‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 9 sur 352 · Maximes d'Etat (Hanotaux), p · texte numérisé non relu

Maximes d'Etat (Hanotaux), p

éléments dont la fusion intime constitue sa force normale ; mais dans ces exceptions même, il y a encore de la mesure ; dans ses écrits les plus passionnés, il reste assez maître de sa plume pour ne point donner prise sur lui par la violence ; s'il s'y laisse aller parfois, il ne s'abaisse jamais à la trivialité et aux invectives grossières qui sont pourtant monnaie courante à l'époque; alors même, il sait se ressaisir, et comme un beau joueur, il marque lui-même le coup le premier, et en tire avantage pour élever ainsi le niveau du débat, et dominer encore plus son adversaire.

Avec de pareilles caractéristiques, il est superflu d'ajouter que la plaisanterie est très rare dans l'œuvre de Richelieu ; il la dédaigne comme l'arme des faibles, et si d'aventure on l'y rencontre, sans qu'elle soit jamais ou bien rarement ad hominem, elle est rapide et amère et fait songer à un rictus plutôt qu'à un sourire ; aussi son procédé de dialectique, s'il est caustique, n'a rien de spirituel, au sens du mot tel qu'il a été employé d'abord au XVIII* siècle qui en a abusé pour masquer l'insuffisance du fonds. Pour la même raison, son ironie est presque toujours sérieuse; lorsqu'il l'emploie, c'est toujours à froid, sous une forme si savante, et enveloppée d'une courtoisie si raffinée, qu'on pourrait, au premier abord, se demander où est la dupe, si l'on ne connaissait les personnages ; à moins qu'il ne soit sorti de ses gonds, sous une piqûre trop cuisante, ce qui est rare, et il la manie alors d'une façon tranchante et incisive qui démonte son adversaire et lui interdit la réplique.

Sa dialectique présente, dans sa rigoureuse ordonnance, d'autres qualités que le soin et la méthode qu'il apporte dans tous ses actes ; il s'y retrouve aussi, dans la forme, son tempérament « ménager » et pratique, « ayant le temps cher ^ » ; son travail n'est pas seulement destiné à répondre aux nécessités du moment ; il sait l'utiliser, et le faire servir pour l'avenir, lorsqu'il en a besoin, réalisant ainsi un gain d'énergie intellectuelle ; cette faculté, envisagée sous ce rapport, est d'autant plus remarquable que ce n'est point chez lui un moyen de parer à une insuffisance d'érudition, car il est « dévoreur de livres » (un mot de son ami l'évêque de

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