‹ Autour de la Comédie-FrançaiseChapitre 8 sur 44 · PREFACE XIII · texte numérisé non relu

PREFACE XIII

sociétaires ont fait entre les mains d'un directeur V abandon de leurs droits administratifs et de tous les privilèges qui leur étaient conférés par l'ancienne organisation. Des résultats heureux ont, en le justifiant, consolidé le nouveau système. »

Et en constatant que le public reprenait alors vers notre première scène nationale un chemin longtemps oublié, Samson se demandait avec inquiétude : « Cette prospérité se souliendra-t-elle et quel est chez nous l'avenir réservé à l'art dramatique ? Je l'ignore. »

L'excellent Régnier se posait la même question quelque temps après dans un magistral article de Patria et l'admirable comédien était plus pessimiste que son camarade Samson: il redoutait que les besoins, les goûts, les habitudes de la société actuelle ne fussent plus en rapport avec V organisation de ce théâtre. « L' administration collective des comédiens laissés en société, écrit-il, loin d'être prépondérante dans les transactions dramatiques, ne peut lutter contre la rapidité d'action des théâtres rivaux régis par des volontés uniques. Les talents se divisent; on en applaudit de remarquables sur toutes les scènes, les genres se confondent, l'art s'abaisse et dans cet état de choses, le Théâtre-Français, quels que soient d'ailleurs les efforts des comédiens qui lui sont restés fidèles, ne peut plus être l'expression suprême de la littérature dramatique de notre pays. »

Quelle erreur! Et Régnier lui-même, lorsqu'il jouait quelques années après les pièces d'un Augier, les Effrontés ou l'Aventurière, prouvait victorieusement qu'il était aussi bon comédien qu'il était mauvais prophète. C'est que la Société des Comédiens avait, depuis l'article de Patria, bénéficié de cette volonté unique réclamée par le sociétaire. Le décret de 1850 avait centralisé les pouvoirs entre les mains

Page 1