ANCIEN TESTAMENT
Flagrante contradiction
Faites disparaître, si le coeur vous en dit, tous les débits d’alcool établis dans les campagnes. Quant aux buvettes des villes, n’> touchez pas : elles sont nécessaires.
C'est là un argument qu'on nous apporte tous les jours.
Avez-vous déjà entendu raisonnement plus ridicule, contradiction plus filagrente ?
Si l’alcool est dommageable aux campagnards, comment peut-il être bon, recommandable pour les habitants des villes ?
Savez-vous qu'il y a maintenant aux Etats-Unis tout près de cent villes importantes où les buvettes sont proscrites ? Vingt-six de ces villes ont plus de 25,000 habitants, et quatre en ont plus de 100,000, soit Kansas-City, dans le Kansas ; Birmingham, dans l’Alabama ; Worcester, dans le Massachusetts ; et Atlanta, dans la Georgie.
À ce propos, on me permettra de résumer une lettre de M. J.-G. Evert, de Hillsboro, état de Kansas, que je trouve reproduite dans le Progrès du Golfe. M.
Evert parle des effets de la prohibition dans la ville de Kansas.
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Quand la loi prohibitive fut mise à effet à Kansas-City, les partisans des buvettes pronostiquaient une crise économique.
Pendant les dix-huit mois qui suivirent la population de Kansas-City augmenta de dix mille âmes.
Egalement, pendant la même période, i] se construisit plus de maisons à Kan- Sus-City que dans aucune autre ville des Etats-Unis.
Les économies des ouvriers dans les caisses d’épargnes, pendant ces dix-huit mois, augmentèrent de $1,500,000.
Parlerons-nous du gain moral ? Cela ne s’évalue pas en piastres et en centins. Qu'il nous suffise de donner quelques faits.
Il était question, avant la prohibition, d’agrandir la prison. Cet édifice est maintenant trop vaste et il est généralement aux trois quarts vide. Kansas-City a fait, pendant ces dix-huit mois, une économie de $50,000 sur ses frais de justice. L'’effectif du corps de police a pu être diminué de moitié sans que l’ordre en souffre. Les sociétés de secours dépensent infiniment moins pour secourir les indigents. Les écoles sont beaucoup plus fréquentées ; à tel point qu’on a dû augmenter le nombre des professeurs.
Ajoutons qu’au mois de janvier dernier les assises criminelles s’ouvraient à Kansas-City et, pour la première fois de-
puis un quart de siècle, il n’y avait à soumettre au juge ‘‘ aucune cause criminelle. ”?
Kansas-City, ville de 200,000 âmes, a donc montré au monde entier que la prohibition est aussi bonne et aussi praticable dans les villes que dans les campagnes.
Que nos gouvernants ne craignent pas de diminuer les buvettes dans les grandes villes. Plus ils en feront disparaî tre, plus ils s’approcheront de la perfection.
L'alcool est une cause de ruine physique, intellectuelle et morale: la plupart des scandales de la rue sont dûs à l’alcool ; une grosse moitié des drames de famille n’ont pas d’autres causes; :a buvette est souvent l’antichambre de ces maisons qu’on ne nomme pas.
Dr JULES DORION
L'alcool est admirable pour conserver un cadavre. Demandez à un étudiant en médecine, et il vous dira que l’alcool durcit le cerveau et conserve les chairs admirablement. Bref, il n’y a rien de mr‘lleur pour un homme quand il est sur la table de dissection. Il n’y a rien de pire, d’autre part, quand il est vivant :
au lieu de le conserver, l’alcool le tue.
Dr J.-P. GADROIS
Le tréfonds de sa pensée
Si un prêtre monte en chaire et tonne contre l’ivrognerie et les vendeurs de boisson sans scrupule, X sort de l’église en grommelant.
—Pourquoi les prêtres ne se mêlentils pas de leur ministère, dit-il ; la boisson, la tempérance, la loi des licences, après tout, cela ne regarde que les laïques.
Si un laïque monte à la tribune populaire et tente d'ouvrir les yeux de ses concitoyens sur les dangers de la fréquentation des buvettes, de la traite.
etc., ete., X n’est pas plus satisfait.
—Tiens, clame-t-il, en voilà encore un qui veut se substituer à son curé. La tempérance ça se prêche dans la chaire, ça c’est l’affaire des curés.
Le tréfonds de la pensée de X, voulez-vous le connaître ? C’est qu’il aimerait mieux qu’on ne parlerait pas du tout de tempérance. X est un honnête vendeur de boisson et les sermons ou les discours contre l’alcool nuisent à son commerce.
Voilà pourquoi il se sert de l’un ou l’autre argument selon le cas.
F'inesse cousue de fil blanc.
Pour nos chers petits
Ce sera bientôt l’époque de la première communion dans nos paroisses Canadiennes où la foi s’est conservée si pure et si naïve.
Que les mères dont les maris se livrent à l’ivrognerie n'’oublient pas d’engager leurs chers enfants, qui vont s’approcher pour la première fois de la table sainte, de demander à Dieu la conversion des auteurs de leurs jours ! Dieu refuse rarement les demandes des enfants.
Que l’histoire suivante, qui est entièrement vraie, leur serve d'encouragement et les empêche de désespérer du salut de ceux qu’elles aiment.
H. était un ouvrier très intelligent, gagnant un joli salaire. Il contracta malheureusement l’habitude de boire. En peu d’années, sa famille fut réduite à une misère extrême.
Ce malheureux avait deux petits garçons, qui pleuraient amèrement l’ivrognerie de leur père.
Au printemps de 18...les deux enfants faisaient leur première communion.
Dans notre pays, ce jour est toujours une grande fête pour la famille. Bien rares sont les pères qui ne s’approchent pas alors de la table sainte avec leurs enfants.
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H. passa toute cette journée à l’auberge !
Les chers enfants accompagnés de leur mère se rendirent à l’église le coeur bien gros. Ils offrirent à Dieu leur première communion pour la conversion de leur père.
Quelques semaines plus tard, le père du malleureux ivrogne mourait. Il avait toujours été d’une sobriété exemplaire et l’inconduite de son fils avait abrégé ses jours.
Le jour de l’enterrement de son père, H., contrairement à son habitude, ne prit aucune boisson enivrante.
On sait qu'autrefois dans nos campagnes la croix de tempérance suivait son propriétaire jusqu’à la fosse. Les dernières prières dites, le curé prenait la croix et la remettait au fils aîné du défunt. Celui-ci la recevait comme un précieux héritage et avait à coeur de remplir les engagements que son père avait pris.
La dernière bénédiction donnée sur la tombe du père de H., le curé prit la croix de tempérance du vieillard et, sans dire un mot, l’offrit au fils ivrogne, qui ne la méritait pas.
L’ivrogne, qui ne s’attendait pas à cela, reçut comme un choc électrique. Il resta pendant quelques instants comme paralysé. Enfin, il revint à lui. Ses co-paroissiens le virent s’avancer, se mettre
à genoux devant son curé, et recevoir la croix qu’il avait si peu respectée jusque là.
H., en arrivant chez lui, se jeta dans les bras de sa femme et de ses enfants :
‘* Ma femme, mes enfants ! Voici la croix ! Je suis délivré de ma maudite passion ! Je ne boirai plus ! Cessez de pleurer. Je ne vous ferai plus souffrir! ?”
Cet homme tint parole. Il vécut jusqu’à un âge avancé et fut véritablement un modèle dans sa paroisse.
.. Parmi les pires ennemis de la femme et
du bonheur domestique, le p'tit coup est un des plus redoutables. 11 n’est pas moins despotique que la pipe et a cela de particulier qu’il n’est pas, comme elle, compatible, dans une certaine mesure, avec la paix des familles. C’est un trou.
ble-fête, un fâcheux; c’est un mauvais génie, un démon déguisé, c’est un avilisseur d'intelligence.
Mme DANDURAND
La boisson à elle seule, simplement en prenant le surplus de ce qui pourrait raisonnablement s’admettre, coûte plus chc- que l'instruction de tous vos enfants, que le soutien de toutes vos maisons de charité, et que l’entretien même de vos églises.
Mgr J.-M. EMARD
SO je
Cynique aveu
Dernièrement, un de mes amis, partisan de la diminution des buvettes, causait tempérance avec un épicier détenteur d’une licence pour vente de boisson.
A tous les arguments qu’apportait mon ami en faveur de la diminu‘ion des buvettes, l’épicier répondait : ‘‘ Cela chasse le commerce. ”?
—Mais dites-moi, insistait le partisan de la tempérance, en quoi la disparition d’une ou deux buvettes, où on ne donne pas même de repas, peut nuire au commerce.
—Cela chasse le commerce, répliquait avec entêtement l’épicier. C'était là sû seule réponse.
A la fin, poussé au pied du mur, le vendeur d’alcoo! expliqua comment la diminution des buvettes nuisait au commerce :
Ecoutez son explication q=: nous ouvre des horizons tout à fait nouveaux sur les influences qui protègent quelquefois les buvetiers sans scrupule.
—Eh bien oui, dit l’épicier, l’ouvrier commence à boire dans les buvettes. Une fois l’habitude acquise, il lui faut de la boisson chez lui. Cette boisson c’est l’é-