant. Celui-ci arrive à la maison paternelle et voit son père, ses frères aînés, quelquefois sa mère et ses soeurs, absorber force verres de vin, de bière, peut-être de gin et de brandy. L'exemple, pour l’enfant, est et sera toujours plus fort que le précepte.
Tous les parents, j’en suis certain, veulent le bien moral de leurs enfants, tous souhaitent d’en faire des hommes tempérants. Mais combien peu possèdent les notions les plus élémentaires pour aider l’école dans son oeuvre anti-alcoolique !
La très grande partie de nos ouvriers, de nos cultivateurs, de nos professionnels ignorent encore totalement l’action insidieuse, lente mais certaine, de l’alcoolisme chronique. Pour eux, le mal, c’est l’ivrognerie apparente, scandaleuse. C’est le pochard qu’on traîne au poste de police en charrette. C’est le tramp qui fait des zigzags sur le trottoir en sortant de la buvette pour aller cuver son vin. Mais boire tous les jours, un, deux, trois, cinq, et peut-être dix ou vingt verres d’alcool, sans que la tête vous tourne, sans que la langue fourche, et que les jambes vous refusent tout service, ca n'offre, croientils, aucun danger. Aussi, quand l’enfant, rentré de l’école, raconte qu’on
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peut devenir alcoolique même en ne buvant qu’un verre d’alcool par jour, le père ignorant proteste, traite le maître d’exagéré et tourne son enseignement en ridicule.
On parle des trusts. En connaissezvous un qui puisse, dans l’univers entier, pressurer le peuple pour la dixième partie, /dix millions) de ce que verse, chaque année, le peuple de notre cher Canada, en pâture, au tyran de l’alcool ? Les trusts sont odieux, mais au moins, si pour garnir injustement le gousset de leurs actionnaires, ils haussent les prix des choses essentielles à la vie, ils fournissent ces mèêmes choses. Le dieu alcool demande toujours et ne donne en retour que la honte, la gêne, les misères de toutes sortes, le déshonneur, et la mort dans les plus tristes conditions.
Mgr P.-E. ROY
Le procès de l’alcool n’est plus à faire. Cet accusé, chargé de tous les vices et de tous les méfaits imaginables, a été traduit à la barre de l’opinion publique, de l’hygiène et de l’économie.
On l’a examiné, interrogé, confronté avec ses victimes, jugé et condamné.