HESIODE
Si nous entendions dire des Orientaux qu'ils boivent ordinairement d’une liqueur qui leur monte à la tête, leur fait perdre la raison et les fait vomir, nous dirions : quels barbares !
LA BRUYERE
Puni sur le coup
—Savez-vous l’histoire de ce mendiant aveugle qui vient de nous demander l’aumône à la porte de la vieille basilique, me dit tantôt un ami ?
Je n’avais jamais vu ce vieillard ; j'ignorais absolument son passé.
Mon ami me fit alors un bien triste récit.
Il y a une trentaine d’années, me ditil, ce mendiant était un jeune homme fort, vigoureux, bon ouvrier, père de deux ou trois petits enfants. Des amis l’entraînèrent malheureusement à la buvette et en firent bientôt un alcoolique.
X entra un soir de la buvette dans une grande excitation. Il avait buy encore plus que d’habitude. Le buvetier, froissé des reproches richement mérités de son curé, avait pesté et maudit contre les prêtres toute la soirée. X avait fait siens les griefs non justifiés du buvetier contre le bon curé de sa paroisse.
X, en réintégrant son domicile, battit sa femme et ses enfants. Il ne s’en tint pas là. Près du chevet conjugal était pendu un crucif.x devant lequel sa pauvre femme s’agenouillait bien souvent.
Cette vue l’exaspéra. Il se mit à vomir
contre l’image sainte tous les blasphèmes que lui suggéra l’enfer.
L’alcoolique, froissé parce que le Christ ne répondait pas à ses injures, s’arma d’un couteau, et montant sur une chaise, il perfora les yeux du crucifix.
—Ah ! dit-il avec un ricanement féroce, tes yeux ne te servent pas puisque tu ne m'as pas vu. Eh bien ! Je vais t’en débarrasser.
X se coucha ensuite et dormit tranquillement.
Mais le lendemain matin, un mal étrange faisait cruellement souffrir le malheureux. On eut alors recours à un médecin, puis à un autre, puis encore à un spécialiste renommé. La mère des
douleurs n’avait pu retenir le bras de son fils. X était complètement aveugle.
Et maintenant il mendie de porte en porte, conduit par un enfant, le pain qu’il gagnait si habilement autrefois.
Il est vrai que beaucoup de personnes possèdent assez de force de carac.
tère pour garder toujours la modération; mais cela n’exempte personne du devoir d'entraîner par l’exemple tant de malheureux intempérants, qui attendent qu’on leur tende cette main secourable pour sortir du bourbier de leur passion.
PROFESSEUR BENGE
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Paradis sur terre
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On dit communément d’un pays dont le climat est doux et agréable, où la végétation est luxuriante, que c’est un paradis sur terre.
De combien de nos villes et paroisses canadiennes pourrions-nous dire la même chose, si on cessait d’y vendre de l’alcool !
L’Angleterre passe pour un des pays du monde le plus soumis au dieu alcool. Les grandes villes, de l’aveu de tous les voyageurs, pullulent d’ivrognes et d’alcooliques.
On cite cependant dans le Royaume- Uni des villes qu’on pourrait appeler des paradis sur terre. Les grands propriétaires fonciers ont là-bas une influence
considérable sur l’électorat. Dans nom-
bre de villes et de gros villages, ces propriétaires philanthropes ont réussi à prohiber presque entièrement la vente de l’alcool.
Sur les côtes d’Ecosse, beaucoup de petites villes et de bourgs sont habités exclusivement par des familles de pêcheurs.
Il y a un quart de siècle, on voyait beaucoup de buvettes et de débits de boisson dans ces endroits.Les pêcheurs croyaient en l'efficacité de l’alcool pour leur aider
à supporter leur rude et fatigart travail. La plupart de ecs marins étaient adonnés à l’ivrognerie et leurs familles étaient plongées dans la misère. Les landlords réussirent à fermer les débits d’alcool. Aujourd’hui les délits sont presque inconnus dans ces régions. Le bien-être et le bonheur se réflètent sur les figures de ces robustes et fiers travailleurs de la mer. Lorsqu'ils partent en barque pour aller pêcher à des distances de douze ou quinze lieues, ils n’oublient jamais de se pourvoir de thé et de café. Ces breuvages reconstituants ont remplacé les liqueurs alcooliques, et tous paraissent satisfaits.
A Saltaire, ville de 4,000 habitants, dans le nord de l’Angleterre, on a également prohibé les buvettes. Il y a cependant deux magasins de liqueurs, mais la consommation sur place n’y est pas permise. Ce changement a eu un effet magnifique. La population est heureuse, gaie, confiante. Les enfants, très proprement vêtus, fréquentent régulièrement les écoles. Les maisons sont proprettes et entourées de jardins. On a essayé plusieurs fois d’ouvrir de nouvelles buvettes, mais toujours la population s’y est unanimement opposé.
Bessbrok est une ville manufacturière de 3,000 à 4,000 habitants, située en Irlande, et dont la fondation remonte à vingt-cinq ans. Les fondateurs de Bess-
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brok ont eu le bon esprit d’y empêcher l’établissement de débits de boisson. La moralité est excellente, l’ordre règne partout. On ne connaît pas à Bessbrok d’ivrognes ni de pauvres.
Avons-nous besoin, d’ailleurs, de traverser les mers pour aller chercher des preuves de la supériorité des villes ou paroisses où règne la prohibition sur les autres villes où on accorde des licences ?
N'’en voyons-nous pas un peu partout, dans notre province de Québec, de ces paroisses où règnent la paix, l’aisance et le contentement, grâce à l’absence des buvettes ? Le docteur Lemieux, député de Gaspé, proclamait dernièrement avec orgueil que dans son immense comté il n’y avait qu’une seule buvette. Et y a-t-il au monde région plus prospère, plus heureuse que la Gaspésie ?
Travaillons donc à faire disparaître les buvettes de nos campagnes.
Veillons sur les cabarets, diminuons-en le nombre, faisons respecter scrupuleusement la loi qui les régit, c’est bien; mais si nous pouvons faire changer la mode et disparaître la coutume qui mélent l’alcool à toutes nos réjouissances, qui en font une politesse nécessaire, ce sera encore mieux.
Dr JULES DORION
Telle vie, telle fin!
Telle vie, telle fin ! XXX est mort comme il avait vécu !
Cet homme avait jadis un peu de bien, il jouissait de l’estime de ses concitoyens, il faisait le bonheur de sa femme et de ses enfants.
Un jour, dans une rencontre avec des amis, il but et s’enivra.
Lui, si doux à jeun, arriva au milieu des siens, comme une bête fauve. Il battit sa femme et ses petits enfants.
Le lendemain, XXX reconnut ses torts. Il jura à sa femme que jamais plus ïil ne boirait.
Mais la passion maudite de l’alcool s'était du coup enracinée dans son coeur. Elle L’emporta sur sa volonté. Il succomba chaque fois que l’occasion se présenta. Au bout d’une année, il était un ivrogne avéré.
Un sr'. en laissant l’hôtel pour regagner 8 .ison, sa voiture versa, il s’y trouva accroché par ses vêtements, et, le cheval continuant sa route au galop, le traîna plusieurs arpents sur le chemin rocailleux. Il resta infirme après avoir été plusieurs semaines entre la vie et la mort. On crut qu'il allait se corriger.
Point. Il continua à boire de plus belle.
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Quelques mois plus tard, dans une querelle avec un compagnon de débauche, il perdit un oeil.
On se disait : boîteux, borgne, ruiné, XXX en a assez, il va se corriger. N’en croyez rien. Il but plus que jamais.
Le curé de la paroisse ayant fait prêécher une retraite de tempérance, XXX eut. l’impudence de se rendre au presbytère vomir l’insulte et les blasphèmes contre le prédicateur étranger.
Il était devenu l’opprobre de ses concitoyens, la honte de sa famille, la terreur de tous.
A la suite d’une fête prolongée, XXX se trouva dernièrement sur son lit de mort. Le médecin conseilla à la famille d’envoyer tout de suite chercher le prêétre. Le curé se rendit aussitôt auprès de son indigne paroissien. Mais il était trop tard : XXX rendait le dernier soupir comme le prêtre mettait le pied dans sa chambre.
XXX est mort sans se reconnaître.
Telle vie, telle fin !
Dès que l’alcool envahit les organes où s’exercent les fonctions de la vie, il n’est plus qu’une cause de trouble ou un facteur de ruines.