VOITURE
Aucune — c'est sublime... mais, vous l'avez dit, maître.
Nous ne goûtons jamais de parfaite allégresse Nos plus heureux succès sont mêlés de tristesse .
Achevez, rjuc me veulent vos« reshiclinn^ / L ouvrag»' (jue je viens de lire al il d»'j>lu et TOUS a t un chargé de nie dire. . . .
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\oiti;ke
Aucunement, lacclamatioQ a élé générale et l'enthousiasme sincère, c'est le sujet. Vous avez abordé un sujet., croyez - moi digne ami. un sujet qui blesse un peu notre respect des clioses de la religion. T'n tel sujet ne doit pas s'exiioser au théâtre. Entre nous . Févèque de Vence . Mgr Godeau condamne la témérité de votre (( Polyeucte. C'est porter atteinte à la religion qu'en étaler ainsi les maximes dans un lieu de plaisir ou réiiiie couramment l'amour pnilanc.
P. CMHXEILLK
Est ce là . croyez-vous l'avis général de celte haute assemblée !
ViilTIKK
Oui. >iuC(n"(Miiciit, mon illii^liH' .uni et. -i j'ose vous donner un conseil, vous retirert/ voire ouvrage des mains des cojuédicns de rilùlel de Bourgogne, vous garderez celte
jjcllc œuvre pour quelque coll>''ge et vous
exercerez votre l)eau génie sur (juelrju^ autre sujet dont vous sauriez, comme toujours, faire une merveille.
C'est bien, merci ! ( La tète du poète s'incline sur sa poitrine - un long silence.
Les deux ombres se donnent Taccolade et se séparent. M. de Voiture pari d'un pas léger par une ruelle précédé du valet à la lanterne. M. Corneille, d'un pas plus lent, alourdi par un gros chagrin gagne le carrefour vers les Halles et se heurte bientôt à un gai passant qui chantait pour distraire sa route - Qui va h\ ! - Oh ! pardon ! - Pardieu, quelle heureuse rencontre - C'est vcjus M. Corneille? Oui, mais qui êtes-
vous? - Oh 1 pas un de vos amis, sans doute . car vous n'avez pas daigné nie confier même un garde, un soldat dans votre nou\'elle tragédie, j'en enrage! Pourtant vous n'aviez pas à vous plaindre de mes services passés. - A^otre nom ? Hauteroche... oui - \V)US ne me connaissez pas.- Ah ! voila - je n'ai pas la renommée turbulente d'un Bellerose, d'un Beauchateau . d'un Floridor ou de votre Mondory, ce brillant Don Rodrigue - pourtant j'ai aussi du talent - M'avez vous vu dans ?....
'--'Calmez-vous, mon ami reprend Corneille, vous n'avez aucun regret à garder car je vais de ce pas retirer mon ouvrage de votre thé-
âtre..- Ah IparJicu. c'est folie ...
pourquoi ?" - Ici. le poète marche plus vite, suivi du comédien et lui explique nerveusement les raisons de sa détermination. Les voix se perdent dans le lointain, les gestes s'etïaçent dans la nuit .
Rejoignons nos ombres: le poète s'est accoté sur une haute borne cerclée de fer. la lanterne d'une hôtellerie éclaire le haut front découvert et perlé de sueur de P. Corneille. Devant lui. le comédien haletant, essoufflé, gesticule, argumente avec éloquence dans l'espace et conclut ainsi : '' \^)us êtes avocat, M. Corneille et vous ne savez pas plaider votre cause, c'est donc nous qui la prendrons
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en main et la ferons triompher.
Un liomme tel e]ue vous ne doit avoir cure d'aucune coterie . si dorée soit-elle.-Il n'a qu'un Juge:
- le Public 1 C'est le seul qui puisse rendre un arrêt et soyez tranquille, la Postérité le ratiliera. Venez, mon Maître, prenez mon bras, j'aurai l'honneur de vous reconduire chez vous, c'est là un rôle que le monde m'enviera, dans l'avenir.- mais avant que reprendre votre manuscrit à l'Hôtel de Bourgogne vous passerez sur mon cadavre de par Dieu î/x
Les deux hommes s'éloignent, et ces paroles dernières nous arrivent dans un souftle lointain.
Oui livrons le combat.
Et laissons faire aux Dieux !
Et voila comment le bon sens d'un ohscnr acteur sapa Tarrct d'un hautain prélat et comment THôtel de Bourgogne battit l'Hotel de Rambouillet.
N'attaque/ plus Polveucte . mon cher Docteur.- il va encore des comédiens pour le défendre.
Albert LAMBERT.
Ofiro/i, J-j UécCtHbre 1000.