‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 10 sur 352 · Mérn , t. I, p · texte numérisé non relu

Mérn , t. I, p

Belley *), pas plus qu'à un défaut d'imagination ; ce n'est pas davantage par manque de mémoire, car il en possède une merveilleuse, et il en sait tirer le meilleur parti sans en abuser, commue un grand assimilateur qui « a su et qui a lu ».

Il possède, en effet, et au suprême degré, le culte de la concision expressive dans la forme pour rendre une forte pensée, et il ne cache point son premier souci d'être le plus succinct qu'il lui est possible, pas plus que son dédain pour les œuvres qui « portent en l'imperfection de leur forme la matière de leur corruption 2 ». De là, ce laconisme raffiné ^ex multis pauca, suivant Du Perron 3), qui excitait l'admiration envieuse de Ménage * et aussi ces omissions fréquentes de termes dans la phrase, comme s'il avait hâte d'arriver à la conclusion ; sa lecture produit l'impression des raccourcis puissants et audacieux des grands maîtres de ' la peinture du temps, impression déconcertante au premier abord tant que l'œil n'en a point saisi l'objet par une vue d'ensemble ; l'abus de l'ablatif absolu achève d'exagérer cette impression, avec un effet qui pourrait se comparer à celui du fonds d'un tableau, en poursuivant une image qui est de Richelieu lui-même, car, ainsi que les peintres, son but est « de donner plus à penser qu'à voir 5 », de même qu'il estime que « les obscurités en la peinture relèvent la beauté des figures qu'elle représente ^ ».

On s'explique ainsi cet amas de notations de maximes et de pensées à la Tacite, où il semble s'être plu à condenser ses réflexions, et dans lequel il puise, en vue de son travail, comme un maître mosaïste ou un lapidaire pour les enchâsser avec un art infini, et qui, par la beauté de la pierre ou l'éclat de l'émail, valent une signature.

Nous avons signalé plus haut que tout s'enchaîne dans le génie

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