PREFACE IX
aux décorateurs et aux costumiers. « On pourrait représenter Molière tout nu », disait quelqu'un. M. Adrien Bernheim est aussi de ceux qui pensent que la meilleure méthode pour honorer Molière ne consiste point à le maquiller, mais à le bien traduire. La bonne diction chez un acteur vaudra toujours mieux qu'une modification imprévue chez un metteur en scène. Le décor est utile, mais l'art de dire est indispensable. Et M. Worms, l'excellent, V admirable Alcesle, nous parlait, en une conférence publique à l'Odéon, d'une représentation du Misanthrope en habits de ville qui obtint à Bade le même succès que la représentation en costumes. Il est de ces auteurs qui peuvent se passer de décorateurs et de costumiers.
J'avoue que cet article, tout à fait remarquable, de Félix Pyat m'apporte un témoignage paradoxal en apparence sous la plume d'un tel polémiste. Mais laideur cTAngo était auteur dramatique et il savait pertinemment ce que le théâtre, l'art français, doit à cette Comédie qu'on accusait, à l'heure même où il écrivait, d'être (c'est l'éternel, c'est l'inévitable refrain) en décadence.
« Depuis la mort de Molière, écrit-il, on a parlé de la décadence du Théâtre-Français, comme on a parlé de la fin du monde dès son commencement. C'est l'histoire du poison lent de Fontenelle, qui passa quatre-vingt-dix ans de sa vie à s'empoisonner de café ! Les amateurs du temps passé, les louangeurs de ce qui n'est plus, les vieillards surtout, ont enterré le théâtre avec chaque acteur qui succombait ! Molière meurt, c'en est fait du théâtre! Puis le théâtre ressuscite pour mourir avec Baron; puis avec Lekain, encore avec Mole, avec Fleurg ; Talma meurt: cette fois, tout est perdu ! N'ayez pas peur, il n'a pas fini de mourir, il en a plus à mourir que ce géant fabuleux, qui