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A PROPOS DE « L'AVENTURIÈRE

Gabrielle Tholer avait été déçue de n'avoir gagné qu'un second prix au Conservatoire, mais elle ne perdit pas courage. Elle était entrée, ce second prix sous le bras, à la Comédie-Française et l'administrateur Edouard Thierry lui avait promis des rôles : hélas! les rôles ne venaient pas. Thierry parti, Perrin lui donna les mêmes espérances et ne les réalisa pas plus que son prédécesseur. De guerre lasse, Gabrielle Tholer quitta la Comédie et signa un engagement en Russie : elle y remporta les plus brillantes victoires, puis après quelques années au théâtre Michel, elle fît sa rentrée à la Comédie dans ce difficile rôle d'Araminte des Fausses Confidences qui valut récemment à Mlle Cerny un si joli succès... La jeune comédienne était devenue une véritable artiste et son retour au bercail fut triomphal. A cette époque — 1880, trente ans ! — Sophie Croizette, la grande favorite du public, quittait brusquement le théâtre et Gabrielle Tholer arrivait juste à temps pour lui succéder. Elle reprit presque tous les rôles de Sophie Croizette, même Suzanne d'Ange du Demi-Monde, ne se doutant pas qu'elle était avant tout une « grande coquette » et non un « premier rôle ». Délicieuse en Araminte, Gabrielle Tholer n'était pas moins bien inspirée quand elle personnifiait la marquise de Prie de Mademoiselle de Belle-Isle de Dumas père, entre Delaunay qui jouait Richelieu, Febvre d'Aubigny et Mme Emilie Broisat Mlle de Belle-Isle : elle avait, au quatrième acte, dans la fameuse scène avec Richelieu, une façon câline et malicieuse de murmurer le classique : « Ingrat ! » qui était d'une comédienne rare. Ce fut elle également qui, le jour où Perrin remonta le Mariage de Figaro, joua la comtesse : elle avait pour partenaires Coquelin, admirable Figaro ; Delaunay, délicieux Almaviva ; Suzanne Reichenberg. adorable Chérubin ; Blanche Barretta,

incomparable Suzanne; Thiron et Barré, tous deux inénarrables en Bridoison et en Antonio, et Mme Jouassain qui, d'un trait magistral, campait la silhouette de Marceline. Au milieu de ces grands artistes, Gabrielle Tholer tenait parfaitement sa place ; enhardie par le succès et encouragée par son professeur qui était justement la créatrice de l'Aventurière, Mme Arnould-Plessy, elle aborda certains « premiers rôles», entre autres Glorinde, et là était recueil... Elle possédait toutes les qualités de la grande coquette : l'élégance, la beauté, l'allure ; dans Glorinde elle forçait son talent. Cependant Emile Augier l'y trouva excellente et lui distribua le rôle de la marquise d'Auberive, lors de la reprise des Effrontés...

Il faut, à ce propos, rendre cette justice à Emile Augier qu'il montrait à l'égard de ses interprètes une fidélité absolue. Got, qui fut, comme on sait, son artiste favori et son intime ami, nous disait un jour ;

— Ayez donc la curiosité de consulter les distributions des pièces d'Augier et vous constaterez que c'est toujours aux mêmes artistes qu'il s'adresse!... On raconte que j'ai été son comédien. C'est vrai et je m'en vante... Mais je ne suis pas le seul ! Il fallait qu'Augier fût bien peu satisfait d'un interprète pour qu'il se privât de ses services. Dès l'instant où on lui plaisait, c'était réglé : on pouvait être certain qu'on serait son homme — ou sa femme ! — jusqu'à la mort !...

Je regrette que Got, en ses si savoureux Mémoires, ait négligé ces petits points d'histoire théâtrale : il n'a rien dit non plus (je le crois du moins) de l'Aventurière, alors qu'un des chagrins de sa vie était d'avoir vu le rôle d'Annibal lui « passer devant le nez ». Il s'offrit bien, quelques années avant de quitter le théâtre, la fantaisie de s'y essayer,

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