‹ Autour de la buvette [microforme]Chapitre 45 sur 53 · COBDEN · texte numérisé non relu

COBDEN

i Le remède par excellence est le frein de À religieux. Les autres remèdes ne sont pas à dédaigner, mais, sans celui-là, ils n’auront qu’une efficacité restreinte.

Mgr DOUTRELOUX

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La principale cause

Un magistrat belge de grande expérience déclarait en 1886; “ L'alcool se trouve à la source des trois quarts des procès criminels, et à peu près à celle de la moitié des procès civils.”

M. Shaughnessy, juge de police en Irlande, faisait entendre les paroles suivantes quelques années plus tard ‘ Trente ans, j’ai été président du jury de divers comtés ; j'ai présidé plus de causes criminelles que la plupart de mes contemporains. Eh bien ! j’assure de la manière la plus formelle, que j’ai eu devant moi à peine un seul cas de crime contre les personnes, qui ne fût pas la suite de l'ivresse ! ?””

Il n’y a que quelques mois, M. L.-W.

Sicotte, magistrat de police et greffier du Banc du Roi à Montréal, dans une conférence restée célèbre, faisait la déclaration suivante :

‘ Depuis 1882, cinquante-quatre cas de meurtre ont été entendus devant la Cour Criminelle du district de Montréal.

En en déduisant cinq où les prévenus étaient accusés d’avoir tué leur enfant nouveau-né, deux pour cause d’insanité, dont l’un causé par l’abus de l’alcool ;

le reste est attribuable à la même cause:

l’alcool ! ”’

En Allemagne, soixante pour cent des attentats aux moeurs-sont causés par l’alcool.

A Londres, quatre-vingt-dix par cent dés arrestations journalières ont pour unique principe l’alcool.

En France, l'alcool est le principal pourvoyeur des prisons. Les révélations de M. Marambat à l’Académie de Médecine sur ce sujet sont d’une tristesse navrante. Et ce qu’il y a de plus épouvantable dans ces constatations c’est que, parmi les prisonniers au-dessous de vingt ans, les ivrognes sont en aussi grand nombre que chez les adultes. A peine signale-t-on une différence de dix par cent.

Pendant la Commune de Paris, en 1871, on a observé que la consommation de l’alcool avait, en cinq mois, égalé celle de toute une année. Aussi, M.

Laboulaye remarquait-il, l’année suivante, à l’Assemblée Nationale, que c'’était bien l’ivrognerie qui avait allumé l’incendie de Paris.

Concluons done en toute vérité, avec le Père Martin, que l'alcool éteint l’homme et allume la bête.

Ce qu’il ne fait pas

I1 faut avoir joliment d'imagination pour dresser le tableau du bien opéré par l’alcool.En retour, l’écolier le moins doué peut gloser pendant des heures sur le mal fait par l'alcool.

Contentons-nous, pour le moment, de préciser le mal que l’alcool fait à l’individu.

‘ Entrez dans un musée pathologique, dit le docteur Legrain, et faites défiler devant vos yeux tous les spécimens des maux humains ; il en est bien peu qui ne soient, peu ou prou, comptables de l’alcool.””

Et d’abord les maladies de l’estomac et du tube digestif. C'est par eux que l'alcool envahit l'organisme; ils sont donc les premiers à payer tribut au dieu. C’est la gastrite, la dyspepsie, l’uleère de l’estomac, l’inflammation chronique du foie avee la jaunisse et l’hydropisie qui en sont les finales.

Puis viennent les maladies du coeur et des vaisseaux : le coeur envahi par la graisse, les vaisseaux dont le durcissement prématuré gêne l'irrigation sanguine des organes et cause la dégénérescence : l’anévrisme, etc. etc.

Puis encore, les maladies des voies res-

piratoires, bronchite, laryngite chronique, congestion pulmonaire.

Et les maladies du cerveau : apoplexie, ramollissement, paralysie, folie.

Voici les maladies générales qui sont le partage des buveurs : le diabète, la goutte, le rhumatisme, la pierre, la migraine, etc.

Quel est le résultat de cet ensemble La décrépitude physique et intellectuelle qui fait des vieillards à quarante ans.

‘ Mais, dit encore le docteur Legrain, j'aperçois maintenant d’autres spécimens non moins éloquents : ce sont les reliquats héréditaires de l’alcoolisme :

les épileptiques, les hystériques, les serofuleux, les rachitiques, les fous, les idiots, ete., etc.””

Et le docteur Legrain conclue tristement : ‘‘ Après cela, c’est le néant. La nature profondément dégradée a eu honte d’elle-même : elle a cessé de reproduire des monstres.”

Le parfait candidat à l’alcoolisme et aux maux du buveur c’est l’homme qui d’une façon ou d’une autre, sous un prétexte quelconque, fait usage habituel de boisson. (Cet homme s’alcoolise sans le savoir, compromet sa santé, jette en sa chair la semence d’une foule de maux et d'’infirmités, hâte sa mort.

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