‹ Autour de la Comédie-FrançaiseChapitre 5 sur 44 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

vécut neuf fois ! et ta Comédie n'est pas plus en décadence aujourd'hui que jadis. La preuve en est dans les registres, où les recettes, signées des noms de leurs morts les plus illustres, sont tout aussi faibles que les recettes d'aujourd'hui signées du semainier vivant le plus obscur ! On voit trois cent cinquante livres de recelte, signé Lekain, comme on les verrait signé Daillg.

« Mais autrefois, la Comédie était soutenue, et les pièces n'avaient pas de mise en scène ruineuse ! Mais autrefois le décorateur se payait avec le concierge, et l'habit de La Thorillière se raccommodait pour trois livres ! Maintenant que des théâtres rivaux déploient leurs riches décors et leurs brillants costumes, maintenant que les pièces sont faites pour les yeux plus que pour les oreilles, et que le costumier, le machiniste et te peintre font partie essentielle du poète, il faut de l'argent, beaucoup d'argent. Qu'une entreprise particulière croule ou prospère, n'importe, ordinairement il n'est besoin que de deux chutes pour l'anéantir. Mais le Théâtre-Français ne peut pas tomber, c'est une gloire toute pure, toute nationale, c'est l'entrepôt français de l'esprit humain. »

Voilà qui est extrêmement bien dit et j'ai fait appel à cet avocat imprévu qui avait étudié de près la question. Depuis, la Comédie-Française a non seulement évité la ruine, mais elle a assuré l'avenir. Elle n'oblige pas ses sociétaires à rapporter leur part de bénéfices pour payer ses employés. Elle a — M. Adrien Bernheim le raconte dans un des chapitres de ce livre — accordé officiellement des pensions à ses serviteurs. Mais ne croyez pas que ces sociétaires soient tous rémunérés selon leurs mérites. Il ne m'a point déplu de leur permettre d'ajouter à leurs appointements et à leurs parts, en des tournées personnelles, des

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