XIV PREFACE
d'un seul. L'administrateur générât, représentant direct de i'État, devenait à peu près te maître et il suffisait qu'il y eût là une pensée unique pour qu'il y eût succès. Quelque fantaisiste qu il fût, Arsène Houssaye commençait la prospérité du logis, cette prospérité qui s'est continuée si admirablement d'année en année et qu'on craignait de voir cesser avec la disparition de ce maître directeur, d'ailleurs si attaqué, Emile Perrin, « six mille Perrin », disait le bon Coquelin cadet. Attaqué, c'est le lot de tout administrateur. « Prenez garde! me disait Ed. Got, doyen, en me remettant les clefs de la maison, vous êtes un préfet révocable présidant un conseil général inamovible. » Et en effet la situation n'est pas commode. L'administrateur, nommé pour un laps de temps indéterminé et qu'une volonté ministérielle peut mettre à la retraite du jour au lendemain, commande à des sociétaires qu'il a lui-même nommés pour vingt ans. Mais il est le maître parce qu'il est l'Etat et il suffit qu'il soit là pour que les caprices et les indisciplines ruineuses d'autrefois n'existent plus.
Voilà ce que mon cher Adrien Bernheim constate avec sa grande connaissance de la maison et de ses hôtes. Il connaît aussi bien que personne les changements inévitables apportés par les mœurs nouvelles dans la marche de la Comédie. J'ai dit un jour : « La Comédie-Française est comme un carrosse royal en temps d'automobiles. » Mais ce carrosse est une des gloires de la France et d'ailleurs il ne se laisse pas distancer sur la route du progrès. Toutes les nations répètent : « Ah ! si nous avions un théâtre tel que la Comédie-Française ! » On en peut copier les statuts; mais il faut beaucoup de temps, beaucoup de labeur et beaucoup de gloire pour édifier un tel monument. C'est l'œuvre des siècles. Elle peut braver les attaques et les bluffs momen-