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LE NOUVEAU DECRET DES PENSIONS ET RETRAITES

nelles de celui-ci et de celle-là ; nous ne songeons pas qu'il a le devoir de résoudre les questions d'auteurs et les questions d'artistes, celles des pièces et celles des rôles, et que c'est là une tâche infiniment délicate.

Les sociétaires, en effet, sont les associés du théâtre dont l'administrateur est le gérant responsable; ce sont certes de fort aimables gens, mais des gens qu'on ne gouverne qu'à la condition de les bien connaître. Ces associés, il ne faut pas non plus l'oublier, vivent durant de longues années en état de société artistique et commerciale ; ils et elles sont membres du comité de lecture et du comité d'administration ; ils choisissent les œuvres à représenter ; on les consulte sur les engagements : ils statuent sur les avancements. Nécessairement, ces artistes ont leurs amis, et des amis parfois considérables : l'un, qui est sociétaire à part entière et qui, de ce fait, exerce une action importante dans le théâtre, est le vieil ami d'un journaliste lequel, à ses moments perdus, fait du théâtre ; mais les pièces de cet ami ont été présentées à la Comédie à l'heure où le comité de lecture reposait en paix et où l'administrateur était l'arbitre suprême. Et voilà, du coup, sinon des adversaires — M. Jules Claretie n'en a pas ! — mais deux mécontents dans la place : d'abord l'auteur refusé, ensuite l'ami de cet auteur.

Un autre sociétaire, non moins « à part entière » que celui-ci et par conséquent non moins influent, insinue qu'une demi-douzaine d'artistes — pas davantage ! — assure le persistant succès du théâtre et que pour ces « étoiles » il faudrait instituer des « doubles parts entières ». Voyez-vous ça!... Ce sociétaire, lui aussi, a des amis, des amis journalistes, des amis « gens de théâtre » : il voit du monde, il dîne en ville, et l'autre soir précisément, il était le voisin de table

d'un député notoire auquel il confia son projet des « doubles parts entières ». Le député, séduit par cette conception nouvelle, a promis d'en parler au ministre. Voilà donc ainsi posée la question des « doubles parts entières » qui, toujours d'après notre sociétaire, comporterait l'avantage de résoudre l'irritant problème des tournées.

Bref, chacun a son idée, chacun la développe avec ingéniosité : complaisammcnt nos aimables confrères interviewent les sociétaires qui se hâtent de donner une forme à tous les projets en ébullition, et tandis que « l'imaginative » de nos artistes a libre cours, l'administrateur, lui, est contraint de rappeler les uns et les autres à la réalité ; il ne demande pas mieux que d'étudier à leur heure toutes ces réformes, mais il veut d'abord que la « machine » tourne et qu'elle marche. Grâce à une longue expérience, grâce aussi à sa minutieuse connaissance de l'intelligence de chacun de ses collaborateurs, il sait que ces projets, conçus dans la meilleure intention du monde, ne sont, en général, que des feux de paille qui s'allument en hiver et s'éteignent en été ; il sait surtout que le rôle de l'administrateur consiste à prévoirai à maintenir. Voilà ce que M. Jules Claretie, en diplomate supérieur, a excellemment compris ; voilà pourquoi non seulement le présent, mais aussi l'avenir delà Comédie- Française est assuré ; voilà enfin comment ce bienfaisant décret des pensions a paru à son heure, sous la forme d'un éloquent merci adressé à tous ces modestes et anonymes artisans de la prospérité actuelle de la Comédie-Française.

Peut-être se souvient-on que plusieurs fois ce problème de la réglementation des pensions avait été agité. Déjà, lorsqu'il donna à la Chambre son intéressant rapport des Beaux-Arts, M. Couyba signala la question à l'attention de ses collègues : à son tour, M. Gustave Rivet, dans son remar-

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