R. P. MARTIN
Moyens de vider les prisons
J'’assistais, l’autre jour, à une conférence anti-alcoolique et je vis un sourire d’incrédulité apparaître sur les lèvres de plusieurs auditeurs lorsque le conférencier énonça la proposition que si l’alcool disparaissait de la surface du globe, on pourrait fermer la plupart des prisons et des pénitenciers.
Sur le moment, j’avais trouvé l’avancé du savant conférencier. un peu exagéré. Aujourd’hui, après avoir eu sous les yeux de très probantes statistiques, je ne suis pas éloigné de souscrire à sa proposition.
En 1886, un des employés supérieurs de la célèbre prison de Sainte-Pélagie, à Paris, M. Marambat, eut la patiente curiosité de dépouiller les dossiers des 2,950 condamnés confiés à sa garde.
Je relève les chiffres suivants dans son travail :
Sur les 2,950 condamnés, 2,124 étaient adonnés à la boisson /fsoit 72 par cent ).
Sur 103 aliénés épileptiques, 72 étaient intempérants fsoit 71 par cent ).
Sur 1,898 condamnés pour vol, escroquerie, faux, 1,346 faisaient abus d'’alcool fsoit 70.9 par cent).
Sur 415 condamnés pour coups et blessures, 366 étaient intempérants (soit 88.2 par cent).
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79 par cent des condamnés pour men-
. dicité et vagabondage ; 53 par cent des
condamnés pour viols et attentats aux moeurs ; 57 par cent des condamnés pour incendies volontaires étaient également des alcooliques.
Sur les 2,950 prisonniers, 1,726 étaient des récidivistes, et 78 par cent de ces derniers étaient des ivrognes.
M. Marambat remarquait au sujet des récidivistes ‘‘ que l’ivrognerie, après avoir entraîné ceux qui s’y livrent dans une première faute, continue à les pousser au mal et à les enfoncer de plus en plus dans le bourbier du vice et du crime tandis qu’au contraire, les hommes qui ne sont pas esclaves de cette passion résistent mieux aux entraînements divers qui peuplent les prisons et les maisons d’aliénés.
Pourquoi ceux qui sont adonnés à l’ivrognerie résistent-ils si peu à la tentation du vol, de la colère, du meurtre, même
Parce que l’alcool a pour effet de faire perdre à ceux qui en font un usage abusif la notion du bien et du mal.
Un médecin anglais, le docteur Miller, explique de façon très claire et très simple l’influence de l’alcool sur les facultés morales :
‘* Lorsque l’alcool est pris à dose modérée, dit-il, l’imagination est excitée et prend librement son essor, les pencliants
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animaux sont stimulés, et le contrôle que l’homme exerce sur lui-même est moins actif. Cet état prédispose à la satisfaction des passions sensuelles, de la cupidité. A dose plus élevée, l’élément aaimal de l’être subit une excitation plus énergique ; la raison est pervertie, sinon diminuée, la sensibilité morale et le ponvoir moral s’affaiblissent, l’homme est à la merci de ses plus viles passions. De là la colère et les disputes, les rebellions et les vengeances, les attaques et les effractions, toutes sortes d’actes blâmables. Augmentez encore la dose, la dégradation est plus complète ; l’homme, hors de lui-même, devient de plus en plus dangereux, aussi longtemps que le cerveau reste à un certain degré au service des sens corrompus et que les muscles obéissent à la volonté dépravée. Maintenant le buveur est mûr pour l’effusion du sang, pour l’assassinat, pour le viol.”
Une autre preuve convaincante que la criminalité et l'alcool marchent de pair, c’est que dans tous les pays où, à la suite de vigoureuses campagnes de tempérance, la consommation de l’alcool a baissé, les crimes et délits ont diminué de façon correspondante. Tel est le cas pour l’Angleterre, la Norvège, l’Australie, la Suède, ete., etc.
La proposition de mon conférencier anti-alcoolique n’était donc pas une utopie.
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Il ne faut pas être neutres
Napoléon, au faite de sa puissance, s’était décidé à visiter la Vendée.
Le souvenir des luttes sanglantes entre les bleus et les blancs et des répressions énergiques qui les avaient suivies n'étaient pas encore oublié, et le grand homme était reçu assez froidement par la population .
Le maire d’une petite commune croyant faire sa cour, se vanta devant Napoléon de n’avoir pris aucune part aux guerres qui avaient dévasté le pays.
—Monsieur, lui répondit aussitôt Napoléon, il n’y a que les lâches qui restent neutres.
Ils sont légions ceux qui restent neutres dans la guerre qui se poursuit en ce moment par tout le pays contre l’alcool.
Si tous les tempérants voulaient se lever une bonne fois et montrer leur nombre, les partisans des buvettes entreraient bien vite sous terre. Mais chacun a ses intérêts ou ses petites susceptibilités à ménager. Ce qui fait que quand vient la lutte, une poignée de soldats seulement vont au feu. Les autres les approuvent.... intérieurement mais se cachent derrière les volets afin de ne pas rece-
voir les coups. Ce sont les neutres dont parle Napoléon.
Qu'on décide une bonne fois les neutres, les peureux, les prudents, dont se moquait si agréablement Mgr Langevin, à Lévis, il n’y a que quelques semaines, à entrer en campagne, à faire face à l’ennemi, et, encore une fois, la victoire ne sera pas lente à se ranger sous les drapeaux des amis de la tempérance.
Une buvette, c’est l’école de l’ivrogn:rie, c’est le mauvais lieu où, à cinq centins le verre, goutte à goutte, le jeune homme, par imitation, par forfanterie et ensuite par goût, s’ingurgite le poison fatal qui brisera le bonheur de sa vie.
Une buvette ! c’est là que pendant des jours et des nuits de débauche vont s’engloutir le salaire, les larmes et l’honneur de la famille. C’est là que s’apprend le mépris des plus nobles sentiments, là que se profère l’infernal blasphème et les discours sans vergogne, là que se contractent pour soi et pour sa race, les flétrissures et les déchéances du vice. Une buvette, c’est une porte d’en-
fer!
L'abbé E. LAVERGNE
Le tiers environ des Parisiens devenus fous, le sont devenus par la bois-
son.
Dr GARNIER
nb Toto te ti TEEN
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