PREFACE XI
bénéfices qui n'atteignent pas toujours tes émoluments accordés à certains artistes dans d'autres théâtres. Et me l'a-t-on assez reproché, quitte à me reprocher ensuite de laisser partir les artistes qui ne se trouvent pas assez rémunérés !
Les tournées, lorsqu'elles sont officielles, sont d'ailleurs utiles et peuvent être éclatantes. On l'a bien vu lorsque, fermant ses portes, il y a quelques années^ la Comédie, divisée en deux troupes, fut applaudie à la fois au Nord et au Midi. Napoléon /", connaissant la puissance du théâtre ne voulait-il pas conquérir moralement l'Italie après l'avoir matériellement occupée et n envoyait-il point, sous les ordres de Mlle Raucourt, nommée à cet effet, une troupe de comédiens au delà des Alpes ?
Les plus belles représentations d'Orange furent celles où l'on y donna Antigone et OEdipe-Roi avec la Comédie- Française seule. Mais il faut alors que la Comédie soit compacte et se présente « en corps » devant le public. Ce n'est pas d'aujourd'hui que la constatation est faite. N'en trouvé-je point la preuve dans un feuilleton du Journal des Débats du 11 frimaire an IX? Il s'agit d'une pièce intitulée Taisez-vous, parodie de Thésée, qui donne lieu à cette observation très juste du critique : « Le couplet le plus heureux et le plus applaudi est celui où l'on fait l'éloge de la réunion des acteurs du Théâtre-Français. Il est cependant très probable que l'opinion de l'auteur de la parodie, sur les voyages des artistes de la capitale, ne sera regardée que comme un sophisme, car l'intérêt et la vanité trouvent leur compte dans ces voyages. Quoi qu'il en soit, voici le couplet :
Un grand acteur, loin de Paris, Peut recevoir quelques hommages ;